Europe

Euro 2020 – Hongrie : sortie par la grande porte

Annoncée comme le souffre-douleur des cadors du groupe F, la Hongrie aura finalement su leur tenir tête grâce un Maître-mot : la défense.

Annoncée comme le souffre-douleur des cadors du groupe F il y a encore quelques jours, la Nemzeti Tizenegy aura finalement su leur tenir tête grâce un maître-mot : la défense. Tenant en échec les deux derniers champions du monde, les Hongrois ont bénéficié d’un formidable coup de projecteur grâce à cette performance.

Un animateur inattendu du groupe de la mort

La fierté : voilà comment résumer le sentiment général qui se dégage autour de la sélection hongroise au sortir de cet Euro 2020. Placés dans le plus que relevé groupe F en compagnie des deux derniers champions du monde et du champion d’Europe en titre, peu de monde voyait les Magyars capables de venir y jouer les trouble-fêtes.

Pourtant, dès leur premier match face au Portugal, les Hongrois ont su imposer leur philosophie de jeu et largement contenir les offensives adverses. Devant leur public et pouvant se reposer sur un Péter Gulácsi des grands jours, la forteresse hongroise crut même tenir l’exploit face aux tenants du titre par l’intermédiaire de son jeune entrant Szabolcs Schön (Dallas), avant que son but soit invalidé pour une position de hors-jeu. Un scénario d’autant plus dur que les Portugais feront preuve d’un réalisme létal dans les derniers instants, inscrivant 3 buts coup sur coup par Guerreiro puis par un doublé de Ronaldo.

Passée la déception de leur match d’ouverture, les Hongrois enchaînaient quelques jours plus tard par la réception des champions du monde en titre à la Puskás Aréna. Acculés toute la première partie du match mais mettant en exergue les difficultés française face aux blocs bas, ils prirent tout de même l’avantage sur une belle contre-attaque juste avant la mi-temps. A la suite d’un beau une-deux avec Roland Sallai, Attila Fiola vient foudroyer les buts d’Hugo Lloris d’une frappe au ras du poteau. Dans une ambiance survoltée, ils craqueront finalement au cours de la deuxième mi-temps suite à un mauvais retour défensif et une erreur fatale de Willi Orbán dans sa surface.

Attila Fiola et les siens en communion totale avec leurs supporters après l’ouverture du score hongroise contre la France.

Malgré les belles prestations de leurs deux premiers matchs, la qualification semblait toujours mission impossible pour les Hongrois qui se voyaient dans l’obligation de s’imposer à Munich face aux Allemands. Pourtant, les hommes de Marco Rossi passent de nouveau à deux doigts du plus grand exploit de ce championnat d’Europe. Sous le coup des offensives allemandes et sauvés par leur poteau sur une tête de Mats Hummels, ils déjouent alors de nouveau les probabilités en venant ouvrir le score. Magnifiquement servi par Roland Sallai dans la surface, le capitaine Ádám Szalai vient alors crucifier Manuel Neuer d’une belle tête plongeante.

Ce score de 1-0 qui qualifiait les Hongrois sera tenu jusqu’à la 66e minute et une erreur de main de Gulácsi, pourtant très solide depuis le début du tournoi. Et alors qu’on les pensait définitivement tués, les Magyars profitent moins de deux minutes plus tard d’une nouvelle errance défensive de la Mannschaft pour voir Schäfer fusiller un Neuer sorti à contre-temps. Malheureusement, à 5 minutes de la fin du temps réglementaire, Goretzka vient anéantir les espoirs de ces valeureux Hongrois d’une frappe à ras de terre. Tellement cruel pour la Nemzeti Tizenegy qui manquera les huitièmes de finale en n’ayant été menée que durant 6 minutes en phase de groupe.

La forteresse tactique de Marco Rossi

La réussite de la sélection hongroise dans ce championnat d’Europe repose principalement sur une très solide base défensive. Ce 5-3-2 assez proche de celui qui avait permis à Marco Rossi de décrocher le titre avec le Honvéd en 2017 aura fait déjouer trois des plus grandes armadas offensives du vieux continent en l’espace de 10 jours. Avec des latéraux qui défendent bas sur le terrain mais n’hésitent pas à se projeter pour presser ou apporter du surnombre offensivement, la capacité du trio au milieu à coulisser et cimenter les brèches a été primordiale. Le duo d’attaque aura également fortement pesé en défense grâce à un bon pressing forçant les longs ballons et pertes de balles adverses. Un travail précieux qui leur permet de récupérer beaucoup de ballons dans le domaine aérien ou des seconds ballons. Équipe avec le plus de tacles tentés (62), deuxième en tacles réussis (26), mais aussi troisième en nombre de ballons récupérés dans le tournoi, les Magyars ont affiché un niveau collectif en défense très impressionnant couplé à un grand fighting spirit.

