Asie

Socceroos – l’avènement d’une nouvelle Génération Dorée ?

Les Socceroos version 2021

La sélection nationale australienne bat tous les records sur la route d’une qualification pour une cinquième Coupe du Monde consécutive. Avant leur défaite au Japon dans les derniers instants, ils étaient sur une série de 11 succès consécutifs, une première dans la compétition. Dans la poule la plus compliquée en Asie, l’équipe entraînée par Graham Arnold est en pleine progression et a toutes les chances d’obtenir son ticket pour le Qatar. Portrait de 5 joueurs clés des Vert et Or.

Harry Souttar, le rempart géant

Le géant de Stoke City, titulaire chez les Socceroos aux côtés de Trent Sainsbury, est en train de devenir un véritable pilier en sélection. Le défenseur de 22 ans, né en Ecosse, a choisi de représenter le pays de sa mère sur la scène internationale. Pourtant international U17 et U19 avec les Ecossais, le stoppeur avouait en 2019 qu’il avait toujours voulu jouer en Vert et Or. « Ma mère étant née là-bas, ma loyauté a toujours été pour l’Australie. Quand l’opportunité de porter le maillot de l’équipe que je suivais à chaque Coupe du Monde ou Coupe d’Asie s’est présentée, je n’ai pas hésité. »

Et ce malgré le fait que son grand frère John ait pris le chemin opposé : le joueur des Hearts a en effet 3 sélections avec l’Ecosse. Ça promet des dîners de famille sympa. En Angleterre, le petit frère fait parler de lui. Auteur d’une saison 2020-2021 réussie, il démarre l’exercice actuel sur le même rythme. Stoke, 4ème en championnat, est aussi la 3ème meilleure défense de Championship. Et Souttar, indéboulonnable, a même porté le brassard sur 4 des 5 matchs disputés en septembre. Les clubs de Premier League commencent maintenant à s’intéresser à l’Australien : Everton, West Ham, Wolverhampton et Crystal Palace auraient déjà exprimé leur intérêt.

Le géant Harry Souttar domine ces qualifications, par la taille et le talent.

Le profil du solide défenseur pourrait se résumer à sa taille évidemment au-dessus de la moyenne. Son mètre 98 lui sert dans le jeu aérien, où il est dominateur, mais il a développé des qualités bien au-delà de son jeu de tête. Toujours sûr pendant 90 minutes, Souttar fait très peu d’erreurs. Il préfère le jeu de passes précis aux dégagements ‘’à l’anglaise’’ et n’hésite pas à alterner passes courtes et longs ballons, dans les airs ou à terre dans la profondeur.

Sa frappe de mule est aussi très utile sur coup-franc indirect. Sa principale qualité est sans aucun doute sa régularité et sa concentration : Souttar est toujours bien placé, a un sens de l’anticipation inné et ne semble jamais être pris de cours. Ses prestations ces derniers matchs avec les Socceroos lui ont valu un poste de titulaire indiscutable, et à seulement 22 ans, sa marge de progression est encore énorme. La découverte de la Premier League en 2022 pourrait révéler une autre dimension du défenseur.

Jackson Irvine, queue de cheval et moustache

Difficile de ne pas reconnaître le faciès du joueur né à Melbourne quand il entre sur un terrain. Formé dans sa ville natale, il rejoint le Celtic Glasgow en 2010, à 17 ans. Convaincant dans les équipes jeunes, il n’a pas réussi à se faire une place au soleil en équipe première. Après quelques années entre Championship (Burton Albion, Hull) et première division écossaise (Ross County, Hibernian), il atterrit cet été en D2 allemande, au club historique de Sankt Pauli.

Irvine s’adapte parfaitement au style de jeu développé par Timo Schultz et a connu la victoire 4 fois en 5 matchs avec son club, aujourd’hui en tête de la 2. Bundesliga. Il a lui aussi porté les couleurs de la sélection écossaise en U19 (son père est né à Aberdeen) mais a ensuite déclaré qu’il voulait jouer pour l’Australie, où il a fait ses débuts en 2013. 36 sélections et 6 buts plus tard, il est un élément clé du milieu de terrain de l’équipe de Graham Arnold, par son expérience mais aussi son énergie sur le terrain.

