Amérique

Sergio Agüero, cœur de champion

Les belles histoires ont toujours une date de péremption et ne s’éteignent que rarement dans l’allégresse et la joie. Dans le cas de Sergio Agüero, c’est même le contraire.

Depuis mercredi midi, après une conférence de presse morose, le Kun a dit adieu au football et à la pelota qu’il chérit tant. La faute à une fragilité cardiaque qui s’est réveillée vingt ans après une première manifestation et qui l’oblige désormais à raccrocher les crampons. Entre tout ça, pourtant, il y a une carrière. Un parcours formidable, qui l’aura guidé des terrains vagues de sa ville de Quilmes jusqu’à la mythique pelouse du Camp Nou. À l’heure où Sergio Agüero tire sa révérence, il paraissait nécessaire de regarder dans le rétroviseur et de revenir là où tout a commencé, en Argentine.

Quilmes, Kum-Kum le malicieux et Enzo Francescoli

Le football comme seul horizon

Le football regorge de belles et grandes histoires. De tristes et de tragiques aussi, malheureusement. Le point commun entre toutes ? Elles ont chacune un point de départ. Pour Sergio Agüero, la genèse de l’aventure s’écrit au sud de la capitale fédérale, le 2 juin 1988. Né à Quilmes, ville célèbre pour sa brasserie éponyme, le petit Sergio entame sa courte vie par une succession de déménagements. De González Catán où elle s’était installée, la famille Agüero file à Florencio-Varela, le fief de Defensa y Justicia, avant de poser définitivement les valises à Quilmes, dans une villa difficile mais surtout extrêmement dangereuse. « Dans ma villa, tout le monde marchait une arme sur soi » confiait-il lors d’une entrevue à Telemundo Deportes. « Ma famille avait peur que je meurs en prenant une balle perdue ».

C’est là-bas, en plein milieu des quartiers violents, que Sergio Agüero gagne ses premiers galons de footballeur. Comme à l’accoutumée en Argentine, tout se passe sur les potreros, des terrains vagues où les gamins argentins s’affrontent à coups de dribbles et de buts de folie, pour une bouteille de Manaos, quelques golosinas ou même quelques pesos. C’est aussi là-bas que Sergio gagne un nouveau nom, qui va lui coller à la peau le reste de sa carrière : le Kun. Un surnom tout simple qui provient d’un animé japonais, “Le malicieux Kum-Kum du passé lointain“, que Sergio regardait souvent. Sa grand-mère, qui trouvait que le héros ressemblait étrangement à son petit-fils, se met à le surnommer affectueusement ainsi.

Souvent scotché devant la télévision à dévorer des dessins animés, le Kun écoute aussi souvent la radio avec son père. Fan invétéré du Millonario de River, le padre fait profiter de sa passion à toute la fratrie Agüero et particulièrement au jeune Sergio, qui devient un fan absolu du grand Enzo Francescoli. À tel point que, lorsqu’il est sur le terrain avec ses amis, c’est le Principe uruguayen qu’il imite, et aucun autre ne trouve grâce à ses yeux d’enfant.

D’ailleurs, le football commence à prendre une place de plus en plus importante dans le vie du petit Kun. Son père, conscient du talent de son fiston, le pousse à faire des essais au quatre coins de la capitale. À Lanús tout d’abord, chez le Granate. Mais l’expérience tourne rapidement au vinaigre, comme il le racontait l’an dernier sur Twitch : « Je vais à la journée de détection à Lanús et je me retrouve au milieu d’autres enfants, assis par terre. Moi, je m’assois tout derrière. L’entraîneur arrive et demande le poste de tout le monde. Quand il me pose la question, en dernier, je dis “numéro dix”, se remémorait-il. Il me dit que le poste est déjà occupé et me demande si ça me plairait de jouer numéro quatre. Je n’avais pas l’habitude, je jouais dix ou neuf de base dans mon quartier. J’évolue tout le match comme défenseur central, en jouant comme je sais faire, en dribblant… Je rentre chez moi et mon père me dit : nous n’irons plus faire d’essai à Lanús. J’ai demandé pourquoi, mais même à cette âge-là, au fond de moi, je savais déjà que le Granate m’avait refusé. Ils m’avaient mis là comme prétexte pour me dégager plus facilement, ils ne cherchaient, de toute façon, que des grands défenseurs ». Mais le destin est taquin et malicieux, et le Kun ne va pas mettre très longtemps à rebondir.

