Arabie Saoudite

Le cas Paulinho et le déclin d’Al Ahli

Al Ahli est en souffrance depuis plusieurs années en Saudi Pro League. À travers le cas Paulinho, nous sommes en mesure d’identifier les éléments qui mettent le club saoudien dans une telle position. En effet, c’était le transfert qui était censé faire sensation en Arabie Saoudite. Après avoir évolué en Chine, Paulinho avait choisi le club Al Ahli afin de prolonger son aventure dans le football asiatique. La joie des supporters de Djeddah n’aura duré que quatre matchs puisque le compte twitter du club a annoncé la résiliation du contrat du Brésilien. Récit d’un cas de figure qui illustre indirectement les raisons du déclin d’Al Ahli

En juillet dernier, Paulinho se lançait un nouveau défi. Celui de jouer en Saudi Pro League. Et durant ses premiers matchs, on peut dire qu’il était parti pour s’imposer en tant que joueur emblématique du championnat comme Bafétimbi Gomis (Al Hilal), Abderrazak Hamed-Allah (Al Nassr) ou encore son coéquipier Omar Al-Somah.

Néanmoins, au terme de seulement deux mois, le joueur brésilien a plié bagage et s’explique : “C’est une période difficile, il y a eu des choses négatives qui se sont produites dans ma vie au cours des trois dernières semaines, confiait-il dans l’émission “Action Ya Dawry”. Mon père et ma mère vivent au Brésil, donc je ne peux pas continuer à Djeddah alors qu’il y a des soucis là-bas. C’est une situation qui ne m’était jamais arrivée auparavant. La décision de quitter Al Ahli est difficile, car j’ai à peine honoré deux mois de mon contrat. Malgré tout, je remercie le club, car il a mis en œuvre toutes mes demandes sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord à l’avance, et les officiels ont tout donné pour que ma famille et moi soyons heureux à Djeddah”.

Un atout de taille

Paulinho s’est illustré dans ses matchs avec Al Ahli par sa polyvalence offensive et sa manière de compenser. En effet, il a permis de donner plus de liberté à Al Ghareeb et Ndao dans les phases offensives, permettant aux deux joueurs d’être dangereux dans la surface adverse. Sa qualité technique lui a offert de ne pas être inquiété par le pressing adverse. Un peu comme Verratti, qui parvient à s’en sortir dans des situations complexes. Son placement en attaque lié à sa finition a débouché sur deux buts en quatre rencontres, ce qui rend compte de ses qualités offensives. Il est aussi impliqué dans les phases défensives. C’est un joueur qui ne se ménage pas lorsqu’il s’agit de presser l’adversaire. Il possède un réel sens de solidarité sur le terrain.

Paulinho, en plein action avec la Seleção face au Cameroun en 2018.

Ce joueur avait toutes les qualités dont Al Ahli avait besoin et malgré un début de championnat qui n’était pas à la hauteur d’un club comme celui-ci, il aurait certainement pu redresser le niveau de son équipe en se montrant de plus en plus indispensable. Mais avec son départ, Al Ahli rechute, ce qui témoigne d’un des problèmes principaux du club de Djeddah.

Les problèmes d’Al Ahli SC

La dernière saison d’Al Ahli est synonyme de problèmes. À commencer par la scission qui s’est marquée entre la direction du club saoudien et ses joueurs. La question de la gestion des salaires est mise en cause. Paulinho lui-même l’a remarqué lors de son arrivée au club :

“Je fais confiance aux joueurs d’Al Ahli pour changer la situation actuelle. Il y a des problèmes de retard de salaire et pas mal de problèmes avec la direction. Je sais que les questions financières sont difficiles pour les joueurs et affectent leur concentration à l’entraînement, et par conséquent affectent le résultat des matchs. Mais, ils doivent oublier cela le temps de redresser la situation”.

Des situations où des joueurs refusaient de revenir s’entraîner ont été constatées. Tout comme des vidéos du Président d’Al Ahli quittant le stade, furieux après une énième contre-performance de ses joueurs en SPL. Le club saoudien a baigné dans la controverse à mesure que ses résultats se dégradaient. Cette année, ils occupent la 14e place du championnat avec une grosse défaite 2-0 face à Al Ittihad lors du derby de Djeddah.

Sportivement, il faut souligner qu’Al Ahli SC ne s’en sort plus comme avant. Ce club saoudien historique a connu plusieurs périodes florissantes avec la victoire du championnat saoudien et de la Super Coupe d’Arabie Saoudite la même année (2016) ou encore en 2012 en atteignant la finale de la LDC d’Asie. Cependant, année après année le club a perdu prestige. Le club a tenté de prendre des mesures à ce sujet en changeant tellement d’entraîneurs qu’aucun d’eux n’a eu le temps de poser sa patte sur le jeu. Le changement perpétuel de directions et de staff ne changera rien tant qu’une réelle refonte des bases du club sera pas amorcée. Si refonte il y a, elle doit impérativement passer par la revalorisation des joueurs locaux.

Une chose saute aux yeux concernant Al Ahli. Comparé aux autres équipes comme Al Nassr, Al Hilal ou encore Al Ittihad, le taux de joueurs présents dans l’équipe nationale est très faible. Globalement, la région d’Al Ahli possède peu de talents saoudiens et cela se remarque donc en sélection où sur l’ensemble des joueurs sélectionnés, seulement 3 joueurs du club de Djeddah sont sélectionnés. En l’occurrence Abdulrahman Ghareeb, Mohammed Al Owais et Mohammed Al Khabrani.

Ainsi, Al Ahli compense la pauvreté des joueurs saoudiens en son effectif par le transfert de joueurs étrangers talentueux comme Paulinho. Ce dernier s’était illustré dès son arrivée en réalisant quatre matchs de grande qualité (deux buts en tout). Certes, il est probable que ces joueurs européens ou sud-américains permettent au club de prendre une nouvelle dimension, mais entre compter uniquement sur eux et réellement chercher à faire augmenter le niveau de l’équipe, il n’y a qu’un pas.

Quelles solutions ?

La solution la plus évidente serait de rétablir la confiance avec les joueurs par une direction plus solide. La direction d’Al Ahli n’a plus l’air de savoir ce qu’elle fait depuis quelques saisons, une mise au point claire sur les objectifs du club et la direction à suivre est nécessaire.

Ensuite, fortement miser sur la jeunesse saoudienne. Plusieurs clubs saoudiens ont montré que compter sur les talents locaux était plutôt bénéfique. L’un des exemples les plus flagrants est celui de Saud Abdulhamid d’Al Ittihad. Le jeune latéral a eu l’occasion de développer son jeu ce qui fait de lui l’un des latéraux les plus offensifs et agréables à joueur de la ligue. N’oublions pas Salem Al Dawsari, qui après avoir évolué chez les U23 d’Al Hilal a pu faire ses armes à Villareal, avant de revenir dans son club formateur pour y proposer des performances qui font d’Al Hilal une top équipe du Moyen-Orient.

Enfin, arrêter de trop se reposer sur les transferts de joueurs étrangers pour sauver la situation, mais trouver un équilibre avec les joueurs déjà présents dans un contexte local. Rien que le fait de donner le brassard à Paulinho, tout juste arrivé, montre bien la certaine dépendance du club saoudien sur ce point. Al Ahli possède des joueurs de qualités et devrait par conséquent consolider ce groupe avant de vouloir le bonifier par la présence de joueurs européens ou sud-américains.  

Crédits photo : Getty Images

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