Asie

Entretien avec Margot Robinne : « En Australie, le foot et rien d’autre »

Ancienne pensionnaire de première division avec Montigny-Le-Bretonneux et de l’Equipe de France Universitaire de Futsal, Margot Robinne a tenté l’aventure australienne en 2017. Si elle s’est d’abord contentée de jouer en compétitions régionales, elle est la première (et à ce jour, la seule) footballeuse française à devenir professionnelle en Australie, en 2020, avec Melbourne City. Aujourd’hui joueuse de Canberra United, elle sort de sa première saison complète.

Son ascension au plus haut niveau

La seule représentante bleu-blanc-rouge de la Liberty A-League Women se souvient de son premier contrat pro comme si c’était hier. « J’appelle mes parents et je leur dis : ça y est, c’est le rêve, je peux enfin me focaliser sur le foot et rien d’autre. » C’est à Melbourne City qu’elle découvre le monde professionnel en 2020. Installée dans la capitale de l’état du Victoria depuis 3 ans, elle a fait ses gammes dans le championnat régional d’abord, où elle impressionne. En 2019, en NPLW (National Premier League Women’s – le plus haut niveau régional, mais aussi le meilleur niveau après les professionnelles), avec Bayside United, la numéro 10 inscrit 16 buts en 16 matchs.

Robinne raconte : « Je signe avec une équipe de NPLW en espérant que mes performances convaincront les clubs de W-League (ancien nom de la Liberty A-League Women, ndlr). Je suis une travailleuse de l’ombre. Je me dis que si je joue bien et que je marque des buts, ils viendront me chercher.  Mais c’est compliqué pour une étrangère sans agent de signer en W-League. » La Française force donc son destin et contacte Melbourne City, où elle paraphera son premier contrat. Elle se dirige ensuite vers la capitale, Canberra, seule ville en Australie avec une franchise de football féminin sans pendant masculin. C’est le grand saut pour Robinne.

« Déjà, le professionnalisme nous permet de pouvoir faire ça à plein temps. À Melbourne City, tu ne penses à rien d’autre que tes entrainements, tout est géré pour toi à côté, tout est organisé pour toi. Physiquement et mentalement, quand tu ne fais que ça, ça change tout. Je comprends maintenant pourquoi je prenais des 11-0 par Lyon à l’époque ! »

Margot Robinne a joué contre l’Olympique Lyonnais, et les autres écuries hexagonales, plus tôt dans sa carrière. De 16 à 22 ans, elle porte les couleurs de Montigny-Le-Bretonneux, où elle inscrit 53 buts en 120 matchs, en 5 saisons en D2 et une en D1. Elle se blesse au genou ensuite, puis signe à Rouen pour une saison presque rêvée. 7 buts en 6 matchs de Coupe de France, que son équipe quitte après une défaite contre les Lyonnaises en demi-finale, et 10 buts en 21 matchs de championnat, mais encore un pépin physique pour la freiner.

Une courte aventure à Toulouse ne la comble pas, et elle tente la grande aventure, le voyage de 20 000 kilomètres, sur les conseils d’une amie. « Je l’ai rencontrée quand je jouais à Rouen et en équipe de France de futsal, confie Robinne. Elle a fondé des académies de football féminin à Melbourne et m’a invitée à venir bosser avec elle. » Cinq ans plus tard, la numéro 8 de Canberra United ne regrette pas. « L’expérience en Australie c’est parfait, pour une joueuse comme moi. Maintenant je suis bilingue, et j’ai découvert le monde professionnel, les matchs à la télé, mieux diffusés qu’en France, mêmes des matchs en clair sur des chaines nationales ! On parle un peu plus du football féminin ici. Si tu compares le niveau de la ligue et la couverture médiatique, c’est beaucoup plus intéressant ici. »

Cette saison à Canberra United

Canberra United est un club de football féminin présent en Australie depuis la conception de la A-League Women, en 2008. Vainqueurs de la Grande Finale des play-offs en 2012 et 2014, le club de la capitale finit aussi ‘Premier’ (en tête du championnat avant les finales) en 2011-12, 2013-14 et 2016-17. Seul Sydney FC fait mieux en gagnant sa 4ème couronne en mars 2022. En 2020-21 d’ailleurs, les Vertes perdent en demi-finales contre Sydney. Robinne n’a pas rejoint ce club par hasard. « Ce que j’ai beaucoup apprécié, et ce que j’étais venue chercher, c’était la culture de Canberra. L’état d’esprit sur le terrain est génial. Ce sont des joueuses qui vont bosser ensemble et ça donne vraiment envie. C’était comme ça dès le début. »

L’exercice 2021-22 ne démarre pas idéalement pour les coéquipières de Michelle Heyman, la meilleure buteuse de l’histoire de la compétition australienne, qui a encore trouvé 9 fois le chemin des filets en 2022. Les Vertes doivent patienter jusqu’à la 10ème rencontre (sur 14) pour enfin fêter une victoire. « On change presque la moitié de l’équipe à l’intersaison, décrit Robinne. On a une équipe jeune en termes d’expérience et qui est celle qui fait le plus de matchs nuls (7). On joue bien, on a la possession, mais on manque d’efficacité. Puis on a beaucoup encaissé. »

Après le match contre Melbourne Victory, tenantes du titre en Liberty A-League Women (2-2 score final, alors que Canberra menait 2-0)

« La mayonnaise a pris, continue la Française, et pas seulement quand on gagne enfin. Michelle (Heyman) me disait à la fin du 3ème match, ‘on tire autant de fois en un match qu’en 5 ou 6 l’année dernière.’ La différence c’est que l’année dernière, elles marquaient et gagnaient des matchs. Je disais aux filles, on va gagner je le sais, je ne sais pas quand, mais on va gagner, c’est sûr. Elles me disaient que l’année dernière, elles avaient cette chance qui nous a fui cette année. » Les espoirs de se retrouver en demi-finales presque éteints à la mi-saison, l’esprit d’équipe cher à Canberra United ne change pas.

