Europe

Valbuena: Idylle franco-russe éphémère

Qu’on le veuille ou non, Mathieu Valbuena est l’un des grands joueurs français de cette dernière décennie. Déjà par son excellent niveau de jeu, le fait qu’il ait été un joueur très important de l’Equipe de France, ou encore pour de moins bonnes raisons, comme son physique atypique, cause de moqueries, et aussi certaines affaires dont on ne parlera pas ici. En d’autres termes, Petit Vélo est même une icone du football français. Peut-être même ailleurs, puisque vous savez qu’il a joué pour des destinations pour le moins exotiques. Retour en détails sur son périple.

Un contexte bien difficile

Evidemment, nous n’allons pas vous faire l’affront de vous présenter qui est Mathieu Valbuena. Alors partons directement dans la machine à remonter dans le temps. Nous sommes à l’été 2014. L’OM sort d’une saison plutôt compliquée : le fameux 0 points en Ligue des Champions, Elie Baup débusqué en décembre, pour faire place à Anigo, et une 6e place à l’arrivée. Pour Valbuena, la saison est elle aussi difficile : statistiques en baisse (3 buts, 5 passes décisives), grosse blessure à l’épaule et tensions dans le vestiaire. Pourtant, avec un contrat jusqu’en juin 2016, rien ne semblait indiquer un départ.

Là arrive un gros tournant : la Coupe du Monde 2014. Dans un pays de football comme le Brésil, le marseillais s’est senti un peu comme chez lui. Une grosse préparation, notamment avec 3 passes décisives contre la Norvège ; un duo marquant avec Olivier Giroud…. Petit Vélo assumera grandement son statut de cadre, au début de l’ère Deschamps.

Evidemment, les belles performances, ça attire. Comme Sevilla, intéressé par le meneur français. Pourtant, les pistes plus sérieuses seront un peu moins enviables, comme QPR. Arrive alors le Dynamo Moscow. Plus que Valbuena, ce club fera frémir un certain Vincent Labrune, comme le confirmera Valbuena plus tard, lors d’une entrevue avec l’Equipe :

“Je m’étais attaché à ce club, à des gens, à des supporters. Mais l’OM m’a aussi poussé vers la sortie cet été-là : Labrune m’appelait tous les jours pour me convaincre d’accepter l’offre du Dynamo Moscou, qui était intéressante pour le club (…) Bielsa voulait me garder mais comme je l’ai dit : je crois que mon départ arrangeait bien le club.”

Même si l’on peut douter aujourd’hui de la véracité de ces propos, le message semble compris : s’en aller loin de Vincent Labrune. On le comprend. C’est donc ainsi que Mathieu Valbuena s’envola pour la capitale russe. Transfert de 7.5 millions d’euros, et un contrat de 10 millions sur 3 ans. Ca aussi, ça l’a bien aidé dans son choix, et lui-même ne le dément pas.

Arrivée dans une équipe et un projet très ambitieux

Le voilà donc dans une équipe du Dynamo Moscow composée de bons éléments, russes (Smolov, Kokorin, Zhirkov, Denisov), comme étrangers (Douglas, Dzsudszak, Kuranyi…). Le club, racheté en 2013 par le milliardaire Boris Rotenberg, a pour objectif de redevenir l’un des plus grands clubs du pays, sous l’oeil du groupe banquier VTB. De plus, le club profitera de sa bonne 4e place et de l’Europa League pour faire un mercato intéressant.

En plus de Valbuena arriveront Büttner, en difficulté à Manchester ; William Vainqueur, sortant d’une grosse saison au Standard ou encore Tomas Hubocan, à l’époque où il était considéré comme un bon défenseur. Le tout entraîné par Stanislav Tchertchessov, qui, à part une 2e place en 2007 avec le Spartak, est encore loin de la belle épopée de la Sbornaïa, ou même du Legia.

Tactiquement, Tchertchessov n’a qu’une idée en tête : le mettre au cœur du jeu de son 4-2-3-1 chéri, que l’on retrouvera notamment en 2018. Etonnamment, malgré ses facultés, on le retrouvera assez peu sur les côtés, droit comme gauche. Cela est dû à de très bons éléments déjà présents : Balázs Dzsudzsák à gauche, et Alekseï Ionov à droite. Qu’à cela ne tienne, il aura une certaine liberté pour dézoner, pouvant prendre de nombreux espaces pour ainsi mener le jeu. Le tout en étant précédé par deux fidèles deux lieutenants aux tâches à la fois défensives et de relayeur.

