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Belgique – RDC : des liens étroits qui perdurent

Ces dernières années, le choix de certains joueurs binationaux a tenu les fédérations belges et congolaises en haleine. Les liens étroits issus du passé colonial entre les deux nations amènent les joueurs à des dilemmes, entre choix du cœur et choix sportifs. Plus de soixante ans après l’indépendance de la République démocratique du Congo, les relations entre les deux pays continuent de bousculer les deux sélections mais aussi les périodes de mercato. Plus que jamais, pour comprendre les sensibilités des sélections nationales au gré des mouvements de population, il faut pouvoir faire le lien avec l’histoire récente des pays concernés.

Matongé, ses rues grouillantes de vie, ses échoppes remplies de produits d’Afrique, ses salons de coiffure, ses bijouteries. Matongé et sa population danse, grouillante, qui rend parfois difficile de se frayer un chemin dans ce fourmillement. Matongé qui ne s’arrête pas de vivre, au gré des artistes qui le peuplent, qui enflamment ses bars jusqu’aux petites heures. Matongé et ses rues ordonnées en damier. Matongé et ses rues dispersées en étoile. Matongé, placé en plein centre de la capitale. Matongé, ce quartier au nord de la ville. Entre Matongé et Matongé, il y a plus de 6000 kilomètres. Et pourtant, entre le Matongé situé à Kinshasa et celui situé à Bruxelles, les liens sont indéfectibles. Le second tient même du premier. Quand, dans les années ’50, les ressortissants congolais de Bruxelles veulent ramener un petit bout de leur pays en Belgique. Forts présents autour de ce qui s’appelle la Maison Africaine, non loin de l’Université Libre de Bruxelles, ils renomment le quartier Matongé pour pouvoir déambuler dans les rues de Kinshasa en plein cœur de la capitale belge. Ce petit coin de Congo évoluera au gré des relations entre la Belgique et la RDC. Car, plus qu’à travers ce quartier, les deux pays ont un passé commun assez lourd.

Pour mieux comprendre, revenons un peu en arrière, en pleine époque coloniale. En 1885, lors de la conférence de Berlin pour le partage de l’Afrique, Léopold II, alors Roi des Belges, se voit attribuer le Congo à titre personnel. Un beau cadeau que le souverain ne se prive pas d’exploiter, mettant en place l’extraction intensive des matières premières (notamment le caoutchouc) par des locaux réduits aux travaux forcés et maltraités. Les violences commises, les maladies, les famines, causent la mort de plusieurs millions de Congolais. En 1908, le Congo devient propriété de la Belgique pour “un colonialisme modèle”. Ce statut perdure jusqu’à la fin des années ’50. Le nationalisme et la volonté d’indépendance montent dans la population congolaise. C’est en 1960 que la délivrance survient : la Belgique reconnaît l’indépendance du Congo et le délivre du joug colonial. Le moment est à l’euphorie et à la libération : l’élite congolaise se met à voyager, certains étudiants se voient attribuer des bourses pour étudier à l’étranger. La Belgique, avec qui les liens demeurent très étroits, est une destination privilégiée.

Les Congolais alors présents dans ce quartier qui deviendra bientôt Matongé appartiennent donc à une catégorie sociale assez huppée, ils ne sont que de passage pour profiter du charme (inégalable) des nuits passées dans les bars bruxellois. Mais au fur et à mesure que la seconde moitié du XXe siècle s’égraine, l’instabilité revient. L’inflation économique et la corruption plongent la RDC dans la misère, les campagnes de répression du Président Joseph-Désiré Mobutu sèment le chaos. Les conflits armés avec le voisin burundais achèvent de convaincre ceux qui le peuvent de partir. En cette fin de millénaire, ils sont 20 000 à se réfugier en Belgique. Matongé n’est plus seulement un lieu de passage festif, c’est un quartier symbole pour ceux qui ont fuit le Congo. Aujourd’hui, ils sont plus de 40 000 Congolais (de nationalité ou d’origine) à vivre en Belgique. Autant d’hommes, de femmes, d’enfants qui sont, à des degrés divers portés par les deux cultures, entre Matongé et Matongé.

