Europe

Pays-Bas : l’heure du premier bilan

“Nous visons le plus haut, mais tout ce qui dépasse une demi-finale est un bonus”. Tels étaient les mots du sélectionneur Frank de Boer à la veille de l’entame de la compétition. Après avoir dominé leur groupe avec un 9 sur 9, les Pays-Bas ont maintenant le tableau ouvert jusqu’aux demi-finales. Les Néerlandais ont balayé d’un revers de main les doutes qui régnaient autour de la sélection. Est-ce que ce sera suffisant pour aller remporter le titre européen, 33 ans après le dernier ? Le doute a en tout cas laissé place à l’espoir.

Une phase de poule assez tranquille 

Après 7 ans d’absence, les Pays-Bas retrouvent l’odeur d’une grande compétition internationale en débutant contre l’Ukraine. Ils se devaient de commencer fort, c’est chose faite. Les 10 premières minutes étaient un véritable festival offensif des Oranjes. 7 tirs ont été tenté, total le plus élevé de l’histoire de la compétition. Seule la finition manquera pour conclure cette folle entame de match. La suite de la mi-temps s’est déroulée dans un rythme amoindri. Les hostilités ont toutefois commencé avec l’ouverture du score de Wijnaldum à la 52ème. 5 minutes plus tard, c’est au tour de Weghorst de marquer son but et de faire le break. Contre le cours du jeu, Yarmolenko a réduit la marque d’une sublime frappe enroulée dans la lucarne de Stekelenburg. Le gardien ajacide s’est fait une nouvelle fois surprendre par une tête de Yaremchuk quelques minutes plus tard. Très maladroit devant le but jusque-là, c’est finalement Dumfries qui a marqué le but de la victoire à la 85ème minute. Une victoire très importante contre une équipe ukrainienne qui était peut-être la plus difficile à jouer dans cette poule.  

Un premier match compliqué pour la sélection néerlandaise

Le deuxième match contre les Autrichiens n’a été qu’une formalité pour les Oranjes. Malgré une possession de balle légèrement en la faveur de l’Autriche, les Pays-Bas n’ont jamais été réellement mis en difficulté. L’équipe menée par Arnautovic n’a d’ailleurs fini le match qu’avec un seul pauvre tir cadré. Le premier but de la rencontre a été inscrit par Depay, qui ouvre là son compteur but de la compétition. Déjà buteur contre l’Ukraine, Dumfries a doublé la marque, scellant définitivement la victoire des siens. Ce 6 sur 6 est synonyme de qualification pour les huitièmes de finales et de première place du groupe.  

Déjà assuré de finir premier, on aurait pu penser que Frank de Boer allait faire reposer ses cadres. Ce ne fut pas le cas. Seulement deux changements ont été effectués. Maarten de Roon, menacé de suspension, est remplacé par Gravenberch. Weghorst a quant à lui laissé sa place à Malen. Face à des Macédoniens déjà éliminés, les Néerlandais ont souffert en début de match. Les hommes de Frank de Boer ont eu besoin d’un but annulé pour hors-jeu côté macédonien ainsi que d’une frappe repoussée par le poteau de Stekelenburg pour se lancer dans le match. C’est finalement Memphis Depay qui a ouvert le score à la 24ème minute. Wijnaldum a ensuite doublé puis triplé la mise en seconde mi-temps pour clore une belle phase de poule de cette sélection. C’est d’ailleurs le dixième match d’affilé où les Oranjes marquent deux buts ou plus, battant un record national qui datait de 1935.  

Rassurant tactiquement 

Beaucoup décrié par les fans à l’aube du début de l’Euro, le 3-5-2 de Frank de Boer a quelque peu rassuré. Une caractéristique importante du jeu demandé par de Boer est le pressing à la perte. Et à ce petit jeu, les Pays-Bas sont certainement une des meilleures équipes de la compétition. Tout cela est facilité grâce à l’intelligence des trois milieux de terrains que sont de Jong, de Roon et Wijnaldum. Ce sont également 3 joueurs très mobiles, mais qui laissent encore trop souvent de l’espace dans leur dos quand l’équipe adverse parvient à déjouer ce pressing. C’est là où le bât blesse, les Néerlandais ont souvent été mis en difficulté lors de leurs transitions défensives. Avec l’absence d’un véritable numéro 6 dans cette équipe, les 3 défenseurs axiaux se retrouvent plusieurs fois par match à devoir gérer des situations de contre. Leurs adversaires ne leur ont pas encore fait payer, mais nul doute que pour aller loin dans la compétition, il faudra résoudre ce souci.  