La main du Mencho, l’œil du Cabezón

Avellaneda comme nouvelle maison

Pas découragé pour un sou et souhaitant toujours faire carrière dans le monde du football, le Kun, huit ans à peine, continue de multiplier les journées de détection. Après quelques tests, ici et là, le petit arrive chez le Rojo d’Avellaneda, à Independiente. Le premier tournant de son histoire. Là-bas, Sergio Agüero détonne complètement et impressionne un certain Agustín Balbuena. Œil avisé pour le compte du club, le Mencho Balbuena est immédiatement frappé par les qualités du jeune garçon et lui propose rapidement d’intégrer les équipes de jeunes du Rey de Copas. Le rendez-vous est pris et après quelques semaines, le Kun s’engage avec Independiente.

Les années suivantes sont tranquilles pour Sergio Agüero. Sous la houlette de Balbuena, puis de quelques autres, et faisant partie d’une génération prometteuse sur le papier (Óscar Ustari, Hernán Fredes…) le gamin poursuit sa progression fulgurante au sein du cocon rojo. Plusieurs fois champion avec les équipes de jeunes, il confirme toutes les belles promesses entrevues lors de sa détection. Rapide et habile avec ses deux pieds, Agüero peut marquer dans n’importe quelle position mais sait aussi faire jouer les autres. Un neuf pur, avec l’habilité technique et la vision de jeu d’un numéro dix. Le Kun n’a même pas quinze ans mais déjà, les Inferiores semblent être trop petites pour un joueur de son calibre.

Un très jeune Kun Agüero, ici sous le maillot d’Independiente, face au Gimnasia de la Plata.

Né un 5 juillet 2003

En 2003, ce gamin en or va taper dans l’œil d’une autre légende du football argentin : Oscar Ruggeri. Devenu coach chez l’Orgullo Nacional durant cette même année, Ruggeri opère de grands changements au sein du club, n’hésitant pas à écarter certaines légendes du club, comme le Rolfi Daniel Montengro. Cherchant en parallèle à injecter du sang neuf, le Cabezón flaire immédiatement le prodige qu’est Sergio Agüero et le fait monter en équipe première. Là-bas, rebelote. Agüero ne se démonte pas et fait comprendre à tout le monde, cuir au pied, que c’est un futur grand. « Il prenait le ballon et personne n’arrivait à lui enlever des pieds. Il allait même au contact physique, alors qu’il y avait des mecs bien plus costauds que lui » racontera Oscar Ruggieri quelques années après l’explosion d’Agüero.

Le 5 juillet 2003, les yeux sont braqués sur la Doble Visera d’Avellaneda. Ce soir-là, Independiente reçoit San Lorenzo dans son antre mythique. Sur le banc du Rojo, de nombreux gamins de la cantera sont présents : Guillermo Ayala (20 ans), Lucas Molina (19 ans), Rubén Salina (19 ans), Diego Ludueña (20 ans) et le Kun Agüero, âgé de quinze ans seulement. Après une première mi-temps très délicate, qui voit le Ciclón ouvrir le score, les journalistes se pressent sur le banc d’un Oscar Ruggieri visiblement contrarié par le déroulement du match. Interrogé sur une possible entrée du très jeune Sergio pour débloquer le match, l’ancien défenseur de l’Albiceleste ne se démonte pas : « Si je dois le faire entrer, je le ferai, je n’ai aucun problème avec ça ».

