Europe

Portugal version Euro 2020 : Chronique d’une débâcle programmée

Dimanche dernier, le Portugal était définitivement éliminé de cette nouvelle édition de l’Euro après une défaite amère face à la Belgique. Elimination surprise ou attendue ? Malgré un effectif complet parmi les plus forts du continent, les signes avant-coureurs de cette déroute étaient pourtant présents depuis plusieurs mois.

Une entrée en lice pleine de doutes

A peine l’Euro avait-il débuté que beaucoup voyaient le Portugal comme l’un des favoris de la compétition. A cette ambition répondait la logique d’un groupe très fort. Ruben Dias, João Cancelo et Bernardo Silva sont des piliers de Manchester City et récemment sacrés champions d’Angleterre, Renato Sanches et José Fonte l’ont été en France, João Félix en Espagne, tandis que la sélection pouvait enfin compter sur des joueurs cadres comme Cristiano Ronaldo, Pepe ou João Moutinho ; tous en pleine forme. Principale tâche d’encre à cette liste : l’absence pour cause d’une grave blessure d’un Pedro Neto flamboyant cette saison avec les Wolves. Ajoutons-y plus tardivement l’absence de João Cancelo. Joueur phare de cette sélection, le polyvalent latéral droit de Manchester City a dû renoncer à son rêve d’Euro après avoir été testé positif à la Covid-19 deux jours seulement avant le match contre la Hongrie.

Malgré cette liste Ô combien séduisante, la sélection a beaucoup attiré les critiques, principalement à cause du jeu prôné par Fernando Santos. De plus, ce dernier n’était plus sur une bonne dynamique depuis plus d’un an avec son équipe, et les mauvais signes s’enchaînaient. Il faut d’abord remonter à la fin de l’année 2019 et aux éliminatoires de cet Euro. Après avoir été tenus en échec sur un score vierge par l’Ukraine à domicile, les Portugais s’étaient inclinés en octobre à Kiev par 2 buts à 1 après une véritable leçon tactique donnée par Andriy Shevchenko. En 2020 et en 2021, ce n’est guère mieux. Les matchs face à la France en Ligue des Nations avaient souligné les faiblesses tactiques du Portugal face aux équipes joueuses.

Grâce à leur victoire face au Portugal, Roman Yaremchuk et les siens avaient terminé à le première place de leur groupe des Eliminatoires de l’Euro.

Pire en mars, le Portugal avait peiné à se défaire de l’Azerbaïdjan (1-0) et n’avait pas fait la différence en Serbie (2-2). Avec un contenu offensif très pauvre, des combinaisons défectueuses et des prises d’initiatives personnelles rares, ce rassemblement aurait dû faire tirer la sonnette d’alarme. Autant dire que ce ne fût pas le cas, puisque le match de préparation contre l’Espagne début juin montrait encore une fois les difficultés d’une équipe qui ne parvenait que difficilement à remonter le ballon, à créer des espaces et des décalages, et à faire de véritables différences dans les derniers mètres adverses. 

Des matchs de poule dans la lignée de ces incertitudes

Malgré ces doutes, les Portugais entraient dans cet Euro plein d’ambitions. Et il en fallait, pour faire face à ce groupe de la mort qu’ils composaient aux côtés de l’Allemagne, de la Hongrie et de la France. En conférence de presse, Fernando Santos comme Cristiano Ronaldo se voulaient rassurants auprès de leurs compatriotes, en affichant la volonté du Portugal de conserver son titre européen. Très vite, cette volonté a été mise à rude épreuve. Face à la Hongrie le 15 juin dernier, les Lusitaniens ont eu affaire à des Magyars héroïques à la Puskas Arena de Budapest. En grand manque d’efficacité, la Seleção n’est pas parvenue à casser le bloc hongrois. Quelle réponse à cela ? Pratiquement aucune. Il faut attendre la 71’ pour l’entrée en jeu de Rafa Silva, et même la 81’ pour celle de Renato Sanches et André Silva. Les deux premiers susmentionnés seront d’ailleurs d’une importance cruciale dans la fin de ce match. Le Portugal parvient enfin à ouvrir la marque à la 84’ par l’intermédiaire de Raphaël Guerreiro avant que Ronaldo n’enfonce le clou à deux reprises. Score final 3-0. Un résultat qui cache encore la mauvaise dynamique de cette équipe et qui permet après la rencontre à Fernando Santos d’affirmer que le match du Portugal était très bon.