Le onze-type des Hongrois lors de cet Euro 2020

” Je vais être honnête, je n’aime pas tellement défendre comme ça, j’aurais préféré un jeu plus offensif mais ça n’est qu’en gardant tous nos éléments tactiques en tête que nous pouvions avoir une chance”

Marco Rossi, sélectionneur de la Hongrie, après le match nul face aux allemands.

Sur le plan offensif, malgré des lacunes connues avant l’Euro et l’absence de son maître à jouer Dominik Szoboszlai, la sélection de Marco Rossi a su se montrer dangereuse. Profitant des espaces créés par leur bloc défensif difficile à percer, ils ont pu jouer leur va-tout en contre-attaque que ce soit par les ailes avec les appels incessants de Fiola et Négo ou du jeu long. Dans ce compartiment là, la relation privilégiée entre Attila Szalai et le formidable jeu en pivot d’Ádám Szalai aura permis à la Hongrie de se procurer ses plus grosses occasions.

Les tops : révélations au milieu, confirmation devant

Avec les absences du meneur de jeu Dominik Szoboszlai (RB Leipzig), ainsi que de son remplaçant naturel Zsolt Kalmár (DAC Dunajská Streda), tous deux sur blessures, le milieu de terrain était l’une des principales interrogations avant l’Euro côté hongrois. Ce milieu à trois se révèle pourtant comme l’une des forces de la Hongrie dans ce tournoi. Autour d’Ádám Nagy (Bristol) habitué du poste de sentinelle et déjà titulaire lors de l’Euro 2016, Kleinheisler et Schäfer ont très agréablement surpris. Le premier, joueur d’Osijek (Croatie), a fait parler sa puissance muselant avec facilité les milieux adverses. Intenable face à la France faisant déjouer le duo Pogba-Kanté, il a même été élu homme du match. Schäfer (DAC Dunajská Streda), quant à lui, a été solide dans les duels et a été très généreux en efforts sur le plan offensif. Son but face aux Allemands en bout de course en étant la preuve parfaite.

László Kleinheisler élu homme du match face à la France (1-1).

Une autre grande satisfaction hongroise lors de ce tournoi est le niveau affiché par Roland Sallai sur le front de l’attaque. Travailleur et altruiste, l’attaquant du SC Freiburg a délivré deux passes décisives pendant l’Euro. À 24 ans, celui qui a été auteur de 8 buts et 6 passes décisives en Bundesliga cette saison semble prêt à prendre le relais des vieillissants Ádám Szalai et Nemanja Nikolić comme fer de lance de l’attaque en sélection.

Les flops : politique et minorité bruyante

Sur le terrain, difficile de reprocher quoi que ce soit à la Nemzeti Tizenegy vu la qualité de leurs prestations face à des nations beaucoup plus huppées. En dehors par contre, la sélection a une nouvelle fois été utilisée par le gouvernement de Viktor Orbán comme outil politique. Ce nationaliste-conservateur d’extrême droite a de nouveau fait parler de lui cette année avec des mesures dangereuses concernant les droits LGBT, auxquelles les Allemands ont voulu répondre par l’illumination de l’Allianz Arena aux couleurs arc-en-ciel. Requête refusée par l’UEFA, qui a une fois de plus, comme pour la lutte contre le racisme, montré toute la lâcheté qui la définit si bien. Offusqué par les réactions allemandes, Orbán a quant à lui décidé de ne pas se rendre à Munich comme prévu préalablement.

Viktor Orbán (ici au centre), premier ministre, a fait du football un véritable outil politique pendant son mandat.

Côté tribunes, la belle ambiance de la Puskás Aréna de Budapest a également été gâchée par quelques individus issus de la Carpathian Brigade. Pas à leur coup d’essai, certains membres de ce groupe ultra formé pour soutenir la sélection et proche de l’extrême droite, voire du mouvement néonazi, ont entonné cris de singes, chants racistes et homophobes en particulier face à la France. Face à tant de bêtise, il est important de rappeler que ces supporters, tout comme Viktor Orbán, ne représentent pas les Hongrois. Cependant, il est assuré que tant que ce dernier sera au pouvoir, nous avons peu de chance de voir ce problème qui gangrène les tribunes du pays disparaître de si tôt.

