Belgique

Belgique : entre espoirs et incertitudes

Ce soir, sur le coup de 21 heures, la Belgique entame son Euro par un match face à la Russie. Dans un groupe qui comprend aussi le Danemark et la Finlande, l’ambition est évidemment de se qualifier pour les huitièmes de finale. Et après ? A quoi peuvent prétendre les Diables Rouges dans ce tournoi ? Entre des joueurs au sommet de leur art et des cadres incertains, les avis divergent.

A quoi va ressembler le tournoi de la sélection ? Cette question, toutes les équipes nationales se la posent avant leur entrée dans une grande compétition. Mais côté belge, elle semble plus persistante que jamais. On a coutume de dire que ce n’est qu’à la fin du bal qu’on paye les musiciens. Le problème, c’est qu’à quelques heures du premier acte, le chef d’orchestre Roberto Martínez ne sait toujours pas s’il pourra compter sur ses meilleurs musiciens pour la suite de la tournée européenne.

Des absents très présents

Le premier artiste qui suscite des inquiétudes n’est autre qu’Eden Hazard, un des meilleurs solistes de son époque. On pensait que le report de l’Euro permettrait à Eden de pouvoir se retaper physiquement après une première saison complètement pourrie par les blessures du côté du Real, c’est finalement avec les mêmes doutes qu’il se présente sur la ligne de départ en 2021. Avec à peine 10 minutes de temps de jeu lors du dernier match contre la Croatie, le capitaine manquera cruellement de rythme, et surtout de confiance, pourtant cruciale dans son jeu de déstabilisation.

L’autre point d’interrogation concerne Axel Witsel, le métronome. Dès l’annonce de sa blessure au tendon d’achille, le 10 janvier, c’est une véritable course contre la montre qui s’est opérée pour le voir faire son retour à l’Euro. Et le décompte s’égraine toujours puisque le Liègeois n’est pas encore prêt pour le match contre la Russie, bien qu’il s’entraîne avec le groupe. L’objectif serait qu’il prenne du temps de jeu lors du dernier match contre la Finlande pour pouvoir jouer lors des matchs à élimination directe. Si Martínez retient son souffle, c’est qu’il connait l’importance de Witsel au sein de l’équipe : son intelligence tactique, sa faculté à dicter le tempo d’une rencontre en fait un des premiers noms cochés dans le onze de base. Mais au-delà des questions sur la date de son retour, beaucoup se demandent si ce come-back n’est pas précipité. A 32 ans, une rechute pourrait avoir de lourdes conséquences sur la suite de sa carrière.

Un autre cadre qui n’est pas du voyage contre la Russie, c’est Kevin de Bruyne, pas encore totalement remis de son choc avec Rüdiger lors de la finale de Ligue des Champions. Son indisponibilité a beau être moins lourde que celle de Witsel, le divin rouquin a quand même été opéré de l’orbite, ce qui devrait lui permettre de jouer sans masque de protection. Pour lui, l’objectif est de pouvoir jouer le deuxième match contre le Danemark. Et d’avoir retrouvé toute sa vision du jeu.

Eden Hazard, Kevin de Bruyne et Axel Witsel au centre des interrogations belges pour l’Euro

Avec ces trois incertitudes concernant des joueurs cadres, on en oublierait presque que même l’avenir du coach est entouré de points d’interrogations. En effet, il se murmure de plus en plus que ce tournoi sera le dernier de Martinez à la tête de l’équipe belge. Il y a quelques semaines, le Catalan s’est lié avec Pini Zahavi dans le but de récolter le fruit de son travail et de son succès en Belgique. Si la piste de Tottenham, longtemps activée, se refroidit avec la probable arrivée de Paulo Foncesca sur le banc des Spurs, nul doute que Zahavi saura trouver une autre belle écurie pour son nouveau poulain. Mais n’allons pas trop vite en besogne : pour le moment, personne ne doute du professionnalisme de Martinez pour rester concentré à 100% sur son équipe. A priori, pas de risque de vivre ce que l’Espagne a vécu en 2018 avec Julen Lopetegui.

Dernière chance de briller ?

Les incertitudes autour d’Hazard, Witsel et De Bruyne sont évidemment des coups durs, comme ce serait le cas pour n’importe quelle sélection. Mais elles ne compromettent pas les chances de victoire pour autant. Martinez a l’expérience de ce genre de cas et sait gérer les retours de blessure, comme il l’a montré en 2018. A l’époque, Vincent Kompany revenait d’une saison pourrie par les blessures. Bien encadré par le staff, Kompany était monté en puissance pour pouvoir jouer le huitième de finale contre le Japon puis le quart contre le Brésil (avec un but à la clé) et la France en demi.