Choix du coeur ou de la raison ?

Etre bercé par deux cultures, ce n’est pas un problème, c’est même sacrément enrichissant. Le hic, c’est que le football n’est pas un milieu de philanthropes et qu’une fois arrivé à un certain niveau, choisir sa nationalité sportive devient un enjeu, tant pour soi-même que pour des millions de supporters. Pour ces binationaux, la donne est souvent la même, contrebalancée par des sensibilités différentes : leurs parents ont émigré depuis le Congo avec la culture de là-bas, mais le joueur est né en Belgique, y a grandi, y a été formé et a été sélectionné avec les équipes d’âge belges. Mais pour des questions aussi binaires que complexes, demandez à quatre personnes et vous aurez cinq avis différents. Si bien qu’à l’heure du choix, outre le choix du cœur qui peut pencher d’un côté comme de l’autre entre racines ancestrales et pays qui l’a vu grandir, le joueurs voit également rentrer en ligne de compte des enjeux sportifs. Qui peuvent là aussi faire écho dans les deux camps.

Vincent Kompany et Michy Batshuayi : deux Bruxellois d’origine congolaise qui ont choisi de défendre les couleurs de la Belgique

Ces dernières années, l’équipe nationale belge est redevenue attractive, après une période plutôt morose, tant au niveau des résultats que de l’ambiance dans le noyau. Souvent moquée, la première place FIFA occupée par les Diables Rouges reflète malgré tout le prestige et l’ambition du noyau. Etre Belge est redevenu bankable, et le fait d’être sélectionné au milieu des Kevin de Bruyne, Eden Hazard et autres Romelu Lukaku ne fait pas tache sur un CV. Choisir la Belgique par rapport au Congo présente également “l’avantage” de ne pas disputer la CAN en hiver. Disputée en même temps que la plupart des championnats européens, elle refroidit certains clubs de payer pour des joueurs partis pendant un mois, accumulant de la fatigue supplémentaire au passage. C’est ainsi que ces dernières années, des noms comme Romelu Lukaku, Vincent Kompany, Christian Benteke, Anthony Vanden Borre, Youri Tielemans, Michy Batshuayi, Jason Denayer, Dedryck Boyata ou Albert Sambi Lokonga ont choisi de porter les couleurs belges malgré leurs origines congolaises.

Pour ces joueurs, le choix n’a pas été le théâtre d’un suspense insoutenable. Après être passés par toutes les catégories d’âge des équipes nationales belges, après avoir gravi les échelons avec des coéquipiers avec qui ça matche depuis tout petit, la continuité jusqu’à l’équipe A s’est vite imposée. Tout en gardant un lien très fort avec la RDC. La plupart des binationaux cités ci-dessus gardent le contact avec la terre ancestrale en allant soutenir des projets locaux. A l’image de Roger Lukaku, le père de Romelu et Jordan, qui y a fondé le FC Rojolu (contraction de ROmelu et JOrdan LUkaku). A 22 ans, Albert Sambi Lokonga (Arsenal) veut également s’inscrire dans cette voie-là. Sa famille a la particularité d’être partagée entre les deux pays puisque son frère Paul-José Mpoku a lui choisi de représenter la RDC. Et il n’est pas le seul : les Léopards attirent de plus en plus de Belgo-Congolais.

« Mon fils mélange parfois le français, le néerlandais et l’anglais quand il parle… Mais quand il s’énerve, c’est toujours en lingala » (langue parlée au Congo)

Romelu Lukaku

L’arrivée de Florent Ibengé à la tête de l’équipe nationale congolaise en août 2014 marque un tournant dans la politique de séduction des binationaux. Sous sa houlette, la sélection fait le pas vers cette diaspora congolaise pour la convaincre d’enfiler la tunique des Léopards. Traditionnellement bienvenus, les Belgo-Congolais sont désormais ardemment courtisés. Voici ce que déclarait le sélectionneur à la Dernière Heure, un quotidien belge, un mois à peine après sa prise de fonction :

