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Conference League : Un Maccabi Tel-Aviv revanchard

Après deux titres de champion d’affilée, le Maccabi Tel-Aviv a dû, en cette année 2021, s’incliner face à son ennemi de toujours, le Maccabi Haïfa. Laissant échapper un troisième titre consécutif, les Jaunes ont également dit adieu à une place en tour préliminaire de la Ligue des Champions. Reversé en Conference League, le Maccabi entame cette nouvelle saison avec un esprit revanchard, animé par l’envie de redevenir le club numéro un d’Israël. Cela passera évidement par la conquête d’un vingt-cinquième titre national, mais aussi par un bon parcours européen. De la composition de la poule au onze probable en passant par les traditionnelles forces et faiblesses, Derniers Défenseurs fait le point complet sur la situation du Maccabi Tel-Aviv.

Les regrets du second

Cinq petits points. C’est tout ce qu’il a manqué au Maccabi Tel-Aviv pour être sacré champion la saison dernière. Malgré un parcours digne de celui d’un champion, c’est finalement le Maccabi Haïfa qui a empoché le titre après une belle bataille lors de la phase finale pour le titre. Haïfa, conquérant de la première à la dernière journée, n’a pas volé son titre. Mais il a surtout profité de la maladresse du champion sortant.

Car, ce qui a empêché le Maccabi Tel-Aviv de remporter son vingt-cinquième titre, c’est son incapacité à tuer les matchs. En concédant douze matchs nuls et seulement deux défaites sur les trente-six matchs de saison régulière, les Jaunes n’ont, finalement, jamais été en mesure de venir titiller le club de Haïfa. Malgré les deux victoires en Coupes, c’est une saison en demi-teinte que viennent de boucler les hommes de Patrick van Leeuwen.

De la malchance certes, mais surtout un manque de caractère et de consistance, explicable par un système de jeu, certes agréable pour l’oeil, mais qui découvre parfois beaucoup trop la défense des Jaunes. Trois maux identifiés qui ont engendré des conséquences désastreuses.

D’abord, car le club doit céder pour au moins une saison, le titre de meilleur club d’Israël à son pire ennemi, chose insupportable aux yeux des supporters. Mais aussi car, en terminant second, le club cède sa place qualificative pour les préliminaires de la Ligue des Champions. Un manque à gagner énorme pour une équipe qui, comme toutes les équipes du globe, doit faire face à une crise sans précédent, touchant de plein fouet le ballon rond.

C’est donc en Conference League que le Maccabi Tel-Aviv va tenter de se reconstruire. Embarqués dans la grande aventure de la C4, les Jaunes, sans être particulièrement transcendants, ont déroulé durant les tours de qualification. Au premier tour, les Israéliens font face aux Monténégrins de Sutjeska. Lors du premier match, Tel-Aviv concède le 0-0 en dehors de ses bases, après trente-cinq minutes à 10 contre 11. Plutôt inquiétant dans le contenu, le club se réveille au match retour en s’imposant 3-1 au Bloomfield Stadium.

Lors du tour suivant, c’est un déplacement compliqué en Slovaquie, au Spartak Trnava qui s’annonce. Encore une fois, après un 0-0 initial, c’est en Israël que Tel-Aviv assure sa qualification, en disposant des Bíli Andeli sur la plus petite des marges. Pas passé loin d’une élimination, le club se reprend de la plus belle des manières, et, lors du dernier tour, les Jaunes s’imposent tranquillement 4-1 en cumulé face aux Kazakhs du Shakhter Karagandy. Après six matchs compliqués, la voie royale vers la Conference League s’ouvre désormais pour le Maccabi.

Un groupe abordable

À Istanbul, le 27 août, jour du tirage au sort, la sentence tombe vite. Pour le Maccabi Tel-Aviv, ce sera le groupe A. Homogène et abordable, la poule semble taillée sur-mesure pour les nouvelles ambitions du club israélien. Au menu, un premier match sur ses terres et devant son public, contre les petits nouveaux d’Alashkert. Ensuite, ce sera un déplacement en Autriche, chez le LASK Linz, avant de bifurquer vers le Grand Nord pour y affronter un autre habitué des joutes européennes, les Finlandais du HJK Helsinki.