À la soixante-huitième minute, l’évènement historique se produit. Le Cabezón appelle le petit Sergio à la barre pour lui donner ses premières minutes de jeu en professionnel. Sur le bord du terrain, le gamin, très impressionné et un peu dépassé par les évènements, ne prend même pas la peine d’écouter les conseils et les consignes de son champion du monde de coach : « Je lui ai dit : sois tranquille, profites-en, amuse-toi et surtout ne t’inquiète pas, si il y a un problème, il n’y a qu’un seul responsable et c’est moi ».

Tu faisais quoi à quinze berges toi ? Bah Sergio lui, il entrait en jeu pour la première fois de sa carrière.

Cheveux courts, regard enfantin et maillot “Topper” beaucoup trop grand pour lui, le Kun remplace Emanuel Rivas, un autre jeune de la réserve. Numéro 34 sur les épaules, Kun Agüero floqué dans le dos, le jeune attaquant devient, à ce moment-là, le plus jeune joueur à débuter en première division, à quinze ans, un mois et trois jours. Il se paye même le luxe de battre ce record devant un autre pibe, devenu lui Pibe de Oro : Diego Armando Maradona. Ses premières minutes sont à l’image du gamin qu’il est encore : volontaires et talentueuses mais aussi brouillonnes et immatures. Sa première action ? Un tacle mal-maîtrisé après une perte de balle largement évitable. La seconde ? Une époustouflante feinte de corps qui laisse son vis-à-vis sur le carreau.

Malgré un bel apport, Independiente s’incline tout de même sur la plus petite des marges face à San Lorenzo. Pour les supporters du Rojo, bientôt orphelins d’un Gabriel Milito sur le départ pour l’Espagne, l’essentiel est ailleurs. Ils viennent de se trouver un nouveau joyau.

Le début de la Kun-mania

Le grand bazar

Après ses débuts en professionnel, le Kun est renvoyé en réserve pour parfaire son apprentissage. Osvaldo Sosa, qui a remplacé Oscar Ruggeri à la tête d’Independiente, ne renouvelle pas l’expérience pour la suite du championnat. En 2004, le Gato José Pastoriza, nouvel entraîneur du Rojo, lui accorde un peu plus de confiance et le fait même rentrer face aux Péruviens de Cienciano, en Copa Libertadores, histoire de battre un nouveau record de précocité. Cette année-là, il joue sept matchs, mais ne débloque toujours pas son compteur but.

Le 2 août 2004, le décès aussi triste que soudain de José Pastoriza oblige une nouvelle fois Independiente à trouver un nouveau coach. Daniel Bertoni, légende du club, est appelé au chevet de celui-ci pour limiter la casse, le temps de trouver un remplaçant au regretté Gato. Sous la houlette du Petete Bertoni, le natif de Quilmes se retrouve bombardé titulaire pour les quelques matchs restants du Tournoi d’Ouverture 2004 et découvre alors pleinement l’élite du football national.

L’intérim Bertoni se terminant, les dirigeants du Rojo jettent leur dévolu sur Pedro Monzón, autre grand joueur de l’histoire du club. Continuant le travail effectué sous les ordres de Petete, le Kun séduit le Moncho et se forge une petite place dans le groupe. Une persévérance qui va finir par payer pour le jeune attaquant. Le 26 novembre 2004, contre le Pincha d’Estudiantes, Agüero reçoit la balle des pieds du Pocho Federico Insúa. Un peu décalé sur la gauche, l’attaquant de poche se recentre, élimine un défenseur d’une feinte de corps et allume, aux abords de la surface, une mine qui vient se loger sous la barre transversale. Le but, son premier en pro, est somptueux. Le stade explose de joie comme un seul homme et l’histoire d’amour entre les golazos et Kun vient de commencer.