En Europe, il y a aujourd’hui une génération de jeunes Congolais absolument exceptionnels, s’ils reviennent à leurs racines, on pourrait encore être plus compétitifs. Ce qui nous manque surtout ? Les résultats. Quand vous regardez les effectifs des équipes nationales en Belgique ou en France, notamment, vous vous rendez compte que de nombreux Congolais sont repris dans les équipes de jeunes mais tous n’atteindront peut-être pas l’équipe A. Certains, comme Boyata, ont joué un match officiel et puis plus rien. S’il était venu ici, il aurait certainement pu connaître une autre trajectoire. Les joueurs de la sélection sont mes meilleurs ambassadeurs lorsqu’ils rentrent dans leur clubs et racontent les progrès que l’on fait.”

Florent Ibenge entraîne désormais au Maroc, à Berkane

Si la suite de la carrière de Boyata (28 sélections avec la Belgique) a de quoi faire mentir Ibengé, le profil ciblé est clair. La Belgique a changé de statut et la concurrence a été inévitablement revue à la hausse. Car génération dorée est également synonyme d’embouteillage de talents. L’objectif est de faire jouer pour la RDC ces talents dont l’avenir semble bouché au sein du noyau belge. La tendance vaut aussi pour la France et sa diaspora congolaise fournie. Le nouveau sélectionneur joint rapidement les actes à la parole : pour son premier rassemblement, il dresse une pré-sélection de…107 joueurs. Une liste XXL, presque suffisante pour constituer 10 équipes, dans laquelle on retrouve 24 joueurs formés en Belgique. Le nom de Michy Batshuayi y figure, il donne finalement sa préférence à la Belgique. Si aucun des 24 joueurs n’apparaît dans la sélection finale, Ibengé montre à ces binationaux qu’il les a à l’oeil et stimule leur réflexion quant à leur futur choix. Un travail de sape mené à base de coups de téléphone et d’appels Skype qui porte ses fruits : sous Ibengé, quatre Belgo-Congolais effectuent leur début pour les Léopards : Hervé Kagé, Jordan Botaka (qui a aussi des origines néerlandaises), Paul-José Mpoku et Dieumerci Ndongala.

Outre Ibengé, un autre homme oeuvre en coulisse à la prise de contact avec la diaspora congolaise : Christian N’Sengi est nommé directeur technique à la Fédération et entraîneur des U23. Son profil est intéressant puisqu’il vit en Belgique depuis l’âge de 2 ans suite à la décision de son parrain, un certain Jospeh-Désiré Mobutu, de l’envoyer dans une famille d’accueil à Charleroi. Le Congo lui doit notamment la création de ses U21. N’Sengi raconte à la DH comment l’équipe s’est formée à partir de rien : “La catégorie pouvait être utile pour repérer de nombreux jeunes Congolais expatriés en Europe. Je voulais les réunir en une sélection. J’ai réuni des gars qui jouaient en Belgique, à Wavre. Au début, on ne jouait même pas sous le nom du Congo mais sur celui d’une académie de football que j’avais lancée. On a fait quelques bons résultats dans des tournois, suffisamment pour que ça fasse écho jusqu’au Congo. En 2001, dans un hôtel à Bruxelles le président de la fédération congolaise m’a donné son feu vert pour lancer officiellement les U21. J’avais juste le Brevet A de coach à l’époque. C’était dingue“.

