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Qualifs CONCACAF : Comment ça marche ?

Pour un pays, quel qu’il soit, une participation à la Coupe du Monde est une chance exceptionnelle. Encore faut-il y participer. Tout le monde connaît le déroulement d’accession en Europe, en Amérique du Sud, ou même en Afrique. Mais qu’en est-il en Amérique du Nord, là où règnent certaines des plus mauvaises nations dans le monde ?

Avant la crise : de nombreuses modifications avant 2022

Ce qu’il faut savoir, c’est que lors des trois dernières campagnes, le format de qualification n’a jamais été le même. Par exemple, pour la route vers 2014, cela se jouait en quatre tours. 2018, on change de format. Si le premier tour reste le même, les deuxièmes et troisièmes deviennent différents. Exit les phases de groupes, désormais c’est un adversaire sur un match aller-retour. Les accessions des pays sont aussi différentes. Au troisième tour par exemple, c’est seulement deux pays qui entrent : le septième et huitième du classement CONCACAF (Jamaïque, Haïti).

Après ces trois tours à élimination directe, arrive le Big Six comme expliqué précédemment pour un Quatrième tour. Ce tour est cette fois-ci une phase de trois groupes de quatre équipes. Enfin, il y a un cinquième tour, où les six meilleurs s’affrontent entre eux. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’on aura l’historique qualification du Panama. Au même moment, on aura la peu glorieuse élimination des Etats-Unis, défaits par un Trinidad déjà éliminé. Il y avait un barrage intercontinental pour le quatrième du groupe, mais le Honduras n’aura pas survécu à l’Australie.

Après la crise sanitaire : l’un des bienfaits du COVID

Vous êtes étonnés par ce titre, mais vous allez comprendre dans les prochaines lignes. En juillet 2019, la CONCACAF annonce encore une fois un nouveau format, qui bafoue encore plus toute égalité. Ces Qualifications étaient sensées se dérouler en deux parties : un groupe hexagonal, et un tournoi. Que veut dire “groupe hexagonal” ? Les six meilleures équipes du classement CONCACAF (Mexique, USA, Costa Rica, Jamaïque, Honduras, Salvador) s’affrontent dans un groupe en matchs aller-retour. Les trois premiers se qualifieront pour la Coupe du Monde, le quatrième en Barrage.

Qu’est-ce que le Tournoi ? Et bien, les vingt-neuf autres équipes du continent sont divisées en huit groupes, où ils s’affrontent en aller-retour. Les premiers de chaque groupe accèdent alors à une phase à élimination directe (Quarts / Demi / Finale). Le seul vainqueur de cette phase finale avait l’honneur, non pas d’aller en Coupe du Monde, mais… d’affronter le quatrième du Groupe Hexagonal, qui allait probablement le déchiqueter. Après cette confrontation en toute absence d’équité, vous croyez que le vainqueur va en Coupe du Monde ? Eh bien non, puisqu’il y a encore le barrage intercontinental.

On récapitule donc : les six meilleurs pays jouent entre eux pour 3+1 places en Coupe du Monde ; les 29 autres doivent se battre à mort pour avoir à passer deux Barrages contre des équipes sûrement plus fortes qu’elles. Voilà voilà.

Avec cet élément, on peut dire que, oui, fort heureusement, le COVID est passé par là. Le virus a aussi décidé d’annuler tous les matchs pendant des mois, forçant la CONCACAF à trouver un nouveau format. Et ils vont en trouver un nouveau, même pas lié à un format antérieur. Le format se joue en trois tours seulement : le premier consiste à prendre les trente nations les moins bien classées au classement CONCACAF. Ces sélections sont réparties par la suite dans des groupes de cinq. Seuls les premiers de chaque groupe passent.