Rapidement, cette mauvaise dynamique va être mise sous le feu des projecteurs par une Allemagne pleine de frustration après sa défaite contre la France (0-1). Grâce à un système en 3-5-2, la Mannschaft explose une Seleção qui avait pourtant ouvert le score sur un magnifique contre inspiré par Bernardo Silva et conclut par Ronaldo. Alors que la charnière Ruben Dias-Pepe est débordée dans l’axe par le trio Havertz-Gnabry-Müller, Nelson Semedo a en particulier été obligé de se réaxer pour leur venir en aide au centre. Ce repositionnement a laissé un boulevard à Robin Gosens. Le piston allemand de l’Atalanta a réalisé un match exceptionnel en s’impliquant sur les 4 buts de son équipe. Alors quel fautif dans l’histoire ? Le duo William-Danilo formant un double pivot défensif a attiré les foudres des supporters. Alors que l’un des deux joueurs aurait dû combler comme troisième défenseur central en phase défensive, les deux joueurs se sont marchés dessus au milieu du terrain durant tout le match. Autre facteur aggravant, leur apport offensif a été proche du néant, alors que William était sensé occupé un rôle de n°8 et que l’on connaît ses qualités balle au pied. A côté de cela, le manque d’efforts défensifs des ailiers pour soutenir Semedo à droite a aussi été souligné. Tandis que Bernardo ne fait pas les retours défensifs nécessaires en première mi-temps, la faute est celle de Renato Sanches sur le troisième but et celle de Rafa Silva sur le quatrième.

Véritable cauchemar de la défense portugaise, Robin Gosens a réalisé un match exceptionnel en étant impliqué sur les 4 buts allemands.

Difficile donc de trouver un véritable bouc émissaire sur le terrain. Sûrement se trouvait-il sur le banc. En effet, il semble que Fernando Santos ait eu du mal à prendre la mesure d’une adversité employant un tel système. Alors qu’il aurait rapidement dû modifier son système défaillant dès les premières secondes du match, il n’en a rien fait. Il faut attendre près d’une heure pour le voir briser le duo William-Danilo et le temps de mettre en place un nouveau schéma, le Portugal avait déjà encaissé 4 buts. Malgré une belle bataille offensive en fin de match, un but de Jota et un poteau de Renato Sanches, la Seleção doit s’incliner (2-4).

La phase de groupe du Portugal se terminait par un choc similaire à celui de la finale de l’Euro 2016, face à la France. Si cette dernière avait déjà décroché son billet pour les huitièmes, il était alors presque vital pour le Portugal de prendre au moins un point pour s’assurer le sien. Dans un match assez ouvert, les Portugais sont parvenus à corriger les défaillances qui les avaient trahies contre l’Allemagne. Pour cause, l’abattage au milieu de terrain d’un Renato titularisé a permis de museler un Pogba pourtant inspiré tandis que Danilo formait enfin le trio défensif attendu avec Dias et Pepe. Nelson Semedo est quant à lui parvenu à faire oublier le talent de Mbappé par de très bonnes interventions. Offensivement aussi, il y avait du mieux chez les Portugais. La titularisation de Moutinho a permis à son équipe de jouer un meilleur jeu de possession tout en créant des décalages souvent bien exploités par Ronaldo. L’entrée de Palhinha en lieu et place de Danilo à la mi-temps a également permis d’apporter plus de verticalité dans le jeu portugais. Après un match globalement plaisant des deux côtés malgré quelques décisions d’arbitrage contestées, les deux équipes se sont quittées sur un score nul (2-2). Une phase de groupe au bilan en demi-teinte pour le Portugal, donc.