Résidant toujours en Belgique, N’Sengi a tout le loisir de regarder les matchs de Jupiler Pro League et de parler aux binationaux qui y évoluent. La RDC peut même se targuer de sélectionner plus de talents du championnat belge que l’équipe nationale Belge ne le fait. N’Sengi parvient à jongler entre ses missions pour la fédé congolaise et son poste d’entraîneur adjoint des U18 et U19 à Anderlecht. Mais, de l’ombre, Christian N’Sengi passe ensuite à la lumière en devenant lui-même sélectionneur national suite au départ de Florent Ibengé. De quoi consolider les liens entre les deux pays, même si à sa tête, un seul Belgo-Congolais honore sa première cap pour les Léopards : Nil de Pauw, milieu offensif à l’Antwerp. Deux ans plus tard, N’Sengi quitte le poste de sélectionneur et retrouve son rôle de directeur sportif. Pour le remplacer, un Belge est sur la shortlist de la fédération : Michel Preud’Homme, l’ancien coach du Standard et de Bruges notamment, est cité avec insistance. Trop las du métier pour retrouver un banc de touche, il décline l’offre et c’est finalement le charismatique Hector Cuper qui décroche le poste en fin de saison passée. Depuis, deux binationaux ont rejoint le groupe des Léopards : Samuel Bastien (milieu du Standard de Liège) et Jonathan Okita (formé à l’AFC Tubize). Preuve que la piste belgo-congolaise est loin d’être abandonnée.

De Mokuna à Likonza en passant par Mbokani

En club aussi, la relation entre les deux pays est plutôt fructueuse. Léon Mokuna est le premier à avoir ouvert la voie. En 1954, il devient le premier joueur congolais à évoluer en Europe en signant au Sporting Portugal. Trois ans plus tard, c’est en tant que premier Congolais du championnat belge qu’il débarque à la Gantoise. Le début d’une histoire de neuf ans qui voit Mokuna devenir une star de la compétition. Véritable attraction pour ces Belges du milieu du 20e siècle qui n’ont que très rarement vu des personnes de couleur, il régale les stades avec ses dribbles et sa frappe de balle surpuissante (il est surnommé “Trouet” pour avoir littéralement troué les filets). Mokuna connaît même les honneurs d’être appelé en équipe nationale belge. Certes, ce n’est que l’équipe B, mais pour l’époque, la symbolique est forte.

Mokuna sert ainsi de précurseur, ouvrant la voie à 95 joueurs congolais qui sont venus tenter leur chance en Belgique depuis lors. Avec quelques belles réussites, comme Paul Bonga Bonga, Ali Lukunku ou Dieumerci Mbokani, Chancel Mbemba, Christian Luyindama ou Bope Bokadi plus récemment. Le chiffre de 95 n’est pas particulièrement haut, plaçant la RDC à la septième place des nations qui ont fourni des joueurs étrangers au championnat belge, mais les histoires derrière ces transferts révèlent des connexions bien ancrées sur le marché. Ces dernières années, un club en particulier s’est distingué en ne comptant pas les allers-retours entre la Belgique et le Congo : Anderlecht. Le club bruxellois est devenu un partenaire privilégié de certains clubs congolais grâce à une rencontre assez folklorique dans un magasin de sport.

Petit flashback : nous sommes en 1996 et le Tout Puissant Mazembé (club phare du Congo) se dote d’un nouveau président : Moïse Katumbi. Au Congo, Katumbi est quelqu’un qui pèse : riche homme d’affaires, devenant gouverneur du Katanga quelques années plus tard. L’homme est marié avec une Belge d’origine burundaise et possède un appartement dans la périphérie de Bruxelles, ce qui lui permet de suivre les matchs de son club de cœur : Anderlecht. Cinq ans plus tard, en 2001, Katumbi va faire ses achats chez Planet Sport, un magasin de Dilbeek, dans la banlieue bruxelloise. Fabio Baglio, le gérant, est à la caisse et s’apprête à encaisser les achats de Katumbi. Il raconte la scène à l’hebdomadaire Sport/Foot Magazine : “Comme il avait eu un souci avec sa carte de crédit, je m’étais montré bon prince en lui fournissant la marchandise malgré tout. Depuis, il m’a revalu tout au centuple en faisant de moi son équipementier attitré et, surtout, en me proposant de gérer les intérêts de ses joueurs les plus en vue. C’est ainsi que je suis devenu le manager de Mbokani, notamment “. Vu l’importance du TP Mazembe au pays, c’est même une bonne partie de la sélection nationale qui passe dans son portefeuille.