Zoom sur : Attila Szalai

Durant cette phase de groupe, Attila Szalai, 23 ans, s’est révélé comme l’un des meilleurs défenseurs centraux de la compétition. Formé au Rapid Wien avant de réellement commencer sa carrière professionnelle à Mezőkövesdi, le joueur d’1m92 a par la suite évolué à l’Apollon Limassol (Chypre) avant de rejoindre Fenerbahçe au mois de janvier contre 2 millions d’euros. En faisant parler son sens du placement et sa facilité dans les duels, il s’est alors rapidement imposé comme l’un des tauliers du Fener. En plus de ses qualités défensives, le gaucher dispose d’une relance courte et longue impressionnante, en plus de se projeter rapidement vers l’avant si l’espace le lui permet. En l’absence de joueurs créatifs au milieu de terrain, son rôle a été primordial du côté des Magyars à la relance lors de l’Euro. Grâce à ses performances récentes, Szalai aurait tapé dans l’œil de nombreux clubs importants du vieux continent comme l’Atlético de Madrid ou encore West Ham. Avec son jeune âge et ses qualités, il pourrait en tout cas devenir un titulaire en puissance pour un très bon club européen dans les années à venir.

Attila Szalai semble avoir passé un cap depuis son arrivée à Fenerbahçe en janvier.

Un football hongrois en pleine progression

Cet Euro 2020 peut également être vu comme un signe supplémentaire dans le regain de forme du football hongrois ces dernières années. Tombée à un niveau historiquement bas vers la fin des années 1990, la Hongrie n’était alors plus que la 87e nation au classement FIFA. Même son de cloche pour le championnat qui avait atteint une triste 37e place au coefficient UEFA en 2010. Grâce notamment à de nombreux investissements de riches hongrois, souvent proches du pouvoir, et de capitaux étrangers, l’OTP Bank Liga pointe aujourd’hui à la 26e place et devrait continuer à grandir lors des prochaines saisons. 17 joueurs du championnat participaient ainsi à ce championnat d’Europe dont 12 avec la Hongrie. La saison passée, Ferencváros a même atteint la phase de groupes de la Champions League. C’est seulement la troisième participation d’un club hongrois en phase de groupes de C1 depuis sa nouvelle appellation en 1992.

Ces deux participations de suite à l’Euro côté Magyar ont également relancé un certain engouement autour de la sélection nationale, surtout pour la jeune génération, plus habituée à regarder des grandes affiches européennes que son football national. Côté championnat, malgré la construction de nouveaux stades et le regain de niveau, l’affluence moyenne dépasse rarement les 3 000 spectateurs sur la dernière décennie.

Objectif Qatar

Après leur élimination en Allemagne, l’objectif semblait clair : accrocher une qualification à la Coupe du Monde 2022. Placés dans le groupe I avec l’Angleterre et la Pologne comme principaux concurrents, les Hongrois devront terminer premier pour se qualifier directement, ou deuxièmes pour accéder aux barrages. Grâce à leur victoire en Nations League B en 2020, ils devraient également bénéficier d’une place de barragiste en cas d’absence des deux premières places.

Lancée au mois de mars, leur campagne a été plutôt productive jusque-là avec deux victoires à Saint-Marin (3-0) et Andorre (4-1), ainsi qu’un match nul mais prolifique (3-3) contre la Pologne. Leur parcours reprendra dès le mois de septembre avec les réceptions de l’Angleterre, d’Andorre et un déplacement périlleux en Albanie.

Pour atteindre cet objectif, la fédération avait officialisé dès le mois de mars la prolongation de Marco Rossi au poste de sélectionneur jusqu’en décembre 2025. Le sélectionneur italien devrait pouvoir s’appuyer sur les revenants Szoboszlai, Kalmár et Hangya, artisans de la qualification à l’Euro mais absents sur blessures. Excellent en MLS avec Kansas City cette saison, Dániel Sallói est déjà pressenti comme un possible renfort côté offensif. Remonté dans l’élite nationale avec son club formateur de Debrecen, Balázs Dzsudzsák pourrait également faire son retour en sélection et ainsi détenir seul le record de sélections avec la Nemzeti Tizenegy.

Crédits photo : IMAGO / UEFA / Anadolou Agency

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