Asie

La domination du Kawasaki Frontale

Deuxième en 2016, quatrième en 2019, mais surtout premier en 2017, 2018, 2020, et sûrement 2021, le Kawasaki Frontale dicte sa domination et s’impose comme le club japonais de la fin de la décennie précédente et de la prochaine. Mais quelles sont les clés de sa réussite ? Un mercato intelligent et de qualité ? La formation de jeunes joueurs à fort potentiel ? La patte d’un entraineur talentueux comme Toru Oniki ? En réalité, il y a un peu de tout ça.

Un mercato efficace et des moyens

Cela semble évident, mais pour pouvoir dominer dans le foot, il faut un effectif de qualité. On l’obtient par la formation (que nous verrons plus tard) et aussi bien sûr par le recrutement. Avec une des plus grosses enveloppes du Japon (environ 4 fois supérieure aux clubs de milieu de tableau comme l’Avispa Fukuoka), le club de Kawasaki est très influent dans son championnat. Le club peut attirer d’excellents joueurs en fin de contrat venant de plus petits clubs japonais en proposant un salaire bien supérieur, sachant en plus qu’il y’a très peu de transferts au Japon. La plupart des joueurs vont au bout de leur contrat avec un club et partent libre dans un autre.

Miki Yamane

Un des meilleurs exemples se retrouve dans le cas de l’international japonais Miki Yamane, 27 ans. Arrivé du Shonan Bellmare (actuel 17ème de JLeague) en début d’année dernière, il est devenu indiscutable au poste d’arrière droit. En plus du projet de jeu intéressant et de la possibilité de jouer chaque année les premières places, son salaire a plus que doublé passant de 12 millions de yens annuels (92 000€) à 25 millions (193 000€). La preuve de ce bon coup du Kawasaki Frontale est qu’il a fait partie de l’équipe type de la JLeague 2020 avec 8 autres partenaires (9 des 11 joueurs de l’équipe type 2020 jouaient au Kawasaki Frontale).

Akihiro Ienaga

Et Yamane n’est évidemment pas le seul. Certains autres cadres de l’équipe sont issus de cette voie là comme l’expérimenté leader offensif de 35 ans Akihiro Ienaga. Ienaga est un ancien joueur de Majorque recruté en 2017 à l’Omiya Ardija (JLeague à l’époque, depuis relégué). Il a été auteur de 10 buts et 3 passes décisives toutes compétitions confondues cette saison. C’est donc un véritable élément moteur de l’équipe dans le vestiaire comme sur le terrain pour accompagner les jeunes joueurs. Il a d’ailleurs fait partie de l’équipe type de JLeague en 2018 et 2020.

Leandro Damião

Cette enveloppe permet également de recruter de temps en temps des joueurs stars de championnats étrangers. L’arrivée de l’ex international brésilien Leandro Damião en 2019 en est le meilleur exemple. Passé par Santos, Flamengo ou encore le Real Betis, il est arrivé libre, attiré autant par le projet de jeu que par un salaire bien plus conséquent qu’au Brésil où il jouait. Il est alors devenu au Kawasaki Frontale un joueur crucial. Cette saison, il est l’auteur de 16 buts et 8 passes décisives en 27 matchs de JLeague. Cela fait d’ailleurs de lui le second meilleur buteur du championnat, à une réalisation de Daizen Maeda, attaquant du club de Yokohama F.Marinos (dauphin de Kawasaki en JLeague).

Le nouveau serial-buteur du Kawasaki Leandro Damião face au Sydney FC

Ces trois noms sont donc une preuve de l’efficacité de la cellule de recrutement et sont des éléments importants de la domination du Kawasaki Frontale. Cependant, dans un championnat particulièrement axé sur l’avenir et l’exportation de ses talents à l’étranger, il faut savoir former de futures stars pour briller.

Une domination grâce à son centre de formation

La formation au Japon est assez différente de celle qui existe en Europe. En effet, la majeure partie des joueurs commencent leur formation dans le club de foot de leur lycée (ils peuvent donc à la fois étudier et se révéler). Durant ce laps de temps au lycée, ils peuvent être repérés par des clubs professionnels qui leur proposent d’intégrer leur centre de formation. Mais ce qui est le plus intéressant pour ces joueurs est d’obtenir un ticket pour une université. Au Japon, ce sont elles qui forment les meilleurs joueurs. Elles sont technologiquement très à la pointe, parfois plus que certains clubs, et permettent aux joueurs d’étudier parallèlement en cas d’échec dans le football.

Au Kawasaki Frontale, 17 joueurs (57% de l’effectif) sont passés par des universités, notamment celles de Toin et de Tsukuba qui sont parmi les plus prestigieuses du pays. Les joueurs ont ensuite terminé leur formation à Kawasaki avant d’y signer leur premier contrat pro.

Les talents de Kawasaki

Cela permet de voir des grands espoirs japonais émerger chaque année. Et ils sont déjà nombreux à avoir franchi un palier depuis Kawasaki. Ko Itakura (24ans / Défenseur central) est sous contrat avec Manchester City depuis 2 ans et actuellement prêté à Schalke. Kaoru Mitoma (24ans / Ailier) vient de signer à Brighton et est considéré comme l’un des plus grands talents japonais. Cette liste peut aussi se poursuivre avec des joueurs comme le milieu Ao Tanaka et le latéral Reo Hatate. Ils sont tous deux internationaux espoirs japonais et font partie de l’équipe japonaise aux JO qui a fini 4e en battant notamment la France 4-0. On note d’ailleurs que Mitoma et Tanaka ont tout deux fait partie de l’équipe type de la Jleague 2020.

