Ecosse

La patte Steven Gerrard aux Rangers

Pour sa première expérience sur le banc d’un club professionnel, Steven Gerrard se distingue déjà. À la tête des Rangers depuis l’été 2018, l’ancien international anglais de 36 ans marque progressivement le club de son empreinte en lui permettant de retrouver la lumière. Quand un novice en la matière et un club en reconstruction se rencontrent…

Destins croisés

Le moins que l’on puisse dire, c’est que 2016 a été une année marquante dans la vie de Steven Gerrard. Si elle l’a été pour l’ancien joueur et capitaine emblématique de Liverpool, elle résonne aussi particulièrement fort dans l’histoire du club des Rangers. En effet, c’est en octobre 2016 que Steven Gerrard, après une dernière pige en MLS, du côté de Los Angeles, décide de mettre un terme à son immense carrière de joueur à l’âge de 36 ans.

Quelques mois plus tôt, de l’autre côté de l’Atlantique, les Gers fêtent leur retour dans l’élite après quatre années à se morfondre dans les divisions inférieures. Criblé de dettes, 160 millions d’euros selon ses administrateurs, le club est rétrogradé en quatrième division, la Scottish Football League Two, et doit être reconstruit sur de nouvelles bases.

Fort de son aura et de son prestige historique, il parvient à rejouer en première division en montant successivement trois fois. Pour leur retour en Scottish Premiership, les Teddy Bears parviennent à terminer troisièmes, accédant ainsi au premier tour de qualification de l’Europa League. Une performance à souligner certes, mais qui ne satisfait pas pour autant les adorateurs du club. En effet, trente-neuf points plus haut, le Celtic domine outrageusement le football écossais et rien ne saurait le contester, certainement pas les Rangers handicapés par leur passif financier impactant leur recrutement.

En Angleterre, Steven Gerrard est d’abord en charge des U18 de Liverpool depuis le mois de février de l’année 2017, puis se voit confier les U19 pour la campagne de l’UEFA Youth League. Une décision prise par les dirigeants après que Jürgen Klopp notamment ait souligné son éthique de travail et ses connaissances acquises lors de sa riche carrière de joueur. 

Steven Gerrard lors d’un entraînement avec les U18 de Liverpool (Crédit photo : thekoptimes)

Sous ses ordres, les jeunes Reds terminent premiers d’un groupe composé du Spartak Moscou, Séville et Maribor. Défaits une seule fois, ils affichent une moyenne de 3 buts inscrits par match, pour 0,5 encaissés. Une force offensive et défensive qui n’est pas sans rappeler la solidité et l’efficacité propres aux Rangers aujourd’hui. Les protégés de Steven Gerrard s’inclineront finalement en quarts de finale de la compétition contre Manchester City, aux tirs au but (1-1 / 3-2), après avoir dominé United (2-0) au tour précédent.

Au cours de l’intersaison 2018, le club des Rangers, toujours en convalescence malgré une première division retrouvée, décide de se séparer de Graeme Murty. À la recherche d’un coach, les dirigeants optent pour un novice, mais prometteur, en la personne de Steven Gerrard.

Steven Gerrard, au culot ?

Faire appel à un entraîneur inexpérimenté peut paraître culotté surtout pour un club aussi prestigieux que les Rangers. Mais le natif de Whiston va très vite prouver qu’il est capable de s’adapter aux exigences liées à un club qui génère beaucoup de pression. En tant que joueur, il l’a ressenti à Liverpool où le contexte passionnel est autant marqué. Son leadership naturel et sa fidélité ont été des qualités appréciées et nul doute qu’elles ont motivé les dirigeants à lui proposer le poste.

Rapidement, Steven Gerrard conforte le choix de ses supérieurs. Alors que les Gers n’étaient plus parvenus à se hisser pour la phase de groupes d’une compétition européenne depuis 2011, l’ancien international anglais corrige ce fait et confirme les espoirs placés en lui. Les Écossais établissent un sans-faute en éliminant successivement les Macédoniens du FK Shkupi, les croates du NK Osijek, les slovènes du NK Maribor ainsi que les russes du FK Oufa. Les Teddy Bears finiront troisièmes d’un groupe composé de Villarreal, du Rapid Vienne et du Spartak Moscou. Prometteur on vous dit. 