Malgré ce but, tout est encore à refaire pour le natif de Quilmes. Car, dans ses années-là, Independiente a un fâcheux penchant pour l’instabilité chronique. Entre 2003 et 2005, le club ne connaît pas moins de huit entraîneurs différents, ne facilitant pas la tâche pour un Sergio Agüero qui cherche à se faire sa place dans un effectif en constante métamorphose. Après le Moncho Pedro Monzón, c’est l’immense César Luis Menotti qui prend la tête du Rey de Copas, avant de claquer la porte, trois mois plus tard, après une série de mauvais résultats. Miguel Ángel Santoro, son successeur, connaît le même destin sur une durée assez similaire.

L’aura de l’Empereur Falcioni et la danse du Cilindro

Débarqué le 1er juillet 2005, Julio César Falcioni est l’homme qui va le débloquer de l’impasse dans laquelle il se trouve. Gagnant du Mondial des moins de 20 ans avec la sélection (et son grand ami Lionel Messi), le Kun est mieux préparé que jamais. Sous les ordres de l‘Emperador, Independiente revit et le malicieux attaquant explose enfin aux yeux de l’Argentine et du monde entier.

Son premier gros fait d’armes sous le maillot rouge se déroule le 11 septembre 2005, à la Doble-Visera, lors d’un explosif Clásico de Avellaneda. L’ambiance y est comme à son habitude, grandiose. Le match, débridé et intense, tourne rapidement à l’avantage des locaux. Nicolás Frutos (futur Mauve d’Anderlecht) claque un triplé en quarante minutes. Malgré la belle performance réalisé par le longiligne attaquant, c’est Sergio qui va tout de même placer la cerise sur le gâteau de l’humiliation.

Parti de son camp après un délicieux contrôle en porte-manteau, le Kun s’échappe dans l’axe du terrain et se retrouve rapidement aux vingt-cinq mètres adverses. Frutos s’échappe pour faire l’appel, mais Agüero ne lui donne pas, préférant continuer son numéro de soliste. Se retrouvant face à l’expérimenté Diego Crosa, Kun ne se démonte pas et crochète, par trois fois, le défenseur du Racing, avant de terminer par une frappe pied gauche, qui se loge au fond des filets de Campagnuolo, devant des supporters de l’Academia complètement désabusés par tant de talent. Independiente s’impose finalement 4-0 face à son frère ennemi et Sergio est intronisé prince de la Doble-Visera.

Six mois plus tard, en pleine Kun-mania, le gamin récidive. Au Cilindro d’Avellaneda, face au même adversaire et sous les yeux du Cholo Simeone, entraîneur du Racing Club, Sergio Agüero offre un récital, un véritable chef-d’œuvre. Tranchant offensivement, le tonique avant-centre est un poison pour la défense et frappe par deux fois ce soir-là. La première fois se passe lors de la cinquante-quatrième minute, lorsqu’il reçoit un ballon des pieds du Tati Bustos Montoya. Le temps pour lui de se mettre dans le sens de la marche et de décocher une frappe rasante qui termine dans le petit filet. Trois minutes plus tard, sur un long dégagement d’Ustari, il prend le meilleur de la tête sur Shaffer, contrôle le ballon, efface une nouvelle fois le pauvre Shaffer, puis Campagnuolo, avant de marquer dans le but vide. Histoire d’en rajouter encore plus, le Kun vient fêter son but en gratifiant le public Cilindro d’une petite danse dont lui seul à le secret. L’humiliation est totale et la messe est dite. Véritable tournant dans l’histoire fusionnelle entre Independiente et Agüero, ce Clásico fait passer le gamin dans une autre dimension : celle des légendes du Diablo Rojo.

L’insolence à l’état pur. C’est aussi le Kun d’Independiente. Du talent, de la malice et beaucoup, mais alors beaucoup d’insolence.

