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Europa League : Étoile Rouge, objectif Lune

Tout droit sortie d’une saison interne de tous les records, l’Étoile rouge (Crvena zvezda en VO) visait résolument un retour en Ligue des Champions, après une pause d’un an. C’était sans compter sur un os nommé Sheriff Tiraspol, dont le momentum ne semble d’ailleurs plus vouloir s’estomper. Reversée en Europa League, la bande de Deki Stanković est tombée dans un groupe E des plus abordables. Une chance, alors que la C3 propose un plateau copieusement relevé, non conseillé aux diabétiques. Une manière, aussi, d’entrevoir le printemps européen et de noyer les regrets de Milan, en février dernier, dans l’eau de la Save…

En quête d’une renaissance européenne

Désormais quadruples champions de Serbie en titre, les Crveno-beli ont fracassé la Superliga version 2020-21. 38 matchs, 35 victoires, 3 nuls, aucune défaite, 114 buts marqués et 20 buts encaissés (avec une différence de buts stratosphérique de +94). Voilà le Partizan rhabillé pour l’hiver. Les 108 points sur la saison, un record européen (voire mondial, on attend la preuve du contraire), ont été ponctués par une série de 22 succès consécutifs entre octobre et fin avril. L’ambition pour cette année était toute trouvée : faire écho a ce statut de moissonneuse-batteuse en C1 et continuer à faire grimper le coefficient UEFA du pays qui vient de doubler la Belgique et la Suisse pour passer douzième.

Mais bipolaire face au Kairat Almaty dès son entrée au second tour de qualification (cataclysmique à l’aller – 1-2, royal au retour – 5-0), l’Étoile rouge n’a pas vu arriver le Sheriff Tiraspol, qui lui a coupé les ailes et avorté, du même coup, ses retrouvailles torrides avec le Dinamo Zagreb (1990 oblige). Ankylosés, les Serbes ont été en panne d’inspiration – comme souvent en début d’exercice, la machine semble rouillée -, butant sur une formation au plan de jeu simpliste (bloc bas, transitions et contres fulgurants) mais avec un vrai répondant dans le domaine aérien et sur le plan technique.

Pour le barrage d’Europa League, la mission s’annonçait au moins tout aussi complexe face à une formation transylvaine de CFR Cluj tout aussi revancharde. Toujours peu souveraine, Zvezda a toutefois profité des largesses défensives béantes des Ceferiștii (4-0, 2-1) et de la cassure certaine d’une équipe qui se devait de piquer sa crise interne quelques jours plus tard. Rentrée dans la tête des Roumains, l’Étoile a su se montrer létale et redoutablement efficace, dans le sillage de Milan Pavkov et Aleksandar Katai, tous les deux buteurs à l’aller comme au retour.

Les Crveno-beli congratulent leur portier Borjan après son penalty arrêté face à Ciprian Deac (CFR Cluj).

Finalement sans forcer, les Crveno-beli ont peut-être pressé le bouton « un mal pour un bien », en tirant Braga, Ludogorets et Midtjylland au lieu du Real et de l’Inter. Les Portugais – toujours au rendez-vous – semblent être l’adversaire le plus coriace pour la première place, alors que les Bulgares régressent d’année en année sur le plan européen malgré leurs investissements. Le FCM ne sera pas non plus à négliger, mais Zvezda garde un bon souvenir du Danemark : une certaine séance de tirs au but à Copenhague à l’été 2019, avec un Milan Borjan de gala…

La perf’ référence (aller et retour en seizièmes de finale) contre l’AC Milan en février dernier et ce coup franc de la dernière chance qui leur a été refusé à San Siro, laisse planer l’idée que les Belgradois sont peut-être capables de franchir ce fameux cap européen avec la légende Stanković sur le banc. En attendant, les Delije sont de retour au Marakana pour pousser leurs ouailles au-delà de la raison… et pour mieux faire écho au glorieux passé d’une Étoile autrefois reine du continent ?

L’équilibre au service de la force

Si la forme n’est pas encore optimale, Zvezda peut compter sur un XI équilibré, complémentaire et déjà bien identifié depuis la saison dernière, avec quelques ajouts bien sentis dans un effectif qui se connaît. Le XI de DS, un 4-2-3-1 sur la feuille de match, se transforme généralement en 4-4-2 à plat ou en 4-1-3-2. Pressing haut, jeu direct et entames de périodes intenses pour pousser l’adversaire à la faute, voilà pour la patte Deki.

Le XI type de l’Étoile rouge en Europa League.

Borjan, le portier international canadien (mais d’origine serbe et passé par Ludogorets, pour l’anecdote) n’est plus à présenter. Proche du double mètre, le capitaine rouge et blanc est sûr, dissuasif et ô combien décisif sur sa ligne, dans ses sorties ou sur penalty. On fera les comptes à la fin de la phase de poules mais des dégoûtés de leur métier d’avant-centre, il y en aura !

