Portugal

Des Auriverdes en Seleção das Quinas

Entre Portugais et Brésiliens, le lien est profond. Indéfectible. Parce que les deux pays ont plus de 300 ans d’histoire commune. Aussi parce qu’encore aujourd’hui, les deux pays entretiennent des relations très étroites. Et celles-ci passent par l’enjeu de certains binationaux et naturalisés dans le football.

En même temps qu’il pose le pied au Brésil en l’an 1500, Pedro Cabral initie entre le Portugal et cette nouvelle terre encore inconnue une grande histoire commune qui fera du Brésil, jusqu’en 1822, une terre portugaise. Cette année-là, le Portugal perd le « joyau de [son] empire ». Mais loin d’être du fait des populations indigènes, l’indépendance brésilienne n’est que le fruit du fils de Jean de Portugal qui deviendra Pedro Ier de Brésil et de son conflit l’opposant aux troupes coloniales portugaises. L’histoire brésilienne reste donc, même au moment où elle prend sa liberté, du fait de la population portugaise sur place. Depuis, les liens ne parviennent pas à se rompre entre Portugal et Brésil. C’est tout particulièrement le cas dans le football, un sport a valeur religieuse dans les deux pays lusophones.

Portugal et Brésil, d’abord une histoire de championnat

S’intéresser au championnat portugais, c’est, inévitablement, observer des joueurs brésiliens de tout âge, de tout niveau et de tout profil sur les pelouses locales chaque semaine. Et ce pour une raison simple : les clubs portugais ne possèdent aucune restriction concernant les joueurs extra-communautaires. Les plus talentueux joueurs brésiliens aptes à passer le cap européen ou ceux qui veulent juste traverser l’Atlantique pour continuer d’exercer leur métier voient le Portugal comme une étape parfaite. D’abord, car la langue y est commune. Aussi par la question de la culture et du climat qui à peu de choses près sont assez semblables dans les deux pays. De quoi permettre une adaptation progressive, dans un environnement lointain seulement par les kilomètres.

Toutes ces raisons poussent, décennie après décennie, des dizaines de brésiliens à imiter le parcours de ceux qui les ont précédés en rejoignant les rives lusitaniennes. De quoi très largement faire du Brésil le pays le plus représenté en Liga NOS saison 2020/2021. Ils étaient alors 154 à évoluer dans le championnat portugais, alors que les Portugais eux-mêmes n’étaient que 80 de plus. Le Brésil se retrouve ainsi très loin devant la France, alors deuxième nation étrangère la plus représentée au Portugal avec 15 footballeurs. Ces joueurs paulistas, cariocas ou encore soteropolitanos, pour beaucoup, sont arrivés très tôt au Portugal. Ils y ont parfois même été formés. De quoi faire d’eux des joueurs parfois plus liés au pays européen qu’a celui où ils sont nés, les convainquant même dans certains cas de défendre la Seleção qui préfère le rouge au jaune.

La naturalisation forme une condition obligatoire à cela pour ceux ne possédant pas déjà la double nationalité (comme c’était par exemple le cas pour Marquinhos). Mais celle-ci est réglementée puisque, hors exception, il faut avoir passé au moins six ans sur le territoire portugais pour pouvoir la demander. Loin de décourager certains joueurs, elle permet à ces derniers de prouver une volonté incassable de jouer pour le Portugal pour y parvenir. De quoi éloigner ceux qui ne verraient en la sélection portugaise qu’une option en cas de non-convocation avec le Brésil.

Des joueurs de tout calibre qui entretiennent cette relation

Naturalisés ou alors binationaux par des liens familiaux souvent lointains, un certain nombre de joueurs brésiliens ont défendu les couleurs de la Seleção das Quinas. De quoi entretenir les liens sportifs entre les deux pays.

Des pionniers « sans visages »

Ils se nomment Lucio Soares et Celso Matos. S’ils ont permis d’ouvrir la voie à un mouvement très important dans l’histoire de la sélection portugaise, ils ont eux-mêmes laissé très peu de traces à la postérité. En tout cas en sélection. Dans le cas du premier, il naît et débute sa carrière au Brésil avec l’America FC. En 1959, à l’âge de 25 ans, Lucio traverse l’Atlantique et rejoint le Sporting CP. Il y évolue en tant que défenseur et se fait connaître comme un véritable serial buteur reculé puisqu’il n’inscrit pas moins de 34 buts en 103 apparitions avec les Lions. De quoi faire de lui, encore aujourd’hui, le meilleur défenseur-buteur de l’histoire du club, toujours loin devant le capitaine actuel Sebastian Coates et ses 22 buts. Au niveau des sélections, il devient en 1960 le premier joueur brésilien à porter le maillot portugais lorsque José Maria Antunes le convoque. A l’époque, la législation naturalisatrice étant bien moins contraignante. Il ne participe toutefois qu’à 5 rencontres avec le Portugal.