La composition-type du Dynamo Moscow, édition 2014-2015.

Une course au titre compromise

Avec cet effectif renforcé, l’objectif est clair, remettre le Dynamo en haut de la grande Russie, aux côtés du Zenit. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela a plutôt bien commencé. Deux passes décisives lors de sa première titularisation, contre Ufa. Il réalise la même performance dès la semaine suivante, contre l’Arsenal Tula : des bonbons pour Douglas, puis Kuranyi. Les très bonnes performances s’enchaînent déjà, et Valbuena est instantanément la coqueluche des supporters moscovites. Fin août, il ouvrira aussi son compteur de buts sur un superbe coup-franc face à Krasnodar, les faisant passer 2e du championnat ! Tout semble être un conte de fées.

Sans vous faire la revue de tous les matchs du championnat russe, vous aurez compris que Valbuena s’est très vite imposé comme l’un des éléments déterminants du club de la capitale. A la mi-saison, le Dinamo est 3e, ce qui suit bien les objectifs de l’oligarque, même si on aura eu le droit à de mauvaises surprises, comme cette volée prise 4-2 face au Lokomotiv. Cependant, s’ils espéraient se rapprocher de la domination du Zenit, c’est bien raté, puisqu’ils se trouvent à 10 points d’avance.

Cependant, le conte de fées sera atténué par différentes contre-performances, et aussi une petite absence du français, ce qui va amener le Dinamo en difficulté contre des équipes de seconde zone comme le Terek et l’Amkar, ou bien en méforme comme le Rubin. En Coupe, ce sera tout aussi glorieux, puisqu’ils sont sortis directement contre le Shinnik, club de 2e division. Néanmoins, à son retour, il va continuer à être décisif : des beaux coups-francs contre le Spartak, des caramels pour Vainqueur ou Zobnin. Pourtant, il ne pourra que sauver les meubles. En effet, le Dynamo a perdu des joueurs durant l’interminable trêve, comme Noboa, s’envolant pour la Grèce. Le fait de gagner seulement 3 fois lors des 13 derniers matchs n’aidera pas non plus.

Au final, le Dynamo se retrouvera à la 4e place, bien loin de Krasnodar et du CSKA, et bien plus de l’ogre Zenit, qui prenait son 4e titre de champion sous l’ère Gazprom. Evidemment, on ne pouvait pas s’attendre à un titre de champion directement, même si l’écart reste encore grand. Valbuena aura très bien réussi sa saison, s’adaptant très vite au football russe, où il avait un peu moins de libertés qu’à Marseille. Il s’imposera donc très rapidement parmi les meilleurs milieux du championnat, derrière peut-être le superbe duo Bibras Natkho – Roman Eremenko. Pour le bonus, il sera même élu meilleur passeur du championnat, avec 11 passes décisives.

Un passage européen très prometteur

En Europe, le Dynamo va avoir au départ beaucoup de labeur. Malgré des qualifications difficiles contre Kiryat-Shmona puis l’Omonia grâce à un but de Christopher Samba à la 93e, les russes se qualifient pour les Poules. Ce qui remonte alors aux années 90. Malgré un coefficient peu flatteur, le Dynamo hérite d’un tirage clément : PSVPanathinaïkos et Estoril dans le groupe E. Ce groupe plutôt simple permet alors d’assouvir ses ambitions. Cela va être le cas puisqu’ils vont s’en sortir avec 6 victoires. Une campagne d’automne bien sérieuse, avec un excellent Valbuena, menant bien son équipe techniquement, dans l’axe ou même sur les côtés (notamment contre Estoril, dont on a eu le plaisir de regarder les deux matchs).

