Belgique

Conference League : La Gantoise, entre Docteur Jekyll et Mister Hyde

La création de la Conference League au sein d’un agenda foot déjà surchargé a parfois été critiquée ces derniers mois. Mais pour un club comme La Gantoise, cela permet de continuer de vivre des soirées européennes, chose qui aurait été impossible sans cette compétition, après la septième place de l’an dernier. De quoi donner un peu de baume au coeur à un club qui a du mal à confirmer les résultats d’il y a quelques années.

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Proverbe cliché mais qui se vérifie avec La Gantoise, qui veut se rappeler au bon souvenir de l’année 2015, quand le club avait remporté le premier titre de son histoire avant de se qualifier pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Six saisons plus tard, les Buffalos ont reconstitué une partie de l’ossature de l’époque. Hein Vanhaezebrouck, le jovial entraîneur, est à nouveau à la tête du groupe, Sven Kums a récupéré son rôle de chef d’orchestre du milieu de terrain tandis que Laurent Depoître est revenu en pointe de l’attaque après des passages difficiles à Porto et à Huddersfield.

Il faut dire que les certitudes sont les bienvenues. Car les Gantois ont connu des lendemains de fête difficiles. Fidèle à sa réputation de vite appuyer sur la gâchette quand l’entraîneur est fragilisé, la direction a fait défiler quelques techniciens sur le banc de touche nouvelle génération de la Ghelamco Arena (stade inauguré en 2013). L’exemple le plus criant est celui de Jess Thorup : le coach Danois avait ramené Gand à une belle deuxième place lors de la saison 2019-2020 avant de se faire jeter dès le début de la saison suivante après à peine deux matchs. Son successeur, le Roumain Ladislau Bölöni, a été encore plus médusé après avoir pris la porte au bout de 25 jours.

Montagnes russes

Au niveau des joueurs aussi, ça bouge. Accélérés par un Mogi Bayat qui se sent comme chez lui, les mercatos sont synonymes de beaucoup de mouvements. Cet été, c’est principalement dans le sens des départs que cela a fait du bruit, avec le transfert de Roman Yaremchuk à Benfica pour 17 millions et celui de Niklas Dorsch à Augsbourg, après son bon Euro remporté avec les U21 allemands. C’est surtout le départ du premier nommé qu’il faut combler, tant l’Ukrainien était devenu une garantie de buts et un rouage important du secteur offensif.

C’est ainsi que quatre attaquants de pointe ont débarqué : Gianni Bruno (débarqué de Zulte-Waregem pour 2 millions), Issouf Bayo (venu du Celtic pour 1,6 million), Darko Lemajić (venu des Lettons du FK RFS pour 900 000 euros) et le routinier Mboyo, débauché à Saint-Trond pour un demi-million. Signalons aussi les transferts des milieux de terrain Julien De Sart (libre à Courtrai), Andrew Hjulsager (le maître à jouer d’Ostende arrive pour 1,8 million) et du défenseur Joseph Okumu, arrivé d’Elfsborg pour 3,5 millions.

Lors des derniers matchs, le visage d’Hein Vanhaezebrouck est passé par toutes les émotions.

A l’image des hautes sphères du club, la stabilité se cherche aussi sur le terrain, où l’équipe se montre assez irrégulière. Capable en une semaine de sortir une prestation fantomatique chez les Polonais de Raków, puis de battre ce même club 3-0 en barrages de Conference League avant d’enchaîner par une démonstration face à l’ogre brugeois (6-1), l’équipe surprend souvent son propre entraîneur.

A l’image du dernier match contre Charleroi, où Gand s’est retrouvé mené 0-2 après 15 minutes avant de faire un siège du rectangle adverse et de marquer deux buts, pour finalement perdre à la dernière seconde sur un CSC alors que Charleroi était réduit à dix. Il faudra montrer plus de constance dans les déplacements piégeux aux quatre coins de l’Europe que la Conference League offre aux Buffalos : leur groupe est composé du Partizan Belgrade, du Flora Tallinn et de l’Anorthosis Famagouste.

Un jeu plus direct

Hein Vanhaezebrocuck dispose son équipe dans un 3-5-2 qui a fait les beaux jours de Gand sous sa houlette. Mais à l’inverse de la cuvée 2015, le jeu se veut plus direct, en mettant l’accent sur le pressing et les seconds ballons. Derrière, le secteur défensif composé du gardien Sinan Bolat et du trois arrière avec Michel Ngadeu, Joseph Okumu et Andreas Hanche-Olsen apparaît comme une certitude malgré quelques moments d’absence. Pour arpenter les deux flancs, Nurio et Alessio Castro-Montes sont les profils idéaux pour enchaîner les efforts entre les deux rectangles.

Le XI type de La Gantoise attendu en Conference League.

Dans l’entrejeu, aux côtés de Kums et Odjidja, véritable transition entre le milieu et l’attaque, Julien De Sart, Andrew Hjulsager et l’ancien Lyonnais Elisha Owusu, entrent en concurrence avec des profils assez différents. Concernant Odjidja, il faut espérer qu’il se remette vite de sa blessure subie lors du match contre Bruges, tant son registre complet alliant le physique et la finesse technique est important pour l’équipe. Si ce n’est pas le cas, la situation devrait profiter à Roman Bezus, le milieu offensif ukrainien qui monte souvent et dont l’imprévisibilité en a désarçonné plus d’un. Giorgi Chakvetadze s’inscrit également dans ce registre créatif mais le Géorgien sort de deux saisons blanches suite à une blessure au genou.

Devant, Vanhaezbrouck mise pour l’instant sur la complémentarité du duo Depoître-Tissoudali, le premier jouant dans un rôle de pivot alors que le second mise sur sa technique et sa mobilité. Recrutés cet été, Bruno et Mboyo ont montré la saison passée qu’ils pouvaient également être pris en considération (respectivement 20 et 12 buts inscrits en championnat).

Le joueur à suivre : Alessio Castro-Montes

S’il y a bien un joueur dont le 3-5-2 met les qualités en avant, c’est Castro-Montes. Hyperactif le long de sa ligne, ses élans offensifs lui permettent d’être très souvent aux abords du rectangle adverse, dans l’espace favorisé par le système tactique, pour conclure les actions. C’est ainsi qu’il boucle la saison passée avec sept buts et quatre passes au compteur. Pas mal pour un latéral. Formé comme milieu de terrain, ses courses croisées pour venir créer le surnombre dans l’entrejeu ou même dans la surface adverse en font un joueur moderne.

Révélé à Eupen par un certain Claude Makélélé, il convainc Gand de déposer 1,2 million, il y a deux ans. Avec la progression qui est la sienne, il ne serait pas étonnant de le voir partir pour un montant bien plus important dans une équipe plus costaud, que ce soit en Belgique ou à l’étranger. Pas si loin d’une sélection avec les Diables Rouges, il a le malheur d’être pour l’instant barré par des joueurs aux profils similaires qui évoluent dans des compétitions plus relevées comme Meunier, Castagne, Foket ou encore Saelemaekers. Il sera intéressant de voir où il en est dans trois ou quatre ans.

Crédits photos : IMAGO

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