Europe

Une Ukraine à deux visages

Alors que les hommes de Shevchenko montrent déjà de belles choses depuis plusieurs mois, ils ont fait une entrée fracassante dans cet Euro avec un match virevoltant contre les Pays-Bas. Bien que plus fatigués par la suite, ils sont tout de même parvenus à assurer leur place en huitièmes de finale où ils affronteront la Suède. Retour sur le début de l’Euro des Ukrainiens.

Résumé des matchs de poules

Pour ce début d’Euro 2020, l’Ukraine de Shevchenko démarre face au favori du groupe, les Pays-Bas. C’est un premier match important entre les deux favoris du groupe mais un faux-pas ne leur serait, cependant, pas préjudiciable. Un avantage existe pour les Pays-Bas qui évoluent à la Johan Cruyff Arena, devant leur public. D’entrée, les deux équipes jouent sur un rythme très élevé et attaquent tour à tour. Elles se procurent de belles occasions mais paradoxalement, aucune ne parvient à ouvrir le score en première mi-temps.

Au retour des vestiaires, 52e minute, l’Ukraine subit et encaisse un but de Georginio Wijnaldum sur un ballon repoussé dans l’axe par le gardien Bushchan. 6 minutes plus tard, Weghorst profite d’un ballon mal dégagé pour, de nouveau, tromper Bushchan. 2-0. Coup dur pour les ukrainiens mais ces derniers réagissent par l’intermédiaire de Yarmolenko, qui après un une-deux avec Yaremchuk, enroule une magnifique frappe dans la lucarne de Stekelenburg. L’espoir renaît. Les ukrainiens poussent, les néerlandais reculent. Et c’est sur un coup franc côté gauche, parfaitement tiré par Malinovsky, que Yaremchuk décroise sa tête et égalise. 2-2. Malheureusement, pour la fin de match, l’Ukraine décide de laisser le ballon aux Pays-Bas et de jouer bloc bas. 85e minute, sous pression, mauvais dégagement de Bushchan, Aké centre et trouve la tête du très en vue Dumfries qui donne la victoire aux Oranjes, 3-2. C’est le meilleur match de ce début d’Euro et des débuts très encourageants pour les deux équipes.

4 jours plus tard, les Bleus et Jaunes affrontent la Macédoine du Nord. Deux équipes ayant perdu leur premier match, la victoire est donc impérative. Après un round d’observation, l’Ukraine ouvre le score à la 29e minute. Sur un corner dévié au premier poteau par Karavaev, le ballon arrive dans les pieds de Yarmolenko qui marque son 2e but du tournoi. 5 minutes plus tard, après un beau mouvement à trois, Yaremchuk gagne son face avec Dimitrievski et marque également son 2e but en 2 matchs. 2-0 pour l’Ukraine à la mi-temps. Les macédoniens reviennent des vestiaires revigorés, et obtiennent un penalty à la 54e minute, manqué puis repris par Alioski qui réduit l’écart. 2-1. Le score ne bougera plus malgré de belles occasions pour la Macédoine du Nord. Il s’agit d’une belle opération pour les hommes de Shevchenko mais n’en sortent pas rassurés en raison de cette médiocre deuxième mi-temps.

Yarmolenko buteur face à la Macédoine du Nord

Place au troisième et dernier match, les Bleus et Jaunes affrontent l’Autriche. Il suffit d’un nul aux deux équipes pour se qualifier pour les huitièmes de finale. Les autrichiens rentrent bien dans leur match et pressent très haut les ukrainiens, qui ne font que subir. Logiquement, à la 21e minute, Baumgartner profite d’une défense apathique pour marquer à la réception d’un corner. Le score aurait mérité d’être plus lourd tant les Ukrainiens n’ont montré aucune réaction, à la fois dans le jeu et dans l’attitude. Fort heureusement, les autres résultats (seulement un but d’écart au goal average entre eux et la Finlande) permettent à la Sbirna de passer les Poules d’un Euro pour la première fois de leur histoire.