Si, à l’issue de la saison 2018-2019, les Rangers de Gerrard ne sont pas sacrés champions, l’écart de points entre les Rangers (2èmes) et le Celtic (1er) s’amenuise (11 points). Surtout, en décembre 2018, ses protégés réussissent enfin à battre le Celtic Glasgow (1-0), ce qui n’était plus arrivé depuis 2012. Une victoire célébrée tel un titre tellement le soulagement fut intense. 

Ce retour en forme sur la scène écossaise combiné à la réputation de Steven Gerrard permet au club d’être plus attractif sur le marché des transferts et d’attirer des joueurs suffisamment armés pour destituer le grand rival. Ainsi, le gardien Allan Mcgregor signe son retour après avoir quitté le club en 2012. Champion d’Écosse en 2009, 2010 et 2011 avec les Gers, il demeure un atout majeur de l’effectif, lui qui a fait partie de l’équipe-type de la Scottish Premier League lors de ces années de triomphe et en 2019. Le nouveau coach décide de miser aussi sur Scott Arfield, international canadien habitué aux joutes du championnat anglais après des passages à Huddersfield et Burnley. Auteur de 22 buts en 96 matchs, le milieu de terrain met au service de l’équipe sa polyvalence et sa qualité de passe. Au terme de la deuxième saison de Steven Gerrard en tant qu’entraîneur des Teddy Bears, ils terminent seconds du championnat mais amenuisent encore l’écart avec le rival éternel. 

Cette montée en puissance progressive des Bleus Clairs se superpose à la construction méthodique de la carrière d’entraîneur du meilleur joueur de la finale de la Ligue des Champions 2005. 

Si la saison passée a vu les Rangers s’effondrer au cours de la deuxième moitié, cela ne devrait pas être le cas cette année. En effet, ils semblent mieux armés, guidés par un coach qui progresse très vite et dont le caractère a prouvé qu’il compensait largement son manque d’expérience. À ce jour, ils devancent le Celtic de 20 points et, même si rien n’est acté mathématiquement, il faudrait un cataclysme pour empêcher les Gers de retrouver le goût du sacre.

Rigoureux et fédérateur

Pourtant, au moment d’appréhender la fin de sa carrière de joueur, Steven Gerrard n’était pas certain de s’assoir sur un banc de touche. Dans une autobiographie intitulée My Story, il disait ne pas encore savoir s’il voulait prendre ce chemin et qu’il ne souhaitait pas « devenir un entraîneur qui pose les plots ». C’est là qu’on peut mesurer tout son aura de manager proche de ses poulains. Si nous avons déjà souligné son leadership et son expérience, l’envergure de sa personnalité est aussi un point important. Interrogé par nos confrères de Ouest-France, Chris Jack, reporter au quotidien The Herald, estime que c’est du jamais vu « depuis Paul Gascoigne » (1995-1998). D’ailleurs, lors de son intronisation, le président Dave King n’a pas hésité à signifier son « excitation » à l’idée d’avoir « une personne du calibre de Steven ». 

Steven Gerrard et son capitaine James Tavernier, deux hommes forts du club (Crédit photo : Twitter @Rangers)

Grâce à ses performances, Steven Gerrard est parvenu à redorer le blason des Rangers mais surtout à fédérer toutes les composantes du club qui ont vécu des années profondément difficiles. Avec 64% de victoires, les résultats de l’équipe sont la vitrine de son succès mais il est aussi actif en coulisses. À l’origine d’une refonte de l’état d’esprit au sein du club, il a apporté des modifications concrètes au niveau de la structure d’entraînement, l’accueil des joueurs ou encore la cantine. À ses côtés, il peut compter sur Gary McAllister et Tom Culshaw qu’il a connus à Liverpool.

Le rouleau compresseur

Lorsque l’on se penche sur l’aspect tactique, il est assez facile de déceler dans le jeu des Rangers celui qui caractérisait Steven Gerrard joueur. Redoutable d’intelligence, il demande à ses protégés d’avoir la possession du ballon pour garder le contrôle, imposer un rythme très rapide vers l’avant et dominer son adversaire dans tous les compartiments du jeu. Pour cela, celui qui a terminé troisième au Ballon d’Or 2005 n’hésite pas à évoluer en 4-3-3 ou en 4-1-4-1 afin de couvrir l’intégralité des zones du terrain, étouffant son adversaire à la perte du ballon. Les statistiques en championnat cette saison sont éloquentes : 24 victoires, 3 matchs nuls, 0 défaite. 67 buts pour, seulement 7 contre. À domicile, c’est un sans-faute : 13 matchs, 13 victoires et 1 petit but encaissé. 