La phase finale sera elle aussi bien encourageante. Dès les Seizièmes, les moscovites tombent sur un beau morceau, l’Anderlecht de Tielemans, Proto, Deschacht ou bien Mitrovic, sortis troisièmes de leur Poule de LDC. L’aller sera un nul sans buts, mais avec une grosse prestation de notre français. Le retour sera bien différent, puisque les Mauves se feront cueillir à froid en Russie 3-1. Malgré l’ouverture du score de Mitrovic sur une bourde de Hubocan, une mine de Kozlov, un penalty puis un Kuranyi face à une défense encore plus immobile que lui tueront le match.

Le tour suivant sera aussi peu clément, tiré au sort face au Napoli. Là, le niveau va être un peu trop haut. Malgré un but de Kuranyi à la première minute au match aller et un très bon match retour sans grande réussite (0-0), tu dois être meilleur défensivement. Cela poussera même Valbuena à provoquer le penalty pour Higuain, qui donnera l’avantage au Napoli. Les choses tourneront bien mal lorsque Zobnin se fera sortir pour une grosse béquille en début de la seconde période. Ce qui mènera logiquement à un doublé de Pipita, qui crucifiera la capitale de toute chances de retour. Dur, mais logique.

Fin cruelle pour un voyage éphémère

Malgré une grosse saison individuellement parlant, l’idylle entre la capitale russe et Petit Vélo ne durera pas. En effet, les ambitions du dirigeant Rotenberg étaient trop fortes trop rapidement, et c’est ainsi que le club ne respectera pas les règles du fair-play financier, et sera ainsi banni de toute compétition européenne pendant 4 ans. A l’approche de l’Euro 2016, il semblait alors invraisemblable de pouvoir se faire une place en Bleus. Il n’y a alors pas d’autre choix qu’un départ inéluctable. Il aurait pu rester en Russie, du côté du Zenit ou du CSKA, on l’envoyait au Galatasaray… Un retour à Marseille était même souhaité par le joueur, comme il nous le précise dans cette interview :

“Je suis parti en Russie et ça s’est bien passé la première année. La seconde, ils font presque faillite. Donc pour moi c’était compliqué, soit je ne jouais plus, soit je devais trouver un autre club. Je n’ai pas senti un réel intérêt de la direction d’avant pour que je revienne à l’OM. Alors que moi, j’avais vraiment envie de revenir…”

Malgré cette envie de revenir dans son club de cœur, il aura pendant l’été reçu un appel de Papy Aulas, ce qui le fera changer d’avis. Mais cela est une toute autre histoire, tout comme la manière dont il n’a pas fait partie des 23 pour l’Euro 2016…

Du côté du Dynamo, l’heure n’est pas à la fête. En effet, Valbuena n’est pas la seule star à quitter le club suite à cette interdiction. Douglas va connaître l’anonymat en Turquie, tout comme Dzsudszak ; William Vainqueur fera la rotation de la Roma ; Yusupov va bider au Zenit ; Kuranyi fera un baroud d’honneur à Hoffenheim… Comme le club accumule les dettes, il est difficile de retrouver un bon effectif, et le club terminera avant-dernier en 2015-2016 et sera relégué, une première dans leur histoire. Pas sûr que la mission soit accomplie. Avec 188 millions de dettes, le club pourrait bien déclarer banqueroute et repartir en quatrième division !

Toutefois, les choses vont aller mieux. Un retour sous la présidence du Groupe Dynamo, un retour direct en Premier League, et enfin une stabilisation. En 2019, le club sera à nouveau vendu au groupe VTB, remboursant les dettes qu’ils avaient causé. Sportivement, cela ira aussi mieux, puisque le club terminera 6e en 2019-2020, à l’aide d’un gros mercato. Mercato composé de Max Philipp pour 20 millions, Clinton Njie, Neustädter ou encore Kaboré. Le club participera à nouveau à une compétition européenne. Qui sera de courte durée, battu dès le 2e Tour d’Europa League par les géorgiens du Lokomotiv Tbilissi. Il y a encore du travail.

L’aventure de Valbuena en Russie fut à la fois courte et belle, mais toutefois teintée d’un sentiment de gâchis. Egérie d’une équipe remontant doucement dans les grands, la précipitation d’un groupe d’actionnaires aura mis fin à un amour qui aurait pu être légendaire. Il en gardera néanmoins un bon souvenir, puisque cela n’est pas sa seule aventure dans ce pays étranger…

Crédits photo : IMAGO

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