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Quel avenir pour les “franchises fondatrices” de la MLS ?

Lors de la saison inaugurale de la Major League Soccer en 1996, dix équipes débutaient comme “franchises fondatrices” du championnat : Colorado Rapids, Dallas Burn, Kansas City Wiz, Los Angeles Galaxy, San Jose Clash dans la conférence Ouest et Columbus Crew, DC United, New York/New Jersey MetroStars, New-England Revolution ainsi que Tampa Bay Mutiny à l’Est.

Elles ont donc été les premières à intégrer la MLS jusqu’à l’apparition de nouvelles équipes en 1998 : Chicago Fire et Miami Fusion. Les franchises d’expansions naissaient alors, permettant au championnat d’accroître son nombre de participants avec tous les avantages économiques et sportifs que cela engendre. Sportivement justement, ces nouvelles équipes s’avèrent être de plus en plus compétitives au fil des années. Alors quel avenir cela offre-t-il aux premières franchises ? Sont-elles en danger comme Tampa Bay Mutiny disparu en 2001 ou vont-elles s’adapter pour retrouver leur glorieux passé ? Eléments de réponses !

Les équipes fondatrices en perte de régime

Lorsque l’on cherche les équipes les plus titrées, deux noms sortent du lot : DC United et LA Galaxy. Avec respectivement quatre et cinq MLS Cup dans leur armoire à trophée, elles sont celles qui ont remportées le plus de fois le titre avec en troisième position Houston Dynamo qui l’a remporté à deux reprises.

Diffusion de la Coupe MLS 1996
La première finale de MLS a été disputée entre deux des plus grandes équipes fondatrices du championnat : DC United et LA Galaxy dont le match a été rediffusé sur les réseaux sociaux en 2016 pour commémorer les 20 ans de ce match !

De 1996 à 1999, DC United a régné sans partage ou presque sur la MLS. Je précise “ou presque”, car en 1998 et après avoir remporté les deux premiers titres de l’histoire, la première franchise d’expansion, Chicago Fire, remporte le trophée pour sa première année d’existence en l’emportant en finale contre DC United ! L’année suivante, c’est cette même équipe basée à Washington qui s’est adjugée le 3ème titre national en quatre année d’existence. Les prochaines équipes d’expansion n’arrivant qu’en 2005, les “fondatrices” du championnat nord-américain remportent les titres entre elles avec LA Galaxy (2), San Jose Earthquakes (2) ou encore Kansas City Wizards (ancien nom de Sporting Kansas City jusqu’en 2010). Mais sept ans après l’entrée de Chicago en MLS, Philip Anschutz, le propriétaire (ancien ou actuel via Anschutz Entertainment Group) de Colorado Rapids, Chicago Fire, San Jose Earthquakes, Dynamo, New York / New Jersey MetroStars, DC United et surtout LA Galaxy permet la venue de Chivas USA comme seconde équipe à Los Angeles. L’équipe affiliée à l’équipe de Liga MX, CD Guadalajara, devient alors la onzième équipe de la MLS (après les disparitions de Miami Fusion et Tampa Bay Mutiny en 2001) et arrive en même temps que Real Salt Lake. Cette vague d’expansion est alors impulsée par la Coupe du Monde 2002 réussie par les États-Unis qui atteignent alors les quarts de finale de la compétition.

Après la première réussite du Fire, l’autre gros coup de force d’une équipe d’expansion est venue de Houston Dynamo. Son entrée en MLS est assez tirée par les cheveux mais pour résumer, fin 2005, les propriétaires de San Jose Earthquakes décident de déménager de la Californie au Texas. Destination Houston donc pour la franchise de Dwayne de Rosario et compagnie qui pour leurs deux premières saisons (2006-2007) raflent la MLS Cup à chaque fois contre New-England Revolution. Les Earthquakes ne réapparaîtront qu’en 2008 après que Toronto FC n’ai été la toute première franchise canadienne à intégrer la Major League Soccer une saison plus tôt. Par la suite, l’expansion continue chaque année tout en voyant différentes équipes remporter le championnat, surtout les franchises fondatrices (Columbus Crew en 2008, Colorado Rapids en 2010), à l’exception de Real Salt Lake en 2009. Jusqu’en 2014, elles sont alors sans partage entre la victoire finale de Sporting Kansas City en 2013 et la domination de LA Galaxy qui soulève la MLS Cup trois fois entre 2011 et 2014. Les clubs sont alors mieux structurés et avec plus de moyens, les nouveaux arrivants peinaient à se qualifier pour les play-offs et se faisaient éliminer dès le premier tour lorsqu’ils y arrivaient.