Place ensuite à 15 années d’attente pour voir un nouveau brésilien de naissance rejoindre les rangs portugais en équipe nationale. Il s’agit de Celso, né à Rio mais connu pour sa très riche carrière à Porto et surtout l’originalité de celle-ci. Pourquoi originale ? Car le joueur est arrivé au Portugal en rejoignant Boavista avant de rejoindre le grand rival de la même ville, le FC Porto, en 1972. S’en sont suivis deux retours chez les Axadrezados coupé par un second passage chez les Dragons. Au moment de son deuxième transfert entre Boavista et le FCP en 1976, il est convoqué par José Maria Pedroto. Sa carrière internationale est néanmoins restée superficielle puisque le Luso-Brésilien connaît finalement plus de transferts entre les deux clubs de Porto (4) que de sélections (3).

Otto Gloria, l’entraîneur brésilien mythique de la sélection portugaise et du SL Benfica

Seuls deux brésiliens ont donc porté les couleurs du Portugal au XXe siècle. Un bilan pauvre en comparaison de celui qui suivra. Un bilan contrasté aussi au vu des noms dont il est question. Cette relation hésitante à ses débuts peut surtout s’expliquer par le fait que les changements de nationalité sportive étaient très peu fréquents à l’époque. Aussi les exemples de Celso et de Lucio n’ont-ils pas forcément été assez probants pour inciter certains de leurs compatriotes à les imiter. Toujours dans la relation luso-brésilienne, la Seleção das Quinas du XXe siècle a tout de même été marquée par un personnage brésilien en particulier. Ce personnage, c’est le sélectionneur Otto Gloria, sous les commandes duquel le Portugal atteint les demi-finales de la Coupe du Monde en 1966. Le seul sélectionneur étranger qu’ait connu la sélection avec Luiz Felipe Scolari, brésilien lui aussi, 40 ans plus tard. Un entraîneur sous lequel brilleront des joueurs devenus des légendes portugaises, bien que nées de l’autre côté de l’océan.

Ces légendes portugaises nées outre Atlantique

Après un XXe siècle somme toute pauvre dans la relation luso-brésilienne dans le football, le XXIe siècle a débuté sous les meilleurs auspices. En particulier par la figure d’un joueur : Anderson Luis de Souza. Bien plus connu sous le nom de Deco. Son cas est tout particulièrement intéressant par l’histoire qui entoure sa naturalisation, en 2003. Début février, Luiz Felipe Scolari devient le nouveau sélectionneur portugais, après avoir remporté successivement la Coupe du Monde et la Coupe des Confédérations. Alors même qu’il avait refusé de sélectionner le joueur de Porto avec le Brésil, il jette son dévolu sur ce dernier pour qu’il porte les couleurs de l’organisateur de l’Euro 2004.

Ni une ni deux, le président de la FPF lance un processus accéléré de naturalisation pour celui qui n’était au Portugal que depuis cinq ans. Comme un clin d’œil à l’Histoire, Deco joue ses premières minutes avec le Portugal le 29 mars 2003 face… au Brésil. Comme si ça ne suffisait pas, il inscrit alors son premier but seulement 20 minutes après son entrée en jeu. La suite de l’histoire, on la connaît. L’un des tout meilleurs milieux de terrain qu’ait connu la sélection, malheureux dauphin de l’Euro 2004 ainsi que du Ballon d’Or de cette même année et demi-finaliste du Mondial allemand en 2006.

Deco, meilleur joueur brésilien sous les couleurs du Portugal? Ça se débat. Pourquoi? Parce qu’un certain Képler Laveran Lima Ferreira dit Pepe, né dans l’Est du Brésil, a lui aussi défendu les couleurs du pays des navigateurs. Après avoir rejoint le Maritimo en 2001 puis s’être illustré au FC Porto entre 2004 et 2007, il rejoint le Real Madrid. C’est au moment où il rejoint l’Espagne qu’après avoir longtemps fait part de son souhait de représenter la Seleção das Quinas, il parvient à obtenir la nationalité portugaise grâce à ses six années passées entre Madère et Porto. Ainsi l’une des plus belles pages du Portugal s’écrit avec le rugueux défenseur d’aujourd’hui 38 ans. Après avoir connu l’apogée de sa carrière internationale en 2016 en remportant l’Euro et comme l’un des tout meilleurs joueurs du tournoi, il pourrait dès 2022 devenir le troisième joueur le plus capé de l’histoire du Portugal. Seules 4 sélections le séparent désormais de Luis Figo (127).

Pepe et Deco, deux Brésiliens entourant le meilleur joueur portugais de l’Histoire. Tous sous une même tunique à l’Euro 2008.