En plus d’être passé par Anderlecht et le Standard, Mbokani a aussi fait les beaux jours de l’Antwerp qu’il a quitté lors du dernier mercato pour le SC Kuwait.

C’est ainsi que Baglio embrasse une carrière d’agent qui est lancée par le transfert de Dieumerci Mbokani comme premier gros deal en 2006. Solide attaquant du TP Mazembe, il est transféré…à Anderlecht, à qui Katoumbi promet la priorité en cas d’intérêt pour un joueur du TP Mazembe. Pas de bol, Francky Vercauteren, le coach anderlechtois de l’époque n’est pas fan d’Mbokani et ne le fait pas jouer. Pire, il revient en fin de saison à Lubumbashi pour ensuite être transféré au Standard de Liège, l’ennemi d’Anderlecht, avec qui il truste deux titres de champion de Belgique au nez et à la barbe du club bruxellois, dont un test-match lors duquel il marque un doublé. La relation entre dirigeants belges et congolais se refroidit, il faut attendre le mercato hivernal de 2012 pour un nouveau transfert entre les deux clubs. Anderlecht a même droit à deux talents pour le prix d’un. Enfin, quant à la question du talent, leur passage éclair ne permet pas vraiment d’y répondre : l’attaquant Patou Kabangu retourne au TP Mazembe six mois plus tard tandis que Bedi Mbenza reste un an, le temps de disputer 226 minutes en championnat.

La collaboration entre les deux clubs ne peut donc pas être qualifiée de franche réussite mais qu’importe. Après tout, Mbokani est revenu dans l’équipe par la grande porte, après son premier passage difficile, il devient le fer de lance de l’attaque mauve, remportant deux titres en deux saisons. Et puis, au fur et à mesure de ses pérégrinations congolaises, Fabio Baglio enrichit son carnet d’adresses. Y figure désormais Max Mokey, président du Max Mokey Etanchéité (cela va de soi), que Baglio rencontre grâce à ses liens avec Katoumbi. Le club moins prestigieux que le TP Mazembe mais est vu comme un bon pourvoyeur de talents susceptibles d’être amenés en Europe pour pas cher. Grâce au fait qu’ils ne soient pas encore trop exposés médiatiquement mais aussi à quelques tours de passe-passe administratif.

Le premier joueur à s’envoler pour Bruxelles est l’attaquant Junior Kabananga qu’Anderlecht transfère en juillet 2010. Il ne compte que sept matchs sous le maillot mauve mais vaut aux dirigeants mauves bien des soucis juridiques quant aux indemnités de formation. Quelques temps après le transfert, Herman Van Holsbeeck, le manager du club d’Anderlecht, reçoit une demande de paiement d’une somme de 100 000 euros de la part des Aigles Verts, chez qui Kabananga a été formé de 2001 à 2005. Jean-Pierre Bongwalanaga, le secrétaire sportif des Aigles, est bien décidé à ce que le club touche l’indemnité de formation qui lui est due. Il explique alors à So foot : “En général, les clubs d’ici n’ont pas connaissance des lois, ou n’ont simplement pas les moyens de faire des réclamations. Il faut bien comprendre qu’ici, nos moyens de communication sont limités, les clubs européens en profitent. On est obligés d’aller au cyber-café pour envoyer des fax à la FIFA ».

Ally Samatta sous les couleurs du TP Mazembe en 2015, est lui aussi passé du TP Mazembe à l’Europe grâce à la Belgique, via Genk

C’est alors qu’entre en scène Paulo Texeira, un agent brésilien qui s’est fait une spécialité d’aider les petits clubs d’Afrique et d’Amérique à réclamer leurs indemnités de formation face aux plus grands clubs qui lorgnent leurs talents. Le tout en se mettant dans la poche une commission de 20%, comme le rapporte Sport/Foot Magazine. Inflexible, Anderlecht réplique que Kabananga était déjà un joueur professionnel au moment où il a été acheté, excluant ainsi toute indemnité de formation. Ce à quoi Texeira réplique avec de faux documents que la direction anderlechtoise aurait utilisé pour appuyer le fait que Kabananga était un joueur professionnel. S’en suit une procédure judiciaire qui traîne jusqu’en mars 2018 et qui se conclut par un acquittement d’Anderlecht par La Chambre de Résolution des Litiges de la FIFA.