Alors, qualifié d’office le Maccabi ? Eh bien pas du tout. Placé en position d’outsider, le Maccabi Tel-Aviv a les moyens de se sortir de ce groupe, malgré son allure de traquenard. Néanmoins, il serait de bon ton de faire preuve de pragmatisme et il faudra se méfier d’un Alashkert qui marche sur l’eau depuis quelques temps, d’un LASK capable de déplacer des montagnes, comme face au Sporting Portugal l’an dernier, et de la grande expérience du Klubi d’Helsinki.

Pour se faire, Patrick van Leeuwen peut s’appuyer sur un groupe qui a connu quelques bouleversements lors du mercato estival. Les Jaunes ont notamment perdus Yonathan Cohen et Dor Peretz. Les deux se sont envolés pour l’Italie, à Pisa pour le premier et chez le promu Venezia pour le second. Deux pertes énormes pour les Jaunes, étant donné l’influence énorme que possédaient les deux joueurs sur le jeu offensif du Maccabi : 14 buts et 5 passes décisives pour Cohen contre 10 pions et 9 caramels pour Peretz.

Le Néerlandais doit désormais composer sans ses deux artificiers, et ce malgré l’arrivée de quelques renforts de bonne facture. Dans son 4-3-3 habituel, le technicien batave demande à ses joueurs beaucoup de mouvement et notamment à travers les lignes afin de soulager le porteur du pressing, de lui offrir des solutions et d’amorcer des transitions rapides pour déstabiliser les blocs. Sans le ballon, le Maccabi presse et récupère assez haut. Malheureusement, ce style est à double-tranchant et souvent, les Jaunes se font surprendre dans des matchs qu’ils maîtrisent haut la main.

Le onze probable du Maccabi Tel-Aviv

Enfant du club, Daniel Peretz va probablement effectuer sa première année dans la peau du gardien titulaire du Maccabi. Au club depuis ses six ans, le portier de 21 ans a de très bon réflexes, est excellent sur sa ligne et possède un très bon jeu au pied, facilitant grandement les relaces courtes et le développement du jeu.

Pas de casse-tête non plus pour les latéraux. Sur la gauche, c’est l’Espagnol Enric Saborit qui est le titulaire. Installé en Israël depuis 2018, le Barcelonais s’est parfaitement acclimaté à son nouvel environnement. Souvent plus porté vers l’attaque que sur son travail défensif, Saborit est le prototype du latéral moderne. Avec presque cent matchs joués sous le maillot jaune, Saborti fait désormais partie des meubles et est devenu un des cadres de cette formation.

André Geraldes prendra le côté droit de cette défense. À 30 ans, l’ancien Sportinguista a posé ses valises cet été après avoir pas mal bourlingué. Souvent vu du côté du Portugal, le natif de Maia a aussi connu la Turquie et l’Espagne avant de signer au Maccabi. Si Geraldes n’est pas un foudre de guerre, c’est un latéral tout à fait correct, capable d’apporter une plus-value réelle sur son côté mais aussi d’être précieux offensivement grâce à une bonne qualité de centre.

Dans l’axe de la défense, la paire Hernández-Baltaxa devrait être la charnière choisie par l’entraîneur néerlandais. En engageant Luís Hernández l’an dernier, le Maccabi a réalisé un gros. Le Madrilène, qui cumule plus de 230 matchs en Liga Santander et en Liga 123, est un défenseur avec une solide expérience. Un défenseur-modèle, bon relanceur et propre dans ses interventions (seulement 5 jaunes en 42 matchs l’an dernier).

Venu pour apporter son savoir-faire, Hernández s’est immédiatement imposé comme le principal moteur des Jaunes. Son compère défensif, Matan Baltaxa, devenu international israélien il y a peu, sera mis en concurrence avec Idan Nachmias, récemment venu du Ironi Kiryat Shmona et également néo Bleu-Blanc.