Si les 3 milieux de terrains sont très mobiles, c’est également le cas des 3 défenseurs centraux. Sans le ballon, Blind et de Vrij, les deux excentrés de ce trio, n’hésitent pas à aller chasser le ballon très haut sur le terrain. Durant les matchs de poules, les phases où de Vrij suivait son homme à 70 mètres de son goal sont très nombreuses. Là est l’avantage de jouer avec 3 centraux, si l’un monte, les autres peuvent coulisser et encore former une ligne défensive à 4, avec les pistons. En possession de balle aussi, les centraux n’hésitent pas à attaquer l’espace devant eux, balle aux pieds. Daley Blind excelle dans ce rôle-là.  

Stefan de Vrij, un pion majeur du 11 de Frank de Boer

La bonne surprise de cet Euro côté néerlandais est le piston droit, Denzel Dumfries. Que ce soit défensivement ou offensivement, le joueur de l’AZ est absolument partout. Buteur à deux reprises déjà, il est le premier joueur à marquer deux buts pour ses deux premiers matchs dans la compétition depuis Ruud van Nistelrooy en 2004. Côté gauche, c’est la surprise de Frank de Boer. Tout le monde s’attendait à voir Wijndal commencer, c’est finalement Van Aanholt qui a débuté les trois matchs de la phase de poule. Vu ses prestations concluantes, ça ne devrait pas changer d’ici la fin.  

Offensivement, les Oranjes peuvent se reposer sur l’omniprésence de Memphis Depay. Le néo-barcelonais en est déjà à deux buts et deux assists. En dehors de ses stats, son apport dans le jeu est indéniable. Toutes les attaques passent par ses pieds, en atteste le dernier match contre la Macédoine du Nord. Auteur du premier but à la suite d’une contre-attaque parfaitement menée. Il s’est transformé en passeur en offrant le deuxième but à Wijnaldum. Le troisième but part une nouvelle fois de ses pieds, sa frappe repoussée par le gardien a atterrit dans les pieds de Wijnaldum qui n’a plus qu’à la pousser au fond. A côté de lui, c’est l’incertitude. Weghorst et Malen seront en concurrence pour savoir qui débutera le huitième de finale. De Boer a ici deux profils très différents. Weghorst n’est pas un joueur très mobile et ne performe pas dans le jeu de combinaison dans les petits espaces. Néanmoins, son grand gabarit permet à ses coéquipiers de pouvoir jouer long sur lui en cas de besoin, chose qui n’est pas possible avec Malen. Ce dernier est quant à lui un joueur beaucoup plus mobile, qui n’hésite pas à jouer la profondeur. C’est à de Boer de voir quel type de joueur il aura besoin lors des prochains matchs.  

Dumfries : la grande satisfaction 

Le piston droit du PSV et de la sélection néerlandaise, Denzel Dumfries, s’est particulièrement démarqué en ce début d’Euro. Auteur de deux buts, il est un des hommes en forme de cette équipe. Impliqué sur les deux premiers buts contre l’Ukraine avant de marquer le troisième, il est de nouveau décisif lors du deuxième match contre l’Autriche en plantant le deuxième et dernier goal du match. Âgé de 25 ans, Dumfries est devenu un pion essentiel du jeu de Frank de Boer. Il profite de la grosse densité de joueurs dans le cœur du jeu pour étirer le bloc sur son flanc droit et ainsi bénéficier de beaucoup d’espaces. Le latéral, pourtant adapté à une défense à 4 en club, s’est parfaitement adapté au 3-5-2 exigé par le sélectionneur.  

Pourtant, le joueur qui est maintenant dans les petits papiers d’Arsenal et Everton a eu un parcours atypique pour arriver là où il en est aujourd’hui. Originaire d’Aruba, une petite île des Antilles néerlandaises située au large du Venezuela, Dumfries en a même porté les couleurs de la sélection nationale. Il n’a participé qu’à deux rencontres avec le maillot de la 200ème nation mondiale, où il a marqué un but. Il a décidé de quitter la sélection en 2016.  

