Europe

Comment joue le Sheriff Tiraspol ?

Petit nouveau en la Ligue des Champions, le Sheriff Tiraspol est pour le moment la surprise des phases de groupes. On ne donnait pourtant pas cher de leur peau après le tirage au sort. Dans un groupe composé du grand Real Madrid, d’un Inter auréolé du Scudetto et du Shakhtar Donetsk, les petits poucets moldaves de Tiraspol semblaient faire office de faire valoir au milieu d’équipes habituées aux joutes européennes. Pourtant après 4 matchs disputés le résultat est inattendu. Deux victoires et deux défaites, 6 buts marqués et 7 encaissés. Le tout en se déplaçant au Bernabeu et à Giuseppe Meazza. Alors comment une équipe sur le papier aussi modeste a-t-elle pu obtenir de si bons résultats sur ses premiers matchs ?

COMMENT PASSER DE DOMINANT A DOMINÉ ?

Habitué aux rencontres du championnat moldave, le Sheriff Tiraspol est l’incontestable maitre du football domestique. Vainqueur de la Divizia Nationala en 2020 avec 99 points en 36 matchs et une différence de but de +109, le Sheriff roule littéralement sur sa concurrence avec un modèle de jeu offensif. De plus, les ressources économiques du club de Transnistrie sont largement supérieures à celles de ses concurrents. Elles lui permettent de recruter des joueurs d’un niveau largement supérieur au niveau moyen du championnat moldave.

Or, et le Sheriff le sait, toutes ces réalités ne s’appliquent qu’au cadre du championnat moldave. Sur la scène européenne l’effectif du Sheriff semble limité et inexpérimenté. Les certitudes des hommes de Yuriy Vernydub s’estompent logiquement à la vue des armadas de clubs prestigieux. Alors pour survivre dans un environnement bien plus hostile que celui de la Divizia Nationala, le Sheriff a parié sur l’adaptation à l’adversaire plutôt que sur la volonté d’imposer son modèle de jeu. Les Moldaves ont donc misé sur des plans de jeu défensifs, laissant le monopole du ballon à l’adversaire. Mais ils n’en ont pas oublié pour autant de se donner les moyens d’exploiter leurs quelques phases de possession.

S’ADAPTER POUR SURVIVRE

Pour leur entrée en lice, les joueurs du Sheriff ont réalisé le match parfait face au Shakhtar, rendant complètement inoffensif le jeu des hommes de De Zerbi. Pour cela, Vernydub avait préparé un 4-3-3 avec une pointe basse en la personne d’Edmund Addo. L’objectif de ce système était de défendre de manière individuelle sur la plupart des joueurs adverses. Face au jeu de position de De Zerbi et à sa volonté de multiplier les lignes de passes courtes dans l’axe, le marquage individuel des joueurs du Sheriff s’est avéré très efficace.

De cette façon le jeu de position, trop apathique ce jour-là, des ukrainiens a pu être maitrisé par Tiraspol. Le Sheriff a conservé pendant tout le match le même principe de marquage individuel. L’objectif clair étant d’empêcher les joueurs du Shakhtar de se mettre dans le sens du jeu. Il faut tout de même préciser que le marquage individuel n’était de mise que lorsque le ballon se trouvait dans l’axe. Une fois le ballon sur un côté, le marquage individuel disparaissait pour laisser place à un bloc compact du côté du ballon afin de limiter au maximum l’espace disponible pour le Shakhtar.

La clé de l’animation défensive du Sheriff était leur agressivité dans le marquage individuel, leur capacité à ne jamais laisser un joueur du Shakhtar avec du temps et des solutions. L’ouverture du score découle d’une récupération haute qui illustre bien cette volonté “d’étouffer” l’adversaire malgré un bloc bas

De manière générale, la performance du Sheriff Tiraspol contre le Shakhtar est la plus aboutie. Irréprochables défensivement, ils ont complètement muselé les Ukrainiens.

Dans leur second match face au Real Madrid, les Moldaves ont là encore joué la carte de l’adaptation. Face à des Madrilènes en 4-3-3 sur le papier, Vernydub a aligné un 4-2-3-1 en partant du principe que son double-pivot et son milieu offensif se calqueraient sur le milieu à 3 des merengues. Or, et on trouve là une certaine naïveté regrettable mais inévitable pour une équipe qui débute en Ligue des Champions, le 4-3-3 d’Ancelotti s’est avéré plus flexible que prévu.