La grande équipe perdante de ces vingt premières années de championnat est sans doute New-England Revolution, qui s’est fait remarqué en ayant perdu cinq finales dont trois d’affilés en 2005, 2006 et 2007 !

En 2021 avec l’arrivée d’Austin FC et une expansion qui progresse année après année, on se retrouve avec plus d’équipes d’expansions (17) que de “fondatrices” (10) et donc numériquement, les nouvelles équipes ont presque une chance sur deux de remporter le championnat. Mais le tournant n’est arrivé qu’à partir de la saison 2015 et la victoire de Portland Timbers arrivé en 2011 seulement face à Columbus Crew.

Depuis cette année-là, aucune des dix premières équipes n’est arrivée ne serait-ce qu’en finale de la Coupe hormis Columbus qui a gagné la dernière édition en 2020.

Lors de son entretien avec nous, Pedro Santos l’ailier de Columbus nous a parlé de la MLS Cup remportée en 2020 alors que le club avait vécu des moments difficiles ces dernières années.

Au détriment des expansions ?

Le projet d’expansion de la Major League Soccer ne cesse de grandir au fil des années et particulièrement depuis les années 2010. En effet, en à peine dix ans, le nombre de nouvelles équipes à doublé par rapport aux quinze premières années couvrant ainsi presque la totalité du pays.

Les réussites marquantes de ces équipes fraîchement débarquées des divisions inférieures ou créées de toute pièce pour l’occasion sont de plus en plus nombreux :

  • Chicago Fire champion lors de sa 1ère année en 1998 (avec Bob Bradley comme entraîneur (auparavant adjoint à DC United champion en 1996 et 1997 NDLR) et des joueurs comme le milieu de terrain Chris Armas, le gardien emblématique Jorge Campos ou encore l’attaquant MVP 1998 Piotr Nowak pour ne citer qu’eux).
  • Houston Dynamo vainqueur de la MLS Cup dès leurs deux premières saisons (2006-2007).
  • La domination (presque) sans partage de Seattle Sounders avec quatre finales sur les cinq dernières éditions dont deux victoires finales en 2016 et 2019.
  • Atlanta United a gagné le titre deux ans seulement après leur arrivée.
  • LAFC a remporté le Supporters’ Shield dès sa 2ème saison (2019) échouant en Finale de Conférence.
  • Durant les MLS Cup de 2016 à 2019, les affiches étaient composées uniquement d’équipes d’expansions.
  • Donc spirale de cinq saisons d’affilées (2015-2019) lors desquelles les équipes d’expansions (4 différentes) ont remporté la finale, série brisée en 2020 par Columbus Crew.

Ce phénomène d’adaptation de plus en plus rapide peut s’expliquer de plusieurs façons. Déjà, les nouvelles équipes arrivantes sont de plus en plus créées de toute pièce comme Atlanta, LAFC, l’Inter Miami ou encore prochainement Austin FC. Ainsi, elles peuvent se structurer intelligemment avec des moyens financiers importants que cela soit en terme de recrutement, d’infrastructures ou encore d’encadrements.

Après être arrivé en 2017 en MLS, Atlanta United remporte la MLS Cup en 2018 et l’US Open Cup en 2019. C’est un exemple pour toutes les nouvelles franchises en beaucoup de points.

Ainsi, si on veut parler chiffres (car les hommes mentent, mais pas les chiffres) sur les 25 éditions de la Coupe MLS, 16 ont été remportés par des équipes qui ont été les premières à intégrer le championnat et 9 par des expansions. Mais lorsque l’on regarde les champions de plus prêt, au total 7 équipes sur 13 qui ont remporté le trophée sont des nouvelles et surtout 4 d’entre elles l’ont gagné entre 2015 et 2019.