Le coup de grâce des Diables

En terminant à égalité de points avec la Mannschaft, le Portugal a dû se contenter d’une troisième place synonyme de huitième de finale compliqué face à la Belgique. Un match qui s’annonçait d’autant plus compliqué que les Portugais n’avaient bénéficié que de 4 jours de repos contre 6 pour leurs homologues qui sortaient déjà d’une poule bien moins relevée. Dès le départ, les conditions étaient donc favorables aux Belges. Dimanche 27 juin, 21h : place enfin au match ! Les Diables Rouges rentrent très vite dans le match et décident de poser le pied sur le ballon tandis que la Seleção commence par défendre. Seules quelques étincelles portugaises sont à noter, mais Diogo Jota rate notamment l’une des occasions les plus franches du match alors qu’il se retrouve seul face à Courtois. Défensivement, Pepe et Ruben Dias sont irréprochables tandis que Dalot et Guerreiro sur les côtés parviennent à bien inhiber les incursions belges. Le scénario reste à peu près le même jusqu’à ce que Thorgan Hazard fusille la cage de Rui Patricio d’une frappe fuyante de l’extérieur de la surface à la 42ème minute.

Pour ses choix dogmatiques et le style de jeu prôné, Fernando Santos s’est attiré les foudres des supporters de la Seleção.

Dès lors, la tendance s’inverse nettement et le Portugal devient très agressif. Durant toute la seconde période, les assauts lusitaniens s’enchaînent. C’est dans ce contexte que Bruno Fernandes (toujours trop moyen en sélection) et João Félix entrent en début de seconde période pour apporter la créativité et le génie nécessaires pour faire la différence. Mais rien n’y fait et la muraille belge tient. Entre longs ballons venus du milieu de terrain mais mal dosés, frappes lointaines mais non-cadrées et centres sans ambition, beaucoup de déchets se glissent néanmoins dans les offensives portugaises. Il faut attendre la 70’ pour voir un Diogo Jota franchement décevant céder sa place à un André Silva qui n’aura que trop peu eu sa chance durant cet Euro. Huit minutes plus tard, deux nouveaux changements sonnent pratiquement le glas pour le Seleção. Le meilleur élément de percussion, Renato Sanches, laisse sa place à Sergio Oliveira, joueur plus statique bien que très bon ballon au pied. Palhinha sort pour sa part au profit d’un Danilo entré comme défenseur central pour permettre à Pepe de presque occuper un rôle d’avant-centre. Après une frappe de Guerreiro qui fait trembler le poteau et 3 arrêts magistraux de Courtois en fin de match, le Portugal doit céder sa couronne de 2016, la tête basse et plein de regrets.

Avec le groupe qui la composait, la sélection portugaise pouvait (devait) rêver de conserver son titre européen. Cependant, les problèmes tactiques du Deschamps portugais, l’indisponibilité de joueurs phares (Cancelo, Neto) ou encore le niveau très discutable de certains titulaires (Jota, Bruno Fernandes, Bernardo Silva) n’auront pas permis au Portugal d’y parvenir. Il faut aussi mettre en avant une statistique peu évoquée. Le Portugal sortait d’une poule très disputée où chaque équipe a dû se démener pour arracher son billet. Ce ne fût pas le cas dans les autres groupes où les meilleures équipes ont pu souffler sur au moins un match. De plus, alors que les Anglais, les Allemands, les Danois ou encore les Néerlandais ont eu la chance de jouer leurs matchs de poule à domicile, le Portugal a dû voyager à travers toute l’Europe en seulement quelques jours (Budapest, Munich, Séville). Il n’en reste pas moins que ce ne soit pas une excuse à la déception qu’a amené cette élimination, mais cette donnée reste importante à prendre en compte.

Crédits Photos : IMAGO

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