Jackson Irvine (#22), l’âme du milieu Vert et Or.

Cette énergie a toujours été sa marque de fabrique : milieu récupérateur infatigable, aboyeur si besoin, il ne rechigne jamais à la tâche et est le premier à encourager et bouger ses troupes pendant les matchs. Sa technique juste et simple lui permet aussi d’exister dans les petits espaces. Aussi à l’aise en milieu défensif droit dans le 4312 de Sankt Pauli que dans l’axe dans le 4231 de l’Australie, Irvine épouse surtout le rôle de ratisser en sélection, laissant la créativité à Aaron Mooy, Tom Rogic et Ajdin Hrustic.

Et le milieu de terrain ne tarit pas d’éloges sur la qualité des Socceroos cette année. Dans un entretien accordé à FTBL, il avouait tout bonnement : « J’ai l’impression que c’est la sélection la plus forte avec laquelle j’ai joué. Tout le monde est à fond dans cette mentalité de gagneur qu’on a bâtie ces deux dernières années. » Entre la lutte pour la promotion en Bundesliga, les qualifications pour le Coupe du Monde, et, espérons-le, la compétition FIFA elle-même en fin d’année, 2022 s’annonce comme un grand cru pour Jackson Irvine.

Ajdin Hrustic, le Beckham gaucher

Le milieu box-to-box de l’Eintracht Frankfort ne s’en cache pas, Becks est son idole depuis tout jeune. Il a suivi (presque) toutes ses coupes de cheveux, a choisi son numéro 7, mais la leçon la plus importante qu’Ajdin ait apprise de son modèle, c’est l’importance de travailler toujours plus. Le dur labeur a porté ses fruits, un soir de juin contre le Koweit, quand à la 65ème minute, Hrustic a nettoyé les toiles d’araignées de la lucarne du gardien adverse sur un coup-franc de 25 mètres. Son premier but avec les Socceroos. De bon augure pour la suite de l’année.

C’est sans surprise qu’à la reprise de la Bundesliga, il joue un rôle plus important que la saison dernière avec Frankfort. Titulaire 5 fois avec le club allemand, il est aussi entré en jeu lors de la victoire des siens sur le terrain du Bayern. La récompense est belle pour le jeune de South Melbourne passé par Schalke 04 en catégories jeunes avant de s’épanouir à Groningen aux Pays-Bas. Il y connaît ses débuts professionnels à 20 ans avant de rejoindre la Bundesliga 4 ans plus tard. De part ses origines, il aurait pu représenter la Roumanie ou la Bosnie-Herzégovine (qui l’a contacté en 2017), mais il choisit l’Australie, et en 2021, il s’impose enfin comme un des leaders des Vert et Or.

Ajdin Hrustic et sa patte gauche ont fait parler d’eux contre le Japon.

Avec les Socceroos, il a évolué cette année dans le couloir droit, en 10 excentré, ou, comme on l’a vu pendant les derniers matchs, dans un milieu à 3 avec Irvine et Rogic ou Mooy. Contre Oman, il jouait aux côtés d’Irvine, un cran en-dessous de Rogic, puis est passé 10 quand Mooy a remplacé ce dernier. En club, son positionnement a évolué de manière parallèle. D’abord ailier droit, puis milieu droit, où son pied gauche était utile pour rentrer dans l’axe, il est cette année replacé plus bas et dans l’axe. Son abattage défensif incessant est à l’origine de ce replacement, qui semble plus adapté à ses qualités. Si Hrustic possède un pied gauche aussi puissant que précis, il ne se fait pas prier pour aller au duel et s’est découvert un don à la récupération. A la plus grande joie de ses entraîneurs.