En défense, les latéraux Rodić (à gauche) et Gajić / Gobeljić (qui se partagent les minutes à droite) seront chargés d’alimenter la tour de contrôle de Pavkov en centres dans la boîte. Très physiques, ils aiment aussi casser le jeu avec les fameuses « bonnes fautes », pour couper court aux contres dans leur dos, initiés par des ailiers plus vifs. Dans l’axe, la recrue de premier plan Aleksandar Dragović, débarqué libre de Leverkusen, forme un duo 100% diaspora serbe avec l’international australien Miloš Degenek, dans la plus pure tradition des beaux bébés des Balkans : puissants, agressifs, téméraires et leaders.

Devant tous ces gaillards, Sekou Sanogo tient un rôle plus défensif que son pendant Guelor Kanga, l’international gabonais étant plus proche des créateurs/distillateurs/finisseurs que sont les plaques tournantes Mirko Ivanić et Aleksandar Katai. Excellent passeur, Ivanić peut compter sur le plus connu des joueurs comoriens : El Fardou Ben. Libre de ses mouvements, tantôt ailier droit ou soutien de la pointe Pavkov, il est devenu en fin de saison dernière le meilleur réalisateur étranger de l’histoire de l’Étoile rouge, dépassant les 60 pions.

Milan Pavkov, héros du match contre Liverpool en 2018 (doublé), est redoutable de par sa présence dans la surface, son jeu de tête et son côté imprévisible. La qualité de ses remises pour Ben ou Katai complète un profil peu académique, mais ravageur. Souvent blessé, il devrait manquer l’entrée de Crvena zvezda en poules, contre Braga, et laisser sa place à Loïs Diony. Le joueur prêté par Angers a du mal à faire son trou malgré des premières encourageantes, qui lui ont attiré la sympathie des supporters. Les autres recrues, Krstičić, et l’ailier de sang-mêlé Živković, seront intéressants à suivre en sortie de banc.

Le joueur à suivre

Zvezda n’échappe pas à la règle : le numéro 10 est le dépositaire de jeu. Et chez eux, il s’agit d’Aleksandar Katai. À 30 ans, le natif de Srbobran revit, après un exil prolongé en MLS qui ne lui a rien apporté de bon sur le plan personnel. Il ne fait pas qu’entamer une action offensive ou assurer la dernière passe, il conclut. À ses 18 roses et 9 passes décisives en 34 matchs TCC la saison passée, s’ajoutent ses 8 pions et 3 passes en 12 matchs depuis juillet.

Aleksandar Katai, classe de gladiateur. Ça ne s’invente pas.

Ailier faux-pied polyvalent – et clairement pas maladroit du gauche -, prolifique, dribbleur décisif et précis, Katai est le facteur X de Dejan Stanković. Celui qui n’a pas eu la carrière à laquelle il aurait pu aspirer, celui qui se nourrit de l’enjeu pour achever sa proie et fait les commentateurs se lever tout en restant de marbre alors que son for intérieur est en fusion. Sa spéciale ? Un enroulé petit filet opposé ou pleine lucarne, après avoir repiqué intérieur à l’entrée de la surface. Sans chichis ni sucre ajouté, parce que le football est parfois simple comme un coup de foudre en bord de mer.

Effectif pour la compétition

  • Gardiens : Milan Borjan, Zoran Popović
  • Défenseurs : Milan Gajić, Miloš Degenek, Radovan Pankov, Aleksandar Dragović, Milan Rodić, Marko Gobeljić
  • Milieux : Mirko Ivanić, Nenad Krstičić, Guelor Kanga, Aleksandar Katai, Njegoš Petrović, Veljko Nikolić, El Fardou Ben, Sekou Sanogo, Slavoljub Srnić, Axel Bakayoko, Richairo Živković
  • Attaquants : Milan Pavkov, Filippo Falco, Loïs Diony

Calendrier européen

UEFA Europa League – Groupe F : SC Braga / Crvena zvezda / Ludogorets / Midtjylland

  • 16 septembre (18h45) : Crvena zvezda – SC Braga
  • 30 septembre (21h) : Ludogorets – Crvena zvezda
  • 21 octobre (18h45) : Midtjylland – Crvena zvezda
  • 4 novembre (21h) : Crvena zvezda – Midtjylland
  • 25 novembre (18h45) : Crvena zvezda – Ludogorets
  • 9 décembre (21h) : SC Braga – Crvena zvezda

Merci à @FranceZvezda (compte Twitter francophone de l’Étoile rouge) pour ses précisions sur l’approche tactique.

Crédits photos : IMAGO

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