Ces vainqueurs de groupe vont rejoindre un second tour. Ce tour consiste en des confrontations aller-retour, dont les trois vainqueurs rejoindront le tour final. Des barrages en quelque sorte. Ce tour final regroupe les trois vainqueurs et les cinq meilleures nations du classement CONCACAF (le même Top 6 que cité plus tôt, en enlevant El Salvador). Dans ce tour final, ces huit nations vont s’affronter en aller-retour. Au bout de ces quatorze matchs, les trois premiers rejoindront le Qatar, le quatrième en barrage intercontinental. Ce n’est toujours pas très équitable, mais déjà un peu plus.

Dans la réalité : Deux tours divertissants et non dénués de beaux moments

Après avoir longuement expliqué la partie théorique, voilà qu’on arrive au plus intéressant : le football.

Dans ce premier tour, l’une des plus grandes sensations a très certainement été Montserrat (groupe A). Connaissant de nombreuses catastrophes naturelles, cette île n’est peuplée que de 5.000 habitants ! Seulement voilà, comme beaucoup de nations propres au Royaume-Uni ou même à travers l’Amérique du Nord, ils ont une belle diaspora. Exemple avec le buteur Lyle Taylor. Aujourd’hui à Nottingham Forest, mais qui a tout connu : de la huitième division anglaise à l’antichambre de la Premier League, déjà d’un haut niveau. Ils ont pu alors s’attacher les services de joueurs de 4e, 5e, 6e division… Un bon coup de pouce pour eux. Tout ça leur a permis d’arriver deuxième de leur groupe de qualifications. Insuffisant pour continuer, mais très encourageant. On peut aussi parler du fait qu’ils sont allés en barrages de Gold Cup, malheureusement giflés 6-1 par Trinidad-et-Tobago. Pas mal du tout pour une nation qui traînait autour de la 200e place du classement FIFA.

Cette remarque de la diapsora peut aussi se faire avec Antigua-et-Barbuda, devenant une nation plutôt sérieuse, ayant souvent mené en tête du groupe. Tout cela avant de craquer 3-0 contre El Salvador au dernier match, qui aura sans surprise passé ce tour.

Pour aller au groupe B désormais, on peut parler encore de diaspora avec le Suriname. Là, on va même un niveau au-dessus car on parle de joueurs d’élites européennes, et qui ont commencé à jouer cette année. Entre autres : Ridgeciano Haps (Feyenoord), Sean Klaiber (Ajax), Ryan Donk (Galatasaray), Kelvin Leerdam (Inter Miami, beaucoup de temps en Eredivisie), Florian Jozefzoon (Derby County)…

Même s’ils ont eu droit à une élimination précoce en Gold Cup (avec des prestations correctes), ils ont longtemps tenu le bâton dans les qualifications, avant de se faire gifler par le rouleau compresseur canadien, 27 buts marqués, 1 encaissé en seulement 4 matchs. Canada qui connaît actuellement la meilleure génération de son histoire : vous connaissez les Alphonso, Jonathan David, Cyle Larin, couplé à des bons joueurs comme Junior Hoilett, Richie Laryea, Maxime Crépeau (dont on a fait une superbe interview). Il y a là un sacré outsider, avant même qu’ils n’organisent 2026 !

Dans le groupe C, on a eu cette fameuse équipe de Cuba qui a enfin pu appeler ses représentants à l’étranger comme l’ailier Onel Hernandez, qui va repartir en Premier League avec Norwich. Ils ont bien progressé, cependant, ils sont encore loin du duo de tête dans ce groupe : Curacao – Guatemala. Là, on arrive à une situation ubuesque : tout se joue lors du dernier match de groupes, qui les opposent, et qui se termine par ailleurs par un 0-0. Les deux équipes ont le même nombre de points (10) et la même différence de buts (+14). Curacao passe uniquement au nombre de buts marqués : 15 pour eux, 14 pour le Guatemala. Pour résumer, le Guatemala n’a pas passé un tour de qualifs de Coupe du Monde, alors qu’ils sont invaincus et qu’ils n’ont pas encaissé le moindre but. Absolument historique.

Le Guatemala, la nation la plus poissarde du monde.