Au cœur du jeu, il se rend toujours disponible pour les premières relances, et sa technique naturelle lui permet d’évoluer dans les espaces denses sans pression. Face au jeu, il devient un véritable meneur bas, capable d’orienter le jeu latéralement mais aussi de casser les lignes avec aise. Dur aussi de passer à côté de ses coups de pied arrêtés. Il les prend tous en sélection, et son splendide coup-franc contre le Japon montre tout le travail de Hrustic pour être de plus en plus décisif. Révélation australienne de 2021, il est aussi, dans l’effectif de Graham Arnold, le seul titulaire à part entière dans un club du big 5. Et le sélectionneur australien entend bien en faire son leader technique à la prochaine Coupe du Monde…

Awer Mabil, la puissance de la data… et du dégradé au couteau

Même s’il aimerait que les médias soient plus intéressés par ses exploits sur le terrain, l’histoire d’Awer Mabil est extraordinaire, et souvent la raison des nombreuses demandes d’interview qu’il reçoit. Né et élevé dans un camp de réfugiés soudanais au Kenya, il arrive en Australie à l’âge de 5 ans. Il connaît une adversité que peu auront vécu, mais il ne veut pas qu’elle le définisse. « Je ne joue pas que pour les réfugiés, je veux représenter tous les australiens, disait-il en 2020. Je ne veux pas que les gens aient pitié de moi, je veux qu’il prenne ma force. Je n’ai pas été malheureux, je n’ai pas manqué de chance. J’ai appris énormément, de la vie, et de ma mère. »

Après avoir impressionné en jeunes en Australie-du-Sud, il est repéré par le seul club professionnel de l’Etat, Adélaïde United, avec qui il fait ses débuts à 17 ans en 2013. Lors d’un essai non-fructueux à l’Ajax en janvier 2015, il tape dans l’oeil des scouts du FC Mitdjylland. Le club, que nous vous avons présenté en début de saison, est connu pour ses innovations en termes de formation et d’utilisation de la data, outil utilisé notamment lors du recrutement de Mabil, 19 ans à l’époque. Sa créativité, sa capacité à éliminer en un contre un, sa vitesse d’exécution mais aussi la justesse de ses passes et son intelligence de jeu sont tout autant de facteurs qui ont convaincu les Danois. Proche de quitter le club cet été après 6 ans au Danemark (dont 2 en prêt), l’ailier est aujourd’hui utilisé dans la rotation en Superliga.

Awer Mabil après le but qui a lancé les siens contre Oman.

Avec les Socceroos, il est un titulaire presque indiscutable sur le front de l’attaque, en apportant des solutions qui ont terriblement manqué à l’Australie jusqu’à son arrivée. Cette vitesse et son envie de provoquer pour faire la différence, mais aussi son sens du but. Il a inscrit 6 unités en 20 sélections, 2 sur les 3 dernières. Sur le flanc gauche de l’attaque, il alterne le rôle de pur ailier collé à sa ligne et celui de milieu offensif. Il met à son profit sa capacité à solliciter la balle dans les demi-espaces, plus proche de son avant-centre.

Lorsque le sélectionneur utilise un faux 9, Mabil se retrouve parfois plus haut sur le terrain. Une position qui lui permet d’être décisif, comme contre Oman début octobre. Son activité sur l’aile permet à l’Australie d’étirer ses adversaires sur la largeur et offre de l’espace pour ses milieux du terrain. Particulièrement craint par ses adversaires, il attire souvent deux défenseurs quand il est en position de déborder. Son entente avec Aziz Behich sur le côté gauche est aussi une arme importante dans l’arsenal de Graham Arnold. Mabil fait l’unanimité sur et en-dehors du terrain chez les Socceroos. Il est capable de créer le danger à chaque touche de balle, et sa forme n’est pas étrangère aux récents succès australiens.

Jamie Maclaren, beaucoup de tatouages… encore plus de buts!