Face à l’Equipe de France olympique en juillet dernier, Reo Hatate s’est démarqué par un excellent match après la victoire par 4 buts à 0 des siens

Parmi les joueurs à suivre ces prochaines années, on peut aussi citer Ten Miyagi. Cet ailier de 20 ans très technique s’impose de plus en plus dans le onze de départ depuis le départ de Kaoru Mitoma. Et on peut continuer cette longue liste avec des joueurs à suivre comme Shuto Tanabe, latéral droit de 19 ans, Kai Hoyama, gardien de 18 ans ou encore Taiyo Igarashi, avant-centre de 18 ans. Kawasaki est une belle mine de diamants bruts qui seront l’avenir du football japonais.

Le Kawasaki Frontale est donc un très bon élève de son championnat. Le club respecte parfaitement le projet sur l’avenir des hautes instances du football japonais. Mais pour gérer un effectif aussi riche, il faut un coach de qualité…

Une domination grâce à un homme : Toru Oniki

Joueur du Kawasaki Frontale de 2000 à 2006, l’ancien milieu de terrain japonais Toru Oniki est depuis début 2017 le coach de Kawasaki. Son bilan en JLeague est impressionnant puisqu’il compte 107 victoires contre seulement 38 matchs nuls et 21 défaites. Il a aussi un excellent ratio de 338 buts marqués en 166 matchs (soit 2,06/match) et seulement 144 encaissés (0,88/match). Kawasaki était d’ailleurs en 2021 sur une série historique de 18 victoires en 24 journées, le tout en restant invaincu. La série a malheureusement été rompue le 25 août et une défaite contre l’Avispa Fukuoka. Mais comment a-t-il rendu le Kawasaki Frontale si dur à jouer ?

Son style de jeu

Le jeu du Kawasaki Frontale est vraiment caractérisé par une volonté totale de dominer mais de manière très rigoureuse. Tout d’abord, les lignes sont clairement visibles. Tout le monde doit être à son poste et toute l’équipe progresse rapidement vers l’avant comme un rouleau compresseur. Il a aussi instauré beaucoup de variations dans la transition entre les lignes (ce qui implique de posséder des défenseurs avec une bonne vision du jeu). L’équipe va ainsi harceler l’adversaire devant son but et frapper quand une bonne opportunité se présente.

Toru Oniki, l’homme du Kawasaki Frontale

Cependant, depuis la saison dernière, Oniki impose aussi au Kawasaki Frontale un gros pressing à la perte pour accentuer encore la domination. Elle se traduit dans les statistiques par une possession très souvent supérieure à 60 voire 70%, mais absolument pas stérile. Il définit d’ailleurs son équipe comme une équipe offensive et joueuse. Toru Oniki est là pour assurer le spectacle. Et ce, quitte à se découvrir derrière puisque toute l’équipe participe aux actions offensives. Les latéraux ont d’ailleurs un profil très offensif et sont toujours hauts sur le terrain. Mais malgré ce football très offensif, l’équipe encaisse relativement peu. Encore une preuve de la véracité de l’adage disant que la meilleure défense est l’attaque».

Sa mentalité

Evidemment, la qualité de l’effectif lui permet ce style de jeu mais aussi son excellente capacité à le manager. Froid en apparence, Oniki est charismatique, strict et intransigeant. Il a aussi pour volonté de faire mûrir ses joueurs et à les rendre les plus autonomes possible. Une citation le montre bien.

« Plus il y’a de joueurs avec un sens aigu des responsabilités, plus l’équipe sera puissante »

Interview pour le site d’actualité japonais Soccer Digest

Mais malgré cette devise traduisant de sa volonté de rendre l’effectif responsable et autonome, il sait intervenir dans les moments critiques et rebooster l’équipe. On peut prendre pour exemple le match de Coupe d’Asie en Corée face au Daegu FC cet été. Par deux fois le Kawasaki Frontale a été mené, mais Oniki, par ses mots juste et ses changements tactiques, a su renverser le match. Ce dernier s’est soldé par une précieuse victoire 3-2.

Grâce à ses résultats exceptionnels et son jeu enthousiasmant tout le Japon, il est un des entraîneurs pressentis pour prendre la sélection japonaise en main quand le sélectionneur actuel Hajime Moriyasu sera évincé. C’est en tout cas l’envie de la plupart des supporters des Samuraiblue. En effet, le style de jeu du sélectionneur actuel est très décevant et ennuyant malgré les excellents joueurs offensifs que compte l’effectif japonais.

On peut donc penser qu’un club aussi rayonnant dans son pays brille partout où il joue. Cependant, ces dernières années, les résultats en Asian Champions League sont très décevants. Quart de finaliste en 2017, et même sorti en phase de groupes en 2018 et 2019. Dans une coupe continentale où seuls les clubs saoudiens, iraniens et coréens sont réellement compétitifs. Cette saison, ils se sont inclinés en huitième de finale face à Ulsan Hyundai, actuel leader du championnat sud-coréen. Le résultat fut d’ailleurs très décevant, après un 0-0 après prolongations et une défaite 3-2 aux tirs au but. La domination du Kawasaki Frontale est donc uniquement locale pour le moment, mais peut-être appelée à s’étendre en Asie.

Crédit photos : Getty Images

La domination du Kawasaki Frontale
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En haut