Dumfries a rejoint le monde du football professionnel en 2014 lorsqu’il a rejoint le Sparta Rotterdam, en deuxième division néerlandaise. Lors de la promotion du club en Eredivisie en 2016, le latéral est élu joueur de l’année. Sa belle saison lui ouvre les portes de la sélection U20 des Oranjes, puis les espoirs. Dans la suite de sa progression, il signe à Heerenveen en 2017. Auteur d’une très bonne saison, il n’y reste qu’une seule année avant de rejoindre le PSV. Seulement 4 mois après son arrivée à Eindhoven, ses bonnes prestations lui ouvrent les portes de l’équipe A des Pays-Bas. Il est d’ailleurs récompensé en étant titulaire lors de la victoire contre l’Allemagne en ligue des nations (3 – 0). Il en est aujourd’hui à 22 caps. 

La joie de Dumfries après son but contre l’Autriche

Encore des problèmes à résoudre 

Il est compliqué de trouver de gros défauts à cette équipe si on se base uniquement sur ces trois matchs de poule. Hormis cinq minutes très compliquées contre l’Ukraine et le début de match un peu douteux face à la Macédoine du Nord, les Pays-Bas n’ont que très rarement été mis en difficulté.  

Ils restent cependant encore quelques interrogations. Qui de Weghorst ou de Malen débutera le huitième de finale ? Si Weghorst a débuté les deux premiers matchs, Malen a donné pleine satisfaction à son coach lors de sa titularisation lors du dernier match. Choix de luxe pour Frank de Boer qui a ici deux profils totalement différents. Par rapport au dernier match, Maarten de Roon devrait reprendre sa place aux dépens de Gravenberch.  

Le manque de grosse adversité rencontrée peut également poser un problème. Les Pays-Bas n’ont que très rarement été mis en difficulté. Le manque de réelles oppositions n’a pas permis de mettre en évidence certains défauts de cette sélection. Le vétéran Stekelenburg n’a eu que très peu de travail à fournir or, on sait qu’il peut devenir un point faible de cette équipe. Comme dit plus haut, les Oranjes ont beaucoup de mal sur leurs transitions défensives, même si aucune équipe n’en a réellement profité pour le moment. Contre une équipe comme la France par exemple, qui adore les reconversions offensives rapides, est-ce que cela ne risque pas de craquer ?  

Jusqu’où peuvent-ils aller ?  

Les joueurs et le staff savaient qu’ils affronteraient la République Tchèque si l’Espagne battait la Slovaquie et si la Pologne ne parvenait pas à s’imposer. La Suède a gagné 3-2, tandis que l’Espagne a écrasé la Slovaquie 5-0. Ce seront donc les Tchèques qui se dresseront devant les Oranjes en huitième de finale. Un tirage plutôt favorable aux Néerlandais. Attention cependant à l’équipe entrainée par Jaroslav Silahvi qui a fini 3ème de sa poule derrière l’Angleterre et la Croatie. La rencontre se déroulera ce dimanche 18 heures à la Puskas Arena de Budapest. Le vainqueur de cette confrontation affrontera le Pays de Galle ou le Danemark.  

Avec un tableau ouvert, les Pays-Bas ont de bonnes chances d’atteindre les demi-finales, leur objectif principal. Mais peuvent-ils viser plus haut ? Avec ce qu’ils ont montré depuis le début de la compétition, la réponse est oui. Malgré l’absence de grosse opposition, les Oranjes ont été solides. On le savait, le groupe comporte de nombreuses belles individualités, mais à l’aube de l’Euro, on avait très peu de certitudes collectives sur cette équipe. Incertitudes qui ont été balayées en trois matchs. On voit quelles sont les idées du sélectionneur, quels principes de jeu il veut mettre en place. Pour le moment, le message de Frank de Boer passe auprès des joueurs et le climat de tension qui pouvait exister autour de cette équipe s’est fortement apaisé. Si le collectif performe autant, c’est également grâce au niveau des individualités. Dans ce secteur-là, les cadres de la sélection répondent présent. Défensivement, la charnière centrale est solide. Hormis les deux buts encaissés en 5 minutes contre l’Ukraine, leurs cages sont restées inviolés. De Jong et Wijnaldum réalisent pour le moment un très bon Euro, tout comme Depay qui est omniprésent sur le front de l’attaque.  

Les Néerlandais restent cependant légèrement un cran en dessous des autres cadors de la compétition comme la France ou l’Italie. Mais avec un tableau en leur faveur et des individualités qui performent, pourront-ils aller décrocher leur deuxième trophée européen après celui de 1988 ? Rendez-vous ce dimanche à la Puskas Arena pour un premier élément de réponse.

Crédits Photos : Twitter @OnsOranje

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