Le 3ème joueur de cette série à avoir presque porté le maillot bleu foncé de la sélection écossaise est un des buteurs les plus prolifiques du championnat australien. Jamie Maclaren, absent des derniers rassemblements avec les Socceroos à cause du confinement en Australie, n’en est pas moins un des membres les plus importants. Comme d’autres buteurs avant lui, il éclot sur le tard. Né en Australie, J-Mac est formé en Angleterre aux Blackburn Rovers, mais rentre au pays à 20 ans pour ses débuts professionnels avec le Perth Glory. Un an plus tard, la machine à marquer se met en route. 10 buts en 23 matchs avec le Glory en A-League, et 11 buts en 5 matches (!!) dans la compétition locale, en Australie de l’Ouest.

Il signe au Brisbane Roar en 2015, inscrit 18 buts la première année, et 19 la seconde. Il est récompensé par son premier trophée de meilleur buteur de A-League en 2016 et obtient sa première sélection. Après 2 ans moins réussis en Europe, il rejoint Melbourne City en janvier 2019, où ses stats affolent les compteur. Maclaren inscrit 53 buts en 58 rencontres toutes compétitions confondues, et remporté deux nouveaux Golden Boots. Il célèbre son retour en sélection en 2019 avec un triplé contre le Népal et un but contre Taipei, puis un autre but contre Taipei lors du rassemblement suivant, 2 ans plus tard. Il a pour l’instant inscrit 6 buts en 18 capes avec l’Australie.

Jamie Maclaren, machine à buts de Melbourne City.

J-Mac est un attaquant comme on en fait de moins en moins. Peut-être parce que son profil serait ignoré par les recruteurs contemporains. 1m79 ‘’seulement’’, vif sans être le plus rapide sur le terrain, techniquement sûr mais pas fin dribbleur, son principal talent est son positionnement. Ses statistiques avec Melbourne City cette saison disent tout : 16 des 18 buts qu’il a inscrit dans le jeu en 2021 l’ont été sur sa première touche de balle. Il est toujours au bon endroit au bon moment.

Ajoutez à cela les nerfs nécessaires pour convertir 6 penaltys, et la technique requise pour un coup-franc direct, et le portrait de Maclaren se dessine doucement. Il a le sens du but, cette compétence si difficile à quantifier. Tous ses buts sont marqués de l’intérieur de la surface de réparation, ce qui souligne son intelligence tactique. Il se rend disponible pour ses partenaires dans la zone de vérité, quelques soient les circonstances.

Son principal fait d’arme en A-League cette année est le quintuplé qu’il a inscrit contre les rivaux du Victory. Pressenti un temps en Europe, il jouera encore en A-League en 2021/22. En sélection, son sens du but est peut-être ce qui manque à l’équipe de Graham Arnold, qui malgré les résultats, n’a pas de vrai numéro 9 en son absence. Son retour, en novembre sûrement, est attendu. Si J-Mac est capable de garder le rythme de ses deux dernières années devant les buts, la Coupe du Monde 2022 pourrait être le théâtre de la consécration pour le natif de Sunbury, près de Melbourne.

La dernière fois qu’on parlait de génération dorée en Australie, Harry Kewell, Mark Viduka, Mark Schwarzer et Mark Bresciano étaient les stars de la sélection. Ils étaient tous titulaires dans de grands clubs européens. L’équipe nationale actuelle est peut-être moins connue sur le Vieux Continent, elle n’en est pas moins pétrie de talent, et dirigée de main de maître par Graham Arnold. Avec de jeunes joueurs qui poussent pour leur place au soleil (Denis Genreau, Connor Metcalfe, Joel King et même Alou Kuol), l’horizon a rarement été aussi ensoleillé au pays des kangourous. La Coupe du Monde au Qatar pourrait voir l’Australie recréer l’exploit de 2006 et passer les poules, avec, espérons-le, un peu plus de chance à l’arrivée… En Allemagne, les Australiens étaient sortis par les Italiens en seizième sur un pénalty (imaginaire) transformé par Totti, à la 95ème minute.

Crédit photos : Getty Images

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