Cette situation annonce d’entrée les difficultés que va rencontrer Tiraspol face aux nombreux déplacements des Madrilènes : Hazard déserte l’aile droite, Benzema décroche, Valverde se place sur le côté…

Rapidement, la mise en place de Vernydub s’avère assez poreuse face aux permutations madrilènes.

Face à tous ces déplacements, le Sheriff a réussi à se maintenir à flot grâce à la réactivité et à la conscience défensive de ses joueurs. Car si le Real a su créer des décalages ou des surnombres, le Sheriff a su réagir assez rapidement.

Finalement dans le troisième match de la phase aller, les Moldaves se déplaçaient sur la pelouse de l’Inter. Battus 3-1 à l’arrivée, les coéquipiers de Sébastien Thill ont pourtant livré une performance sérieuse défensivement, n’encaissant qu’un seul but dans le jeu. Encore une fois on a retrouvé chez Vernydub l’obsession de s’adapter aux points forts de l’adversaire pour le bloquer. Ainsi, le Sheriff a cherché à limiter l’influence de Brozovic, véritable métronome des Nerazzurri. Dès le début du match, Kolovos a suivi le Croate pour l’empêcher d’orienter le jeu à sa guise.

Face à l’Inter, le principal problème dont a souffert le Sheriff était le surnombre constant des Interistes à la construction. Ce surnombre était créé par le fait que 4 joueurs de l’Inter permettaient de fixer les 5 défenseurs moldaves. Mathématiquement, cela a laissé les Milanais en surnombre plus bas sur le terrain

Ce surnombre s’est particulièrement exprimé sur les cotés où les hommes d’Inzaghi ont développé leur jeu. Ainsi, les défenseurs centraux excentrés de l’Inter (Skriniar et Di Marco) ont posé des problèmes au Sheriff. Ici c’est Skriniar qui vient créer un surnombre avec Barella, ce surnombre débouche sur un centre.

Sur cette autre phase c’est Di Marco, latéral de formation, qui se projette et apporte le danger dans la surface adverse.

L’UTILISATION DU BALLON : UN PLAN DE JEU MINIMALISTE MAIS EFFICACE

Si le Sheriff a montré ses qualités défensives, leur rendement offensif témoigne également de qualités dans l’utilisation du ballon. En moyenne Tiraspol a eu 26,33% de possession sur ses 3 premiers matchs. C’est peu, mais ce fut assez pour marquer 5 fois, dont 4 fois dans le jeu.

Les mouvements offensifs de Tiraspol s’organisent autour d’une fixation du bloc adverse sur un coté avant de renverser le jeu. Dès leur entrée en lice, ils ont annoncé la couleur avec leur second but. Fixation de l’adversaire sur le coté droit pour libérer l’aile gauche puis renversement vers Cristiano. Voilà le mouvement que répètent les coéquipiers du co-meilleur passeur de la Ligue des Champions (3 unités).

Contre le Real, la formule a encore fonctionné avec cette fois-ci un but de Yakhshiboev.

Enfin face à l’Inter, ce type de mouvement s’est avéré plus rare mais pas inexistant. On retrouve cette volonté de libérer le couloir gauche puis de renverser suite à une touche, comme face au Shakhtar.

Si ce plan de jeu s’avère efficace, c’est avant tout parce qu’il est simple à mettre en pratique. Le Sheriff Tiraspol n’a pas forcément les moyens de baser son jeu sur des possession longues. Plutôt que de se résigner à renvoyer les ballons sans chercher à les exploiter, le club moldave cherche à tirer le maximum de chaque situation comme on l’a vu pour les touches. Il s’agit aussi de capitaliser sur l’un des meilleurs joueurs de l’effectif, Cristiano, et son très bon pied gauche.

Parti pour faire de la figuration, le Sheriff se retrouve troisième de son groupe, à un petit point de l’Inter et trois du Real. Tout cela en prenant en compte l’affrontement entre les deux géants européens lors de l’ultime journée. Maintenant l’effet de surprise passé, le Sheriff doit s’attendre à des adversaires revanchards et avertis de la menace qu’il représente. Pour continuer à surprendre l’Europe, il faudra pour le Sheriff se débarrasser des dernières touches de naïveté observées jusqu’à maintenant. Il faudra aussi espérer que les joueurs clefs de l’effectif comme Athanasiadis ou Cristiano restent sur leur petit nuage afin de porter un collectif qui reste largement inférieur à celui de la concurrence. Le tâche semble ardue mais avec une telle efficacité et avec les points et l’expérience accumulés pendant leurs quatre premiers matchs, les Moldaves ont gagné le droit de rêver.

Crédits Photos : Getty Images / Wyscout

Comment joue le Sheriff Tiraspol ?
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En haut