Trop grand pour l’Argentine

Au total, le Kun termine la saison avec dix-huit unités au compteur. Pour sa première réelle saison en professionnel, son talent impressionne autant que la constance de ses performances. Devenu fer de lance de l’attaque et figure du renouveau du club, le Kun commence à se faire draguer par les grosses écuries européennes. Inquiets, les supporters d’Independiente ne connaissent que trop bien ce genre de situation, et sont désormais persuadés d’une chose : Sergio Agüero ne fera pas long feu à la Doble-Visera et son transfert vers le Vieux Continent n’est plus qu’une question de mois. Après un match contre Olimpo, à Bahía Blanca, où il inscrit un but sur penalty, le Kun confirme à demi-mot la nouvelle au micro de TyC Sports : « Oui…oui, je crois. Je crois que c’était mon dernier but sous le maillot d’Independiente ».

Quinze jours après son dernier match, une défaite contre Rosario Central, la rumeur devient un fait et achève les dernières espérances de la hinchada du Rojo : Sergio Agüero quitte le nid familial et s’en va du côté de l’Espagne, chez les Colchoneros de l’Atlético Madrid. En partant, Sergio fait un dernier beau geste en laissant involontairement un petit cadeau aux supporters. Avec les vingt millions de dollars empochés par la vente du prodige, le club va enfin pouvoir lancer les travaux de la Doble-Visera, bientôt rebaptisé Libertadores de America. Le départ lui, aussi déchirant soit-il, d’un côté comme de l’autre, s’accompagne d’une promesse, de celle que l’on respecte. Celle de revenir un jour ou l’autre à la maison, pour porter, une dernière fois, le glorieux maillot rouge.

De Independiente al mundo

Dupla letal avec Cachavacha

La suite, elle, est connue de tous et de toutes. En Espagne, l’acclimatation ne dure qu’une seule petite saison et dès l’année suivante, en 2007, l’Espagne est elle aussi touchée par la Kun-mania, Agüero devenant entre-temps Golden Boy de la saison. Rejoint cette année-là par Diego Forlán, un autre ancien Rojo, le duo va casser la baraque et les défenses du pays pendant quatre saisons. Quatre ans durant lesquels le duo terrorise le championnat à coup de combinaisons ingénues, de buts malicieux et de gestes de grandes classes. Une entente formidable sur le terrain qui se traduit par l’acquisition de la Ligue Europa et la Supercoupe de l’UEFA lors de l’année 2010. À titre personnel, Sergio Agüero inscrit une centaine de buts avec les Rojiblancos madrilènes et le Kun, arrivé sur la pointe des pieds comme un jeune garçon, devient, en Espagne, un homme aguerri.

Cachavacha Forlán et Kun Agüero avec le fameux maillot des Matelassiers. Un duo qui a filé un bon nombre de cauchemars aux défenseurs de la Liga

Good Morning England

En 2011, le duo infernal se sépare. Forlán quitte la capitale espagnole et file en Italie, à l’Inter Milan. L’Argentin, lui, choisit la bruine et le fish and chips et cède aux sirènes anglaises, en rejoignant l’ambitieux projet de Manchester City. Sur le sol britannique, rebelote, l’acclimatation ne dure pas longtemps. Car là-bas, Agüero ne fait pas dans la dentelle. Après une première saison de très bonne facture, il offre dès la saison suivante, un jour de mai 2012, le troisième titre de champion d’Angleterre de l’histoire des Citizens, en marquant un but crucial à la quatre-vingt-quinzième minute face à Queens Park Rangers. Un crochet élémentaire sur Taye Taïwo et une frappe qui vient transpercer les filets de Paddy Kenny, tout cela au son d’un “AGÜEROOOOO !” de Martin Tyler, devenu au moins aussi iconique que le but en lui-même.