Secteur ô combien essentiel du 4-3-3 du système de van Leeuwen, le milieu de terrain est bien fourni en qualité technique. Pour le poste de sentinelle, le batave peut compter sur Sheran Yeini. Capitaine du bateau Maccabi, le milieu défensif de 34 ans, formé comme défenseur central, est le leader de cette équipe. Revenu en 2015 après une pige au Vitesse Arnhem, Yeini possède plus de 300 capes sous le maillot de Tel-Aviv et est devenu un véritable symbole pour ceux qui arpentent les travées du Bloomfield Stadium.

Et si il ne possède plus son volume de jeu d’antan, son intelligence de jeu se charge du reste. Toujours bien placé, Sheran Yeini coupe, intercepte et redistribue, le tout avec une nonchalance surprenante qui caractérise bien son jeu. Dan Glazer part pour être remplaçant mais sa précieuse polyvalence fait de lui un joker de luxe capable de remplacer n’importe quel milieu de terrain de ce onze.

Sheran Yeini, légende du Maccabi Tel-Aviv, ici à la lutte avec un joueur du Red Bull Salzburg.


À côté du monument Yeini, Avraham Rikan viendra se placer comme un relayeur, voir comme mezzala. Capable de fournir de gros efforts sur 90 minutes, Rikan est un joueur avec un gros volume de jeu. Récupérateur hors-pair, l’international israélien aime aussi se porter à l’avant pour faire parler sa percussion mais aussi et surtout sa belle qualité de frappe. Pas maladroit avec le cuir, Avi à l’avantage de savoir joueur des deux pieds, même si son pied gauche est le plus fiable. À 33 ans, le natif de Ma’ale Adumim va enchaîner sa septième saison chez les Jaunes.

Placé comme une pointe haute dans ce milieu à trois, Dan Biton va connaître ses premiers matchs sous le maillot de Tel-Aviv. Récemment arrivé de Bulgarie et plus précisément de Ludogorets, le milieu de 26 ans revient au pays après une année difficile (seulement 21 matchs) et une autre passée en prêt, déjà chez les Jaunes. Doué techniquement, le petit numéro 10 est un joueur qui mise beaucoup sur ses principales qualités : son explosivité et sa technique.

Extrêmement vif, Biton est capable de laisser n’importe qui sur la touche avec ses trois premiers appuis. Assez imprévisible balle au pied, le gamin de Beer-Sheva peut éliminer sur une simple feinte de corps. Un véritable poison pour les défenseurs mais parfois, aussi pour lui. Car Biton souffre d’un syndrome qui touche bon nombre d’ailiers modernes : il se regarde souvent jouer. Un axe sur lequel il doit travailler pour espérer avoir de nouveau une chance dans un grand championnat européen.

Dan Biton, revenu après un an de galère à Ludogorets, sera l’un des atouts offensifs des Jaunes de Tel-Aviv.

Sur le front offensif, le Panaméen Guerrero sera probablement l’une des attractions de la Conference League. Placé sur son côté droit, l’international a régalé les mirettes des supporters du Maccabi l’an dernier. Malgré un temps de jeu pas toujours conséquent, le gamin de 21 ans a quand même trouvé le temps de planter 9 pions et de délivrer 5 passes décisives en seulement 28 matchs. Appelé à prendre la succession de Yonatan Cohen, la fusée de Panama City semble prête à décoller et à faire du côté droit, un calvaire pour ses vis-à-vis. Bien loin du cliché de l’ailier misant tout sur la vitesse, Guerrero apporte, certes, une très très belle capacité à prendre la profondeur, mais sait aussi se débrouiller avec le ballon rond quand il est entre ses pieds. Un potentiel énorme et brut qui ne demande qu’à être polit.

De l’autre côté, le vétéran Tal Ben Haïm devrait prendre la place sur l’aile gauche. En difficulté l’an dernier (3 buts et 2 passes décisives en 40 matchs), l’ailier de 32 ans a un peu perdu de la fougue de ses jeunes années mais reste toujours ce joueur complet qui a fait les beaux jours du Maccabi entre 2013 et 2017. Moins rapide mais toujours aussi fin, Ben Haïm n’en reste pas moins un joueur qui aime créer le décalage. Son arme de prédilection ? Le dribble qui est, lui, toujours aussi dévastateur. Son entente avec Saborit est excellente et comme son compère espagnole, l’international aux 22 sélections possède une très belle qualité de centre. Son remplaçant, Brandley Kuwas, récemment arrivé libre de Al-Nasr, est en balance avec Tal Ben Haïm pour le poste d’ailier mais la longévité et la dévotion de ce dernier au club penchent encore en sa faveur.