Si jamais les trois joueurs devaient être condamné par leur corps à ne jouer qu’un rôle mineur, l’équipe peut s’appuyer sur d’autres forces vives. Devant, Romelu Lukaku sort de la saison de sa vie avec l’Inter : 24 buts et 10 assists, rien qu’en Serie A. Le meilleur buteur de la sélection (60 buts) est plus que jamais capable de se créer des occasions à lui tout seul, en se retournant ou en perforant une défense dans un match cadenassé. Sur le côté gauche, les hésitations d’Eden Hazard pourraient profiter à Yannick Carrasco, la caution créativité de Diego Simeone à l’Atletico cette saison. Souvent inspiré à l’heure de passer son homme, jouera-t-il à son poste de prédilection ? Martinez pourrait être tenté de profiter des exigences tactiques de Simeone pour le faire jouer un cran plus bas et ratisser tout le couloir comme il l’a déjà fait.

Un autre ailier qui pourrait se montrer, c’est Jérémy Doku, le joueur de 18 ans du Stade Rennais. Son concurrent, Dries Mertens n’est pas blessé mais n’a pas laissé entrevoir une grande forme sur les derniers matchs. Doku a faim de foot, son accélération fulgurante sur les premiers mètres pourrait s’avérer bien utile face à des défenses regroupées. Plus bas dans le jeu, les pépins de Witsel et De Bruyne devraient définitivement sacré l’avènement de Youri Tielemans. Auteur d’une grosse saison avec Leicester (conclue par ce but sensationnel en finale de FA Cup), le Bruxellois apparaît comme le couteau suisse de l’entrejeu en étant à la fois responsable de la liaison avec les joueurs offensifs mais aussi de boucher les espaces. A ses côtés, en l’absence de Witsel, Martínez sera sans doute tenté d’aligner Leander Dendoncker. Le milieu de Wolverhampton est un travailleur de l’ombre capable d’avaler les kilomètres et de sécuriser l’entrejeu comme Witsel sait si bien le faire, laissant plus de liberté à Tielemans.

Les solutions de rechange sont donc là. D’autant plus que ces joueurs ne risquent pas d’être déstabilisés en intégrant l’équipe. S’en tenant à un 3-4-2-1 depuis quatre ans, Roberto Martínez a instauré ce qu’il appelle “un esprit de club”, comprenez une machine bien huilée, stable, où il peut se permettre d’interchanger quelques pièces. Pas adepte des surprises de dernières minutes, il a progressivement intégré les nouveaux venus à l’équipe pour qu’ils soient prêts quand le sélectionneur a besoin d’eux. C’est dans cette logique de continuité que Martínez a insisté pour que Thierry Henry revienne dans le staff, comme c’était le cas pour la Coupe du Monde en Russie, il y a trois ans.

Mais qui dit stabilité depuis des années dit aussi génération vieillissante. Ce tournoi est vu comme une des dernières occasions (si pas la dernière) d’aller chercher un trophée pour cette génération dorée. Le constat est particulièrement valable dans la ligne arrière : pour Toby Alderweireld (32 ans), Jan Verthongen (34 ans) et Thomas Vermaelen (35 ans), l’horloge biologique tourne de plus en plus vite. Au milieu, Axel Witsel (32 ans) voit également les années défiler, après la retraite internationale de Marouane Fellaini dans la foulée de la dernière Coupe du Monde. La ligne d’attaque est un poil plus jeune mais Romelu Lukaku et Eden Hazard ont parfois laissé planer des doutes sur leur avenir au sein de l’équipe nationale. La relève, incarnée par des jeunes comme Nicolas Raskin, Hugo Siquet, Sambi Lokonga, Zinho Vanheusden, Jeremy Doku ou Charles de Ketelaere a beau être prometteuse, on ne remplace pas les légendes actuelles d’un claquement de doigt. Surtout si l’équipe va loin dans sa dernière tournée. Pour cela, il faudra commencer par un match sans fausse note dès ce soir contre la Russie.

L’équipe alignée ici l’est plutôt dans l’optique des matchs à élimination directe, partant du principe que les blessés seront rétablis

LE GROUPE ET LE CALENDRIER DE LA BELGIQUE

Groupe B : Belgique, Danemark, Russie, Finlande

  • Le 12 juin, à Moscou : Russie – Belgique (21h)
  • Le 17 juin, à Copenhague : Danemark – Belgique (18h)
  • Le 21 juin, à Saint-Pétersbourg: Finlande – Belgique (21h)
Belgique : entre espoirs et incertitudes
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