En 2011, un an après le transfert de Kabananga, nouveau mouvement du MK Etanchéité à Anderlecht et nouvelle affaire retentissante. Cette fois, c’est l’arrivée de Chancel Mbemba dans la capitale belge qui soulève les questions. Ou plutôt une question, simple en apparence : quel âge a-t-il ? Lorsqu’il est transféré, Mbemba est renseigné comme un joueur de 17 ans, né en 1994. Sauf que des fiches d’affiliation congolaises font, elles, état d’un joueur né en 1988, soit six ans plus âgé que présenté à la base. Pour ne rien arranger, une interview du joueur ressort, il y prétend être né en 1990. Romain Molina se saisit de l’affaire à l’époque, dans une enquête menée pour CNN et débusque même une quatrième date d’anniversaire. Autre figure du dossier…Paulo Texeira qui accuse Anderlecht de trafic de mineur d’âge et de falsification de documents d’identité. Face au micmac naissant, les mauves jouent la sécurité et renvoient momentanément le joueur au Congo.

Mbemba revient finalement à Bruxelles quelques mois plus tard, fort du jugement d’un tribunal congolais qui certifie qu’il est bien né en 1994 et d’analyses densimétriques des os du poignet du joueur, à l’initiative d’Anderlecht, comme le révèle Sport/Foot Magazine. Dans la foulée, Texeira est condamné par la FIFA suite aux plaintes d’Anderlecht et de l’AC Milan (qui s’était joint au club belge pour dénoncer les attaques similaires dont il faisait aussi l’objet). Malgré tout, l’âge du joueur reste teinté de mystère.

Chancel Mbemba est ensuite vendu pour 12 millions à Newcastle avant d’atterrir au FC Porto

La piste congolaise continue de décevoir Anderlecht tandis que le Sporting continue de décevoir par ses agissements dans les différents deals. Pourtant, le contact n’est pas totalement enterré. En 2017, toujours selon Sport/Foot Magazine, Moïse Katumbi (président du TP Mazembe) propose à Herman Van Holsbeeck quatre de ses joueurs : Christian Luyindama, Merveille Bokadi, Jonathan Bolingi et l’Ivoirien Roger Assalé. Anderlecht n’est pas intéressé. Les trois Congolais filent au Standard (avec brio pour les deux premiers) et Assalé est transféré aux Young Boys Berne où il explose. Même scénario pour Jackson Muleka, attaquant star du TP Mazembe qui n’emballe pas plus que cela les dirigeants mauves et finit lui aussi au Standard.

Malgré le retour à Anderlecht de Vincent Kompany, Belgo-Congolais dont le père a joué au TP Mazembe, la situation ne s’améliore pas. Au contraire. En août 2019, deux joueurs du clubs congolais sont testés : Elia Meschack et Arsène Zola. Le premier fait faux bond aux mauves et signe aux Young Boys Berne, où on découvrira qu’il est en réalité cinq ans plus âgé que renseigné sur ses papiers. Le second ne convainc pas Anderlecht de lui faire signer un contrat, à la grande surprise de Christian N’Sengi qui trouve ça “incompréhensible”. Des rendez-vous manqués qui font qu’aujourd’hui, c’est le Standard qui tient la corde pour accueillir les talents de Lubumbashi. A leur tête, Merveille Bokadi et Jackson Muleka, piliers de l’équipe nationale congolaise, sans oublier Samuel Bastien, qui joue depuis peu avec les Léopards, et Glody Likonza, arrivé cet été du TP Mazembe, que le Standard a préféré se faire prêter, n’ayant pas eu l’occasion de faire passer des tests au joueur. La filière congolaise n’est donc pas prête de se tarir. De quoi occasionner encore bien des allers-retours entre Matongé et Matongé.

Crédits photos : Getty Images

Belgique – RDC : des liens étroits qui perdurent
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