Europe

Conference League : CSKA Sofia, géant détrôné

C’est un nom qui fleure bon le football des années 90. Celui du foot à papa. Un nom qui transpire les déplacements périlleux dans l’ancien bloc de l’Est et les enceintes à piste d’athlétisme. Un nom qui rappelle les ambiances de folie et les craquages de fumigènes. Ce nom, c’est celui du CSKA Sofia.

Institution mythique et fleuron du football bulgare, le CSKA est en légère perte de vitesse depuis le début des années 2010. La cause principale ? L’émergence d’un mastodonte nommé Ludogorets Razgrad qui rafle tout sur son passage depuis une dizaine d’années, reléguant les Rouges de Sofia à un rôle de second couteau. Tentant de survivre péniblement face au nouveau géant bulgare, le CSKA Sofia va découvrir comme 31 autres équipes les joies de la petite dernière de la famille UEFA : la Conference League. Avec un objectif simple. Celui de montrer à l’Europe que non, le CSKA Sofia n’a pas encore dit son dernier mot.

De la lumière à l’ombre

31 titres. Oui, vous avez bien lu. Avec 31 titres de champion de Bulgarie, le CSKA est, sans aucun doute, le club le plus historique et important du football bulgare. Institution légendaire au pays de Vasil Levski, le CSKA est un géant qui n’a aucun égal. Pas même le voisin et ennemi du Levski Sofia, malgré ses 26 titres de champion. Pourtant depuis quelques années, son hégémonie est mise à mal par un seul et unique club : le Ludogrets Razgrad. Soutenu par l’homme d’affaire Kiril Domuschiev, le club de la ville-éponyme entend bien mettre à mal le mythe CSKA, quitte à l’effacer des tablettes.

D’ailleurs, depuis son arrivée à la tête des Aigles de Razgrad, le CSKA lui, n’a pris qu’un seul titre sur les dix dernières éditions d’Efbet League. Une pilule qui a du mal à passer à Sofia et qui s’accompagne d’une inquiétude qui grandit de jour en jour. Le club est-il en train de passer la main par la force des choses ? Que la réponse soit positive ou négative, impossible de ne pas déceler une passation de pouvoir générationnelle et une énième mutation du football bulgare.

Malgré toute la grisaille ambiante, la lumière est temporairement revenue en fin de saison dernière grâce à la victoire en Coupe de Bulgarie. Une victoire acquise au forceps contre le surprenant club d’Arda Kardjali sur le plus petit des scores, qui conforte par la même occasion, sa place qualificative pour les tours préliminaires européens. La première bataille fut compliquée pour le CSKA, qui dispose malgré tout des Lettons de Liepāja après deux 0-0 et une séance de tirs aux buts haletante.

Au tour suivant, c’est Osijek qui tombe dans le piège tendu par les hommes de Stoycho Mladenov. Le club croate se fait sécher 5-3 sur l’ensemble de deux matchs. Lors de l’ultime tour préliminaire, et pas donné favoris, les Rouges renversent la vapeur en s’offrant le scalp du Viktoria Plzeň. Mal embarqué après une défaite 2-0 à l’aller, le CSKA retourne le match en bout de prolongation, en s’imposant 3-0, à 10 contre 11 et avec la manière.

Après une longue année sans compétition continentale, le réveil du géant semble être en marche. Avec comme songe inavoué, de réitérer le parcours des anciens de 82, en atteignant une nouvelle fois, une demi-finale de coupe d’Europe.