Qualité de jeu et forme physique en decrescendo

C’est lors du premier match face aux Pays Bas que l’Ukraine a été la plus intéressante tactiquement. En début de match, l’équipe attend en bloc médian, très bien en place, avec des lignes serrées, ce qui ne laisse que très peu d’espace dans l’entre-jeu. Shevchenko privilégie toujours le même système, c’est à dire un 4-1-4-1 voire un 4-5-1 en phase défensive et à la récupération, le 4-3–3 se met en place. Ce qui est le plus surprenant, c’est de voir cette équipe qui n’hésite pas à jouer, à mettre en place un léger contre-pressing à la perte du ballon.

En attaque, il y a beaucoup de permutations entre les joueurs offensifs : Yarmolenko, Yaremchuk, Malinovsky. Les offensives sont fluides grâce à la recherche de jeu en appui avec Yaremchuk, suivi de renversements de jeu avec des latéraux qui amènent le surnombre, ce qui gêne considérablement la défense néerlandaise. C’est une mi-temps quasi parfaite offensivement pour l’Ukraine.

Défensivement, le duo Zabarnyi-Matviienko est très solide et n’est que très rarement mis en danger. Les joueurs défendent en bloc, mettent une pression sur le porteur de balle, avec également des prises à deux lorsque le jeu est sur les ailes. Néanmoins, tous ces efforts demandent de l’énergie et l’Ukraine subit dans le dernier quart d’heure : elle ressort moins bien le ballon et joue avec un bloc de plus en plus bas.

Malheureusement, ce n’est pas mieux en deuxième période : toujours autant d’approximations offensives et défensives, les joueurs font moins d’efforts et laissent donc plus d’espaces aux Oranjes. Ces derniers en profitent deux fois pour marquer, sur deux erreurs du latéral gauche Mykolenko. En fin de match, Shevchenko tarde à faire des changements mais ils s’avèrent bénéfiques avec la bonne rentrée de Shaparenko qui apporte beaucoup dans l’utilisation du ballon, permettant de mieux le ressortir et de faire remonter le bloc. C’est à ce moment que l’Ukraine parvient à égaliser. Mais Bushchan, d’abord fautif au pied puis à la main encaisse un troisième but.

“C’était un match sans. C’était dur physiquement, nous étions en retard partout sur le terrain, nous n’étions même pas dans le match, ce n’est pas le niveau de football que nous voulons montrer. Physiquement, nous n’étions pas prêts, c’est difficile de jouer trois matchs sur une aussi courte période.

Andriy Shevchenko après la défaite face à l’Autriche (RMC Sport)

Les deux matchs suivants sont beaucoup moins intéressants tactiquement. L’Ukraine semble fatiguée car Shevchenko ne fait que très peu de changements dans le onze de départ. L’équipe paye peut-être le prix de ses nombreux efforts lors du premier match. Ce qui pourrait justifier le nombre incalculable d’erreurs techniques dans les passes ou les contrôles. Le jeu est beaucoup plus poussif, le ballon ressort moins bien, voire pas du tout. On sent que les joueurs ont du mal à se comprendre et à se coordonner entre eux. Défensivement, le bloc est désorganisé, laissant beaucoup d’espaces aux joueurs adverses, qui n’hésitent pas à s’engouffrer pour se créer des occasions de but. La charnière Zabarnyi-Matviienko semble beaucoup moins sereine ainsi que Mykolenko qui peine à contrôler sa zone côté gauche.

Les Tops

Commençons par Georgiy Bushchan. Le dernier rempart ukrainien a été l’auteur de plusieurs parades de grande classe qui ont permis à l’Ukraine de rester en vie dans chacun des trois matchs de poules. Il possède également un bon jeu au pied qui aide lors des sorties de balle. Il est malheureusement fautif sur le troisième but encaissé face aux Pays-Bas mais cela reste anecdotique.