« On a toujours été “comme ça” (elle fait un signe qui signifie ‘soudées’ avec les mains), confirme Robinne. Victoire ou défaite, on a toujours été positives. Chaque semaine on disait, on va gagner cette fois, puis on ne gagnait pas. C’était comme un blocage. Dès qu’on a mis les occasions au fond, on a fait la différence. Les stats de tous les matchs montrent qu’on aurait pu espérer mieux. Contre Victory par exemple, notre avant-dernier match, on tire 25 fois au but, et on ne marque pas. 0-0 sur le papier contre les championnes en titre, c’est un bon résultat, mais c’est frustrant encore une fois. »

L’autre franchise qui a le plus impressionné le milieu de terrain expatrié est Sydney FC. Premier en 2022, et qualifiées pour la Grande Finale, les Sky Blues ont survolé le championnat. « Elles jouent ensemble depuis des années, ça se voit. Elles savent ce qu’elles font, elles savent comment elles défendent, elles savent comment attaquer. Ce n’est pas que des individualités, c’est un groupe, elles sont confiantes dans tout ce qu’elles font. Tout le monde connait son rôle. Ça ne m’étonne pas qu’elles aient ces résultats-là. Dans certains clubs, quand le banc entre, la qualité descend un peu, mais à Sydney ça ne change pas. Tu vois que c’est un groupe. »

L’Australie, vraiment aux antipodes

Le football en Australie a, comme partout, ses codes et ses spécificités culturelles. Sa principale caractéristique : le jeu direct. Robinne l’a compris rapidement. « J’aime le football de possession, je voulais aller en Espagne à l’époque où je jouais en France. J’aime ce football, faire tourner, garder le ballon, trouver les petits espaces. En Australie, j’ai dû m’adapter. Tu cours beaucoup, la manière de jouer est différente. Physiquement, à 30 ans, je suis à mon top de ces 5 dernières années. J’ai beaucoup bossé et je continue à bosser beaucoup. Je suis allée voir la kiné au début de la saison, en lui disant qu’on allait devoir beaucoup bosser ensemble pour que je me sente le mieux possible. »

Ce football plus direct, plus physique aussi, passe par du temps dans les salles de gym. « En France, on est sur la technique et la tactique, on est toujours balle au pied, explique Robinne. Ici, ce n’est peut-être pas aussi bon techniquement, mais physiquement, c’est un autre monde. Les joueuses sont de vraies athlètes, plus qu’en France. D’ailleurs des joueuses d’ici, comme Emma Checker et Jenna McCormick, quand elles sont parties jouer en Europe et ont vu les salles de musculation en France et en Espagne, elles ont rigolé. »

Les différences se situent aussi au niveau de la culture. « Nous les Français, on est un peu grognons, plaisante Robinne. Ici, et partout en Australie, les Australiens sont hyper positifs. Tu viens de prendre 3-0 et on te dit ‘tu as super bien joué’. Moi je me dis, non, je n’ai pas bien joué, on a perdu 3-0. Ils ont une capacité à tout rendre positif. Les joueuses continuent à prendre du plaisir, à être ensemble, à jouer ensemble. La positivité ici a été super importante pour l’état d’esprit. »

Robinne est convaincue que son avenir proche est au pays des kangourous. « Cela fait longtemps que je n’ai pas vu ma famille. Je vais rentrer en France, puis je reviendrai, et je me préparerai pour la saison prochaine, et j’espère rejouer à Canberra United. Je ne sais pas ce que l’avenir me prédit mais tant que je peux jouer je jouerai. Même si je peux coacher, tant que je peux jouer au haut niveau, je jouerai, je suis une compétitrice. Je vais devenir citoyenne australienne, et après on verra. Je suis venue au départ pour 1 ou 2 ans, mais maintenant ma vie est ici. »

C’est une aventure qu’elle recommande à des joueuses qui auraient des envies d’ailleurs. « J’avais des offres de clubs de D1 pendant 3-4 ans, se rappelle la Française. J’ai refusé, puis le temps passe et plus rien. Si tu réalises que tu as un peu raté le train et que l’écart est un peu trop grand, l’Australie, c’est parfait. Mon expérience en France m’a servi à apporter des nouvelles idées, j’ai eu la chance de trouver ce club qui était ouvert à de nouvelles choses et qui avait confiance en moi, par mes performances de joueuse. J’ai commencé à travailler en tant que directrice technique à Bayside, avec un groupe de coachs super ouverts à de nouvelles idées et de nouvelles façons de travailler. » Ce genre d’opportunité, monnaie courante en Australie, même au plus haut niveau régional, semble presque impossible à envisager en France.

En cinq ans, Margot Robinne a construit une vie en Australie, et une carrière en A-League Women. La Française utilise son passé au haut niveau hexagonal pour s’ouvrir le plus de portes possibles. 2022-23 sera une saison spéciale dans l’Hémisphère Sud. Elle se finira en apothéose, par une Coupe du Monde en Australie et Nouvelle-Zélande. Au vu des qualités et des performances de Robinne, nul doute qu’elle sera là pour aider ses coéquipières à aller chercher une place chez les Matildas, et jouer la Coupe du Monde à la maison.

Crédits photos : Getty Images

Entretien avec Margot Robinne : « En Australie, le foot et rien d’autre »
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