Rangers earned another deserved home win
Les Rangers brillent grâce à un collectif soudé et compétitif (Crédit photo : Reuters)

Vous l’aurez compris, Steven Gerrard peut compter sur une défense de fer pour espérer aller le plus loin possible cette saison. Si les éléments qui la composent sont solides, à l’image du défenseur central Connor Goldson qui affiche un taux impressionnant de 71% au niveau des duels remportés, ils apportent aussi devant. Avec 11 réalisations et 9 passes décisives cette saison, James Tavernier confirme son rôle de latéral offensif et peut même se targuer d’être le meilleur buteur devant l’ailier Kemar Roofe (10 buts). Sur le flanc gauche, Borna Barisic est à l’origine de nombreuses occasions créées et a déjà délivré 5 passes décisives. Ces chiffres les concernant sont intéressants dans la mesure où ils montrent bien la volonté du coach de faire participer les latéraux aux actions offensives et ainsi créer le surnombre aux abords de la surface de réparation. Un modèle comparable à celui mis en place par Jürgen klopp à… Liverpool. Et comme le danger peut venir de partout, notons aussi l’émergence du jeune Ianis Hagi, fils de, impliqué sur 13 buts en championnat. Le meneur de jeu, prêté la saison passée à Genk, confirme les espoirs placés en lui et vient s’ajouter au large éventail de choix offensif mis à disposition de l’ancien capitaine de la sélection anglaise : Alfredo Morelos, Ryan Kent ou encore l’expérimenté, et ex-coéquipier de Gerrard, Jermaine Defoe (39 ans).

Cette palette de choix est un souhait du coach anglais. En mettant en concurrence ses joueurs, il hisse l’intensité à l’entraînement au maximum afin que les joueurs alignés en match soient ceux qui se dépouillent le plus. Aucun ne voit sa place de titulaire acquise.

Par ailleurs, il faut souligner qu’il n’a pas recruté à tour de bras mais qu’il a construit son succès en s’appuyant sur des joueurs déjà au club. Ces qualités de manager transparaissent parce qu’il arrive à bonifier chaque élément de son effectif, à obtenir le meilleur qu’ils puissent donner. L’exemple le plus parlant est celui de l’attaquant sud-américain Alfredo Morelos victime d’un coup de mou la première année mais qui renaît sous l’impulsion de Steven Gerrard.

Outre le championnat, les coéquipiers d’Alfredo Morelos brillent aussi en Europa League. Après avoir balayé Lincoln (0-5) et Willem II (0-4), ils sont parvenus à écarter la coriace équipe de Galatasaray en barrages (2-1). Qualifiés pour la phase de groupes, les Rangers ont terminé premier d’un groupe composé du Benfica, du Lech Poznan et du Standard de Liège en battant le record de points (14) pour un club écossais en coupes d’Europe. Plus significatif encore : quand Steven Gerrard a signé aux Rangers, l’Écosse pointait au 26èmerang au coefficient UEFA, aujourd’hui elle est 12ème. Le 18 février dernier, ils ont éliminé Antwerp. La suite de leur campagne européenne va être intéressante à suivre d’un point de vue tactique. Comme nous l’avons expliqué précédemment, les Rangers adoptent un jeu rapide porté vers l’avant grâce notamment aux montées des latéraux défensifs. Face à des équipes mieux calibrées que celles figurant dans le championnat écossais, ce modèle suffira-t-il ou faut-il craindre une exposition aux contres fatale ? À Steven Gerrard de faire parler son intelligence et son expérience tactique des grands matchs.

Et après ? Le contrat liant Steven Gerrard aux Rangers prendra fin en 2024. D’ici là, difficile de deviner ce que l’avenir réservera.

Mais si l’on en croit l’autobiographie de l’ancien joueur, son rêve est d’entraîner les Reds de Liverpool. Est-ce vraiment surprenant lorsque l’on regarde dans le rétroviseur et quand on connaît tout l’amour entre eux ? Pas vraiment. Jurgen Klopp partira un jour, sera-t-il son successeur ? Probablement. En tout cas, son travail effectué en Écosse renforce cette hypothèse. Interrogé à ce sujet, le regretté Gérard Houllier le voit comme une évidence : « On n’échappe pas à son destin. » 

La patte Steven Gerrard aux Rangers
1 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En haut