Adaptabilité comme maître-mot

Revenu une cinquième fois au club cet été après une courte pige au FC Kaysar au Kazakhstan, Mladenov est un habitué de la maison. Avec 158 matchs joués sous les couleurs rouges du CSKA entre 1980 et 1986, le technicien bulgare peut se targuer d’avoir connu une des époques dorées du club, en tant que joueur mais aussi en tant qu’entraîneur. Avec six titres glanés dont deux comme coach, Mladenov est un homme respecté de tous au sein de l’équipe sofiote. Son mojo ? L’adaptabilité tactique. Une fois n’est pas coutume chez Derniers Défenseurs, impossible de dégager une équipe-type ainsi qu’un schéma préférentiel pour les échéances à venir. Oscillant entre le 4-3-3, le 4-2-3-1 ou le 4-4-1-1, Mladenov semble être le genre d’entraîneur qui préfère s’adapter à son adversaire du jour, plutôt que garder une ligne directrice.

Le potentiel 11 type du CSKA Sofia

Dans ce onze, l’ultime rempart se nomme Gustavo Busatto. À 30 ans, le gardien vient de boucler sa seconde vraie saison complète dans un championnat de première division. Un gardien qui se couche vite, et plutôt rapide sur sa ligne. Son pêché mignon ? Stopper les penaltys adverses. Un atout dans sa manche qui pourrait rapidement se révéler essentiel.

Sur sa droite, le travail sera probablement effectué par Ivan Turitsov. À 22 ans, le jeune latéral est un joueur polyvalent, capable d’évoluer aussi bien à droite qu’à gauche mais aussi dans l’axe. Une polyvalence qui fait le bonheur de son entraîneur qui n’hésite pas à le balader au gré des ajustements tactiques. International depuis 2020, le natif de Pleven fait partie de la génération montante bulgare. À gauche, Bradley Mazikou sera le titulaire. Latéral pouvant aussi évoluer un cran plus haut, le franco-congolais (République du Congo) est un joueur dit “trois poumons”. Extrêmement endurant, le néo-international congolais est un joueur qui adore s’engouffrer dans les espaces, n’hésitant pas à se projeter rapidement avec sa pointe de vitesse. Pas mauvais en un contre un, Mazikou n’a besoin de personne pour laisser un adversaire sur le carreau. Venu de Lorient en 2019, le joueur s’éclate désormais sous le maillot rouge.

Bradley Mazikou, un énième bonne pioche réussie par le CSKA Sofia. Venu de Lorient, le défenseur est dans une très belle forme

Dans l’axe, la paire Mattheij-Lam devrait sans doute être aligné d’entrée, dans une charnière 100% néerlandaise. Le premier, arrivé l’an dernier du Sparta Rotterdam est devenu un quasi-inamovible du onze de départ. Avec une quarantaine de matchs joués, c’est un artisan de la belle saison du CSKA. Le second, arrivé libre du PEC Zwolle cet été, s’est directement imposé comme un joueur régulier de Mladenov. Rassurant, le défenseur anticipe, replace et guide ses partenaires. Bien que parfois dépassé par la vitesse et la vivacité adverse, le CSKA dispose, pour le championnat en tout cas, d’une belle charnière centrale.

Au milieu de terrain, Geferson devrait être titulaire. Initialement formé comme arrière gauche, le brésilien est monté d’un cran suite à l’explosion de Mazikou. Aujourd’hui, le joueur auriverde est devenu un vrai milieu relayeur, qui se sert parfaitement de son habileté technique naturelle pour se défaire du marquage et servir ses coéquipiers. Capable de faire de nombreux aller-retour sur 90 minutes, son profil presque unique en fait un joueur assez insaisissable. Placé plus dans rôle de récupérateur, Amos Youga est un six par excellence, qui adore se placer entre les lignes pour recevoir et frapper de loin mais qui sait aussi soulager sa défense, en venant gratter un nombre incalculable de ballon. Avec 16 sélections avec les Fauves du Bas-Oubangui de Centrafrique, Youga apporte un gros volume de jeu mais aussi une expérience non-négligeable dans une compétition où tout sera bon à prendre.