En dix années de terres anglaises, l’armoire à trophée s’est bien étoffée. Cinq titres de champion d’Angleterre, six Coupes de la Ligue anglaise, trois Community Shield et une Coupe d’Angleterre sont venus remplir la besace à récompense. Si les accomplissements collectifs sont gigantesques, les accomplissements personnels sont eux, vertigineux. 390 matchs, 260 buts et le titre de meilleur buteur de l’histoire de Manchester City. Il est même devenu le meilleur buteur étranger de l’histoire de la Premier League, en passant devant de grands messieurs, comme Thierry Henry ou le Néerlandais Robin van Persie.

Six fois meilleur buteur du club en dix saisons, recordman du nombre de triplés pour un seul joueur, meilleur buteur dans les confrontations contre les membres du Top 6, la liste des réussites du Kun sous le maillot des Skyblues est impressionnante. Seul regret de cette aventure, qui laisse dans la bouche comme un goût d’inachevé, la finale de Ligue des Champions perdue en 2021 contre un Chelsea en mission. Mais, miné par les blessures et avec un rendement moins bon qu’à l’accoutumée, Agüero et Manchester City font le choix de se séparer au début de l’été de la même année, après dix ans de vie commune. Et une fois n’est pas coutume, le Kun, venu comme simple humain, repart de l’Etihad Stadium comme légende intemporelle.

Y de la mano, del Kun Agüero… Quarante-quatre ans après le dernier titre des Citizens, Sergio délivre la moitié d’une ville face à QPR.

Paradoxalement, l’été 2021 sera le plus beau de sa carrière. Libre de tout contrat, le quilmeño s’engage avec le Barça avant de rejoindre sa sélection. Avec l’Albiceleste, l’attaquant, désormais âgé de 33 ans, vit le plus beau moment de sa carrière sous le maillot de l’équipe nationale et remporte la Copa América sur les terres brésiliennes, une première en vingt-huit ans pour l’Argentine. Parfois raillé et critiqué pour son rendement inférieur en sélection par rapport à celui en club, Sergio trouve quand même le temps de laisser sa patte dans l’histoire de l’Albiceleste. Troisième meilleur buteur de l’histoire de la sélection avec 41 buts en 101 sélections, le bonhomme se place devant le Valdanito Crespo, Pipita Higuaín et (une nouvelle fois) devant l’immense et l’inimitable Diego Maradona. Déjà champion olympique en 2008 à Pékin, Kun, cet été là, boucle la boucle avec ses frères d’armes, et libère un pays tout entier d’une terrible malédiction.

À bientôt Kun et merci pour tout

La fin de l’histoire est triste comme un roman d’Émile Zola. Après cinq matchs et un petit but (dans le Clásico espagnol), les problèmes de cœur se réveillent, vingt-et-un ans après la première détection. La fin est tragique, brutale même. Même si l’espoir n’a jamais quitté les supporters et les quidams qui apprécient le joueur, le ciel est tombé sur la tête de bon nombre d’entre nous ce mercredi midi.

« Maradona est venu d’Argentine pour conquérir l’Italie, Messi est venu d’Argentine pour conquérir l’Espagne et Sergio Agüero est venu d’Argentine pour conquérir l’Angleterre ». Cette phrase, prononcée mercredi par Pep Guardiola, est venue synthétiser tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Porte-étendard d’une grande génération de footballeurs, au même titre que Benzema ou Lewandowski, Sergio Agüero laissera, quoiqu’il arrive, l’image d’un attaquant doué, insatiable, fin et élégant, ainsi qu’une trace indélébile dans le paysage du football mondial.

Une trace indélébile, mais aussi un regret immense pour les supporters d’Independiente. Car pendant que les larmes roulaient sur le visage du Kun mercredi dernier, celles des supporters du Rojo coulaient en même temps, laissant un sentiment de pesanteur dans le cœur de chacun. Celui de la douleur de ne jamais revoir l’enfant prodigue sous le maillot rouge. Mais si le regret est fort, les souvenirs eux, le sont plus. Mieux que ça même, ils sont éternels.

Crédits photos : Getty Images / Infierno Rojo / AS / La Nación

Sergio Agüero, cœur de champion
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