Poursuivons avec Mykola Shaparenko. Remplaçant lors du premier match mais auteur d’une très bonne rentrée, le jeune milieu de terrain est devenu titulaire les deux suivants. Bien trop seul dans l’entre-jeu pour pouvoir faire briller l’équipe à nouveau, il possède cependant une bonne vision du jeu et une habilité balle au pied qui aide à fluidifier la circulation du ballon. Très important, il n’hésite à prendre des risques en cassant les lignes grâce à ses passes verticales qui créent un déséquilibre dans le bloc adverse.

Le capitaine Andriy Yarmolenko. Auteur de 2 buts et 1 passe en 3 matchs, il a redonné espoir aux ukrainiens face aux Pays-Bas et permis à l’Ukraine de l’emporter face à la Macédoine du Nord. Le capitaine a très bien rempli son rôle car il apporte beaucoup à ses coéquipiers par son expérience au haut niveau. Cependant, il a très peu joué cette année avec West Ham et cela se ressent physiquement, il ne tient souvent qu’une mi-temps avant de s’effacer au fil des minutes.

Les Flops

D’abord, Vitali Mykolenko. Le latéral gauche du Dynamo Kiev semble perdu dans cet Euro. Fautifs sur les deux premiers buts face aux Pays-Bas, il commet pas mal d’erreurs défensives et peine à contrôler son côté gauche face à ses adversaires directs. Il est inexistant offensivement, ses centres ne trouvent pas preneur et ses montées sont rarement concluantes.

Ruslan Malinovskyi. Sensé être un des meilleurs voire le meilleur joueur de cette équipe, le milieu de l’Atalanta Bergame s’est montré très discret dans cette phase de groupes, hormis lors du premier match face aux Pays-Bas. Certes malgré lui, car il a ensuite été utilisé au poste de milieu gauche par Andriy Shevchenko suite à la blessure de Zobnin. Une circonstance atténuante donc pour le milieu offensif axial dont on attend beaucoup plus dans l’apport balle au pied, avec sa qualité de passe notamment.

Oleksandr Zinchenko. Lui aussi était attendu, lui aussi a déçu. Le latéral gauche ou milieu de terrain de Manchester City a semblé emprunté lors des deux derniers matchs, à l’image de sa sélection. Quand on sait que Shevchenko lui a confié les clefs du jeu, cela peut expliquer le manque de créativité et de fluidité dans les phases offensives ukrainiennes.

Zoom sur …

Roman Yaremchuk après son but face aux Pays-Bas

Roman Yaremchuk. Personne n’attendait le futur ex-joueur de La Gantoise à ce niveau et pourtant sa très bonne saison avec le club belge (20 buts et 7 passes) pouvait le laisser présager. Il est auteur de deux buts et d’une passe décisive dans cet Euro. C’est une pièce maitresse du système offensif ukrainien. Tous les ballons d’attaque passent par lui, que ce soit en point d’appui pour ses coéquipiers, en sollicitant les une-deux ou en prenant la profondeur grâce à une bonne pointe de vitesse. Il aime également participer au jeu en redescendant chercher le ballon, ce qui libère des espaces dans son dos. Un calvaire pour les défenseurs adverses.

Réaction en huitièmes ?

À la faveur de résultats favorables dans les autres groupes, l’Ukraine s’en sort bien et sera de la partie dans ces huitièmes de finale. Elle se classe parmi les quatre meilleurs troisièmes avec seulement 3 petits points, la Zbirna affrontera la surprenante Suède qui a terminé première de son groupe devant l’Espagne. Un tirage a priori équilibré sur le papier, mais la confiance sera bien du côté suédois. En revanche, les ukrainiens ont bénéficié de huit jours de repos contre six pour les suédois. Un point important pour les Bleus et Jaunes qui ont semblé à la peine physiquement. Un match qui s’annonce très ouvert et dont le vainqueur affrontera l’Allemagne ou l’Angleterre en quarts de finale.

Une Ukraine à deux visages
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