Le joueur à suivre

Il manque quelqu’un non ? Effectivement mais c’est uniquement parce qu’il mérite un paragraphe entier. Car à 23 ans, Osama Khalaila est en train de se faire un petit nom en Israël. Recruté cette été en provenance de Bnei Sakhnin pour un peu plus de 500 000 euros, Khalaila est dans une superbe forme actuellement. Pourtant, malgré tout l’intérêt que suscite ses prestations, ses statistiques personnelles ne sont pas spécialement impressionnantes : “seulement” 7 buts et 3 passes décisives en 34 matchs. Un rendement tout à fait honnête mais qui, avouons-le ne casse pas trois pattes à un canard.

Non la vérité est ailleurs. Même si il reste un finisseur plus que correct (23 buts en 98 matchs avec Bnei Sakhnin), Osama Khalaila est avant tout un joueur doté d’un énorme sens du collectif. Un joueur autant intéressé par la dernière ou l’avant-dernière passe que par le but. Capable de venir chercher les ballons très bas sur le terrain (parfois même au milieu de terrain), le jeune attaquant aime venir décrocher, faire jouer ses coéquipiers et délivrer de superbes caviars sans jamais marcher sur les plates-bandes de ses coéquipiers. À la création comme à la finition, Khalaila est un joueur complet, qui sait se sortir tout seul de certaines situations avec sa belle qualité d’élimination. En plus de ça, le nouveau Jaune possède une belle qualité de frappe et sait armer dans n’importe quel début de saison.

Auteur d’un bon début de saison, Osama Khalaila devra désormais confirmer au plus haut niveau et passer un cap, notamment sur le plan tactique, sous peine de voir son momentum se terminer à vitesse grand V. En tout cas, en l’espace de quelques semaines, le jeune à su se faire une place entre Solomon, Zahavi et Weissman avec les Bleus-Blancs puisqu’il a connu sa première sélection en juin dernier, face au Portugal.

L’année de la confirmation pour Osama Khalaila ? En tout cas, le Maccabi prend le pari que oui !

Un outsider aux dents longues

Alors, on va le répéter encore une fois mais non, le Maccabi Tel-Aviv n’est pas l’ultra-favori du groupe A. Le LASK Linz et le HJK Helsinki semblent légèrement mieux armés sur le papier. Néanmoins, ce serait mentir que de dire que la qualification est une utopie. Un peu déséquilibré, les Jaunes possèdent tout de même de très belles qualités, notamment sur le plan offensif. Mais, comme pour la sélection israélienne, c’est sur le plan défensif que sont portées les interrogations. Dans un système exigeant et avec des joueurs pas spécialement fait pour évoluer dans ce genre de schéma, la défense sera le baromètre ultime d’un éventuelle qualification.

Animé par l’envie de revenir au sommet du football israélien, le long chemin qui attend le Maccabi sera semé d’embûches. Au carrefour d’un nouveau chapitre, le parcours du club pourrait peut-être décider du sort de ses prochaines années. Mais guidé par un esprit revanchard et le souvenir encore douloureux de l’an dernier, il ne serait pas étonnant de voir un Maccabi conquérant et qui pourrait surprendre les amateurs de football, novices comme avertis.

Le calendrier du Maccabi Tel-Aviv

Groupe A :

  • Maccabi Tel-Aviv 4-1 Alashkert, le 14 septembre.
  • LASK Linz vs Maccabi Tel-Aviv, le 30 septembre.
  • HJK Helsinki vs Maccabi Tel-Aviv, le 21 octobre.
  • Maccabi Tel-Aviv vs HJK Helsinki, le 4 novembre.
  • Maccabi Tel-Aviv vs LASK Linz, le 25 novembre.
  • Alashkert vs Maccabi Tel-Aviv, le 9 décembre.

Crédits photos : IMAGO / Middle East in 24 English

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