Autre joueur symbolique de cette tendance à la naturalisation, l’avant-centre star du Sporting, Liedson. Bien loin des deux cas précédents dans ce qu’il a pu apporté à la sélection, l’ancien n°9 aux près de 200 buts avec le Sporting a tout de même connu une quinzaine de sélections et surtout une Coupe du Monde avec le Portugal. Appelé par Carlos Queiroz en 2009 après être arrivé à Lisbonne en 2003, Liedson a très tôt exprimé son souhait de représenter sa terre d’accueil. En Afrique du Sud lors du Mondial, il est l’auteur du cinquième but lors de la victoire historique face à la Corée du Nord (7-0).

Une tendance qui s’accentue mais qui divise

Avant 2010, ils ne sont donc que cinq à avoir établi la passerelle footballistique entre les deux nations. Bien moins que ce que l’on pourrait imaginer, mais après un creux de naturalisations sous Paulo Bento, le mandat de Fernando Santos marque un retour triomphant de la tendance.

Une tendance qui fait l’objet de critiques

Malgré les relations étroites qui lient encore le Portugal à son ancienne colonie, la naturalisation de joueurs issus du Brésil (ou d’ailleurs) divise. Le sélectionneur Paulo Bento, en poste entre 2010 et 2014, a par exemple répété à plusieurs reprises qu’il ne demanderait en aucun cas la naturalisation de joueurs pour son équipe. Des déclarations qui s’opposaient aux nombreux appels du pied de Lima, ancien avant-centre brésilien de Benfica.

En 2021 encore, d’anciennes stars de la sélection telles que Ricardo Carvalho continuent de critiquer cette pratique : “Sincèrement, je trouve qu’il ne faut pas obligatoirement naître au Portugal pour représenter sa sélection, avouait-il auprès du site UOL. Cependant, je crois la durée des six années sur le territoire portugais trop courte pour offrir la double nationalité. Surtout, nous sommes un pays avec de très nombreux joueurs talentueux issus de la formation portugaise“. Malgré cette opposition, l’un n’empêche pas nécessairement l’autre. Le cas de certains joueurs naturalisés sous Fernando Santos en est la preuve formelle.

Fernando Santos et le retour de l’accent chantant en sélection

Avec Fernando Santos et en particulier après la Coupe du Monde 2018, la tendance à la naturalisation de joueurs nés au Brésil s’est exacerbée. Ce ne sont pas moins de trois joueurs auriverdes qui ont rejoint la Seleção das Quinas entre 2019 et 2021. Soit seulement deux de moins que dans toute l’histoire de l’équipe nationale avant cette période. En 2019, c’est l’avant-centre du SC Braga, Dyego Sousa, qui obtient les faveurs du sélectionneur. Une récompense de sept années passées entre Tondela, Portimonense, Maritimo et Braga. S’en suit le cas Otavio qui, après avoir rejoint le FC Porto dès 2014, effectue ses débuts avec le Portugal en septembre 2021.

Après Otavio, c’est Matheus Nunes qui cristallise le débat sur la naturalisation des Brésiliens. Et ce pour deux raisons. La première est une réponse aux propos de Ricardo Carvalho. Si Matheus naît à Rio de Janeiro, il effectue sa formation au Ericeirense, en banlieue de Lisbonne, qu’il rejoint dès ses 14 ans. De quoi permettre à naturalisation et formation de faire bon ménage. La seconde est celle de la bataille qui a opposé les fédérations portugaise et brésilienne quant à son choix. Convoqué par Tite avec le Brésil l’été dernier, le milieu de terrain du Sporting avait poliment refusé. Pour cause, le joueur n’attendait qu’une chose : un appel de Fernando Santos. Et ce dernier ne met guère longtemps à arriver, puisque Matheus est convoqué pour la première fois le 30 septembre 2021.

Ils sont ainsi huit joueurs auriverdes à avoir défendu les couleurs de la Seleção das Quinas. Pourtant, ils auraient pu être bien plus à l’image de Marquinhos qui dès 2013 affichait son ambition de jouer pour le Portugal. Une autre star brésilienne passée par le PSG aurait elle aussi pu jouer pour une autre sélection nationale. De son temps à Benfica, David Luiz avait effectivement été convié à rejoindre la sélection portugaise. Appel auquel il ne donna pas suite, son souhait de jouer pour le pays d’accueil de la Coupe du Monde 2014 étant trop fort. Et à l’avenir? D’autres auront peut-être à effectuer un tel choix. Parmi eux, l’ancien joueur sensation de West Bromwich Matheus Pereira, parti au Al-Hilal FC. Arrivé à 18 ans au SL Benfica et prêt à exploser en Liga Bwin comme en Ligue des Champions, Morato pourrait lui aussi attirer l’attention de la FPF dans les années à venir. Et ce même s’il est déjà sélectionné en jeunes avec le Brésil.

Crédits Photos : Getty Images

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