Alors comment expliquer cette concurrence de plus en plus féroce de la part de ces équipes ? Déjà, la plupart sont de mieux en mieux structurées lors de leur arrivée. L’exemple le plus concret est Atlanta United. Qualifiés pour les play-offs dès leur saison inaugurale, ils ont éblouie le soccer nord-américain grâce à un mélange de joueurs expérimentés (Jeff Larentowicz, Michael Parkhurst, Brad Guzan) mais aussi de jeunes joueurs talentueux et sud-américains (Miguel Almiron, Josef Martinez, Hector Villalba) qui leur ont ensuite permis de remporter le titre dès la saison suivante ce qui est un exploit en soit. Le tout en jouant à domicile au Mercedez-Benz Stadium, l’un des plus beaux stades du monde à la pointe de la technologie ! Depuis 2018, Los Angeles FC suit leurs traces et pourrait prétendre à une victoire dans les années à venir grâce à un mélange de jeunesse talentueuse (Diego Rossi) et d’expérience (Carlos Vela).

D’autres équipes, elles, viennent des divisions inférieures et mettent plus de temps avant d’éclore comme Toronto FC (depuis 2007), Seattle Sounders (arrivé en 2009) et Philadelphia Union (depuis 2010) mais elles progressent dans le bon sens en remportant des trophées (MLS Cup pour les deux premiers cités et le Supporters’ Shield plus récemment en 2020 pour Philadelphie).

Une chose est sûre, une grande partie des équipes de la MLS se structurent de mieux en mieux via les stades, les centres d’entraînements, le recrutement, mais force est de constater que cela touche majoritairement les expansions.

Alors quels avenir ont-elles dans le paysage MLS ?

Le but des LA Galaxy, FC Dallas, Colorado, New-England et consorts est donc de se renouveler et surtout s’adapter. Chacun le fait à sa manière : New York Red Bulls et surtout Dallas avec la formation, LA Galaxy avec les stars ou encore New-England avec une politique de recrutement plus intelligent et qui évolue.

On voit clairement que certaines franchises progressent quand d’autres stagnent sans réussir à passer le cap. Et heureusement pour elles que la relégation n’existe pas. Prenons les exemples de San Jose et Colorado : ces deux équipes ont à de nombreuses reprises frôlés les dernières places et seraient descendues si une deuxième division existait. Mais comme ce n’est pas le cas, les cartes sont redistribuées chaque année leur permettant de se renforcer pour la saison suivante. Et on peut dire que les Rapids ont commencé à prendre ce pli alors qu’ils étaient en perte de régime depuis leur seul titre remporté en 2010 et une régularité certaine en play-off jusqu’alors ! On peut d’ailleurs légitimement penser que cette chute coïncide avec l’émergence des expansions. Mais depuis 2020, les voilà de nouveaux compétitifs avec comme espoir de retrouver une place importante dans la Conférence Ouest grâce à une équipe de plus en plus compétitive !

Celle qui semble s’être très bien adaptée pour l’instant est Columbus Crew, champion en titre 2020 ! Alors que l’équipe de l’Ohio était menacée de disparaître il y a quelques années de ça, les voilà qu’ils gagnent leur seconde étoile après 2008.

Il serait trop long de décrypter l’évolution de tous les clubs qui fêteront leur 26ème année dans le championnat mais une chose est notable, certains arrivent mieux à se démarquer et s’adapter que d’autres ce qui n’est pas pour déplaire aux nouveaux arrivants. Attention donc par exemple à l’Inter Miami CF et Austin FC qui réalisent des recrutements plus qu’intelligents et auront leur mot à dire prochainement ainsi qu’éventuellement aux autres expansions, déjà en place ou non, mais qui joueront de plus en plus crânement leurs chances pour accéder aux play-offs comme Atlanta United il y a quelques saisons. Attention aussi au réveil d’équipes historiques comme LA Galaxy et DC United, qui commencent à renaître de leurs cendres…

Crédits photos : DC United / Atlanta United

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