Yanic Wildschut sera placé comme ailier gauche dans ce dispositif. Avec son mètre 87, le néerlandais n’a certes pas le profil de l’ailier moderne, mais compense son manque d’explosivité par un jeu de corps dévastateur et un physique imposant. Plutôt à l’aise avec les deux pieds, Wildschut aime rentrer intérieur pour armer côté opposé mais sait aussi faire preuve de générosité pour distribuer les caviars. Son pendant à droite, l’irlandais Graham Carey est sensiblement le même type de joueur. Plus vif et plus rapide que son homologue batave, Carey est, en plus de tout ça, un joueur avec une lecture du jeu au-dessus de la moyenne. Un travail qui paye puisqu’il a déjà inscrit 3 buts en 6 matchs de Conférence League. Yohan Baï, récemment transféré du Canet-Roussillon, devrait (on l’espère) avoir un peu de temps de jeu.

Placé en numéro 10 sur la même ligne, Fede Varela sera un poison pour les défenses adverses. Petit gabarit, le meneur de jeu est un dribbleur-né et se montre capable de se sortir de n’importe quelle situation délicate. Le pibe de Buenos Aires est doté d’une belle conduite de balle mais sait aussi et surtout la protéger. Ajoutez à ça un jeu en une touche dévastateur et vous obtenez un joueur capable de changer le cours du match en une petite seconde.

En numéro neuf, et c’est probablement la seule certitude, c’est l’Equatorien Jordy Caicedo qui sera le titulaire.

Le joueur à suivre

Une seule petite ligne pour Jordy Caicedo c’est évidement trop peu. Comment peut-on mesurer son impact sur le jeu offensif du CSKA depuis son arrivée, en février dernier ? Les statistiques brutes donnent déjà un premier élément de réponse : 18 matchs où il a inscrit 11 buts. Une influence énorme sur les résultats du CSKA, mais encore plus importante dans le jeu.

Hyperactif, le transfuge du Clube Vitória est un joueur qui adore redescendre pour venir chercher les ballons et redistribuer. Toujours en mouvement, il est un calvaire pour les défenseurs qui doivent en plus se coltiner sa puissance et sa force de percussion. Extrêmement malin, celui qu’on compare déjà à Felipe Caicedo est un renard des surfaces au sens noble du terme. Et complet à seulement 23 ans, Jordy peut marquer dans toutes les positions : de la tête comme sur une reprise de volée, du pied droit comme du pied gauche, de loin comme de près. Du côté de Sofia, on attend avec impatience la première vraie saison complète du nouveau prince du Stadion Balgarska Armia.

Jordy Caicedo est l’une des révélations de ses six derniers mois côtés CSKA. Une adaptation parfaitement réussie.

Pas beaucoup d’attentes

Le CSKA candidat aux seizièmes de finale ? Pas vraiment non. Si l’effectif est sur le papier plus que correct, l’écart de niveau est trop important. Dans un groupe composé de l’AS Roma, du Zorya Luhansk et de Bodø/Glimt, le club sofiote a déjà tiré trois gros poissons d’un seul coup. Il serait quand même assez surprenant de les voir finir autre part qu’à la dernière place, mais pas forcément sans le moindre point.

Cette équipe, bien que limitée par rapport aux autres, a du talent et de l’énergie à revendre. Avec un entraîneur plutôt pragmatique à sa tête et des joueurs dévoués à 100% au collectif, le CSKA Sofia n’est pas spécialement beau à voir évoluer mais va probablement venir embêter les quelques équipes qui viendront braver le froid des entrailles du Stadion Balgarska Armia. Et rappelons que son principal objectif, sera de refaire du CSKA Sofia l’unique grand club bulgare.

Le calendrier du CSKA Sofia

Groupe C :

  • AS Roma vs CSKA Sofia, le 16 septembre.
  • CSKA Sofia vs Bodø/Glimt, le 30 septembre.
  • CSKA Sofia vs Zorya Luhansk, le 21 octobre.
  • Zorya Luhansk vs CSKA Sofia, le 4 novembre.
  • Bodø/Glimt vs CSKA Sofia, le 25 novembre.
  • CSKA Sofia vs AS Roma, le 9 décembre.

Crédit photo : IMAGO

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