Pour parler du groupe D, on a le fameux Panama, grande surprise de 2018, qui passe ce premier tour en montant en puissance. Victoires à l’arraché contre la Barbade et Dominique en Mars, mais ensuite un 13-0 contre Anguilla, dernier du classement FIFA, et 3-0 très sérieux contre la République Dominicaine, leur plus gros rival dans ce premier tour.

Le groupe E est le seul à quatre équipes, puisque Sainte-Lucie a déclaré forfait, la fédération ayant même réussi à prendre au dépourvu des internationaux comme Zaine Pierre, le capitaine des Piton Boyz ayant été prévenus… sans l’être vraiment. Encore une belle organisation. Un groupe marqué aussi par ses problèmes politiques, puisque le bus de l’équipe du Belize a été attaqué des hommes armés, alors qu’il amenait les joueurs vers leur hôtel à Port-au-Prince. Tout cela n’étant qu’une des multiples conséquences de l’état d’urgence haïtien depuis déjà plusieurs mois (ayant conduit à la mort du président Jovenel Moïse).

Pour aller dans le sportif, la logique a été respectée, puisque Haïti, entraîné aujourd’hui par Jean-Jacques Pierre, un bonhomme bien connu de notre Ligue 1, est passé au tour suivant sans encaisser le moindre but, mais dans un match couperet compliqué contre le Nicaragua, ou tu t’imposes seulement 1-0.

Au dernier groupe, nous avons eu une énorme surprise : Saint-Christophe-et-Niévès ont réussi à sortir Trinité-et-Tobago ! Pourtant, les Soca Warriors n’ont pas perdu un seul match, mais ont eu droit à des matchs nuls embarrassants contre Porto Rico et les Bahamas (201e au classement FIFA). Une tradition qui semble se prolonger en Gold Cup, notamment contre le Guatemala, qui n’était même pas sensé participer ! De son côté, Saint-Kitts avait déjà assuré sur ses 3 premiers matchs, la défaite contre Trinidad comptant plus ou moins pour du beurre.

Le premier tour enfin passé, on a droit à ces barrages, servant de deuxième tour. En premier lieu, Saint-Kitts et Nevis n’a malheureusement surpris personne en se faisant étriller par El Salvador (0-4, 0-2), qui passe donc au dernier tour, une première depuis 2010.

Ce qui n’a pas fait tellement de surprises non plus, c’est la victoire aisée du Canada contre Haïti (1-0, 3-0). Alors là, il faut remonter à France 98 pour les voir accéder au dernier tour de Qualifs. Le plus intéressant, c’est qu’ils viennent avec de vraies chances de passer cette fois ! Le plus surprenant (et peut-être ce qui a causé un lourd écart au retour), c’est que la Fédération Haïtienne n’a pas pu faire venir Johny Placide, Alex Christian Jr (Atyrau, Kazakhstan) et Carnejy Antoine à Chicago (match délocalisé, et avec des conditions sanitaires très strictes), puisqu’ils n’avaient pas encore passé 14 jours sur le continent depuis leur départ d’Europe. Du coup, ils sont restés à l’Aéroport de Port-au-Prince, et ont regardé leurs coéquipiers se faire sortir de Coupe du Monde. Avec en prime, ce superbe contre son camp du gardien remplaçant, Josué Duverger (Vitoria Setubal).

Enfin, le dernier match opposait Panama au Curacao de Guus Hiddink. A l’aller, La Marea Roja a plutôt bien pris le jeu à son compte. Obligatoire vu qu’ils jouaient devant tout Panama City. Le match se décante en seconde période, avec un coup de génie d’Alberto Quintero, permettant au Panama d’ouvrir le score. Deuxième but vingt minutes après grâce à l’inévitable Cecilio Waterman, qui a marqué ses 4 seuls buts en sélection dans cette campagne de qualification, alors qu’il a été appelé pour la première fois depuis 2010.

Alors qu’on croyait le match plié, le gardien Luis Mejía va laisser filer le ballon sur une frappe de loin à la 87e, pour que Rangelo Janga en profite en vrai renard. Fin du match 2-1. Tout reste à jouer. Le retour à Curacao sera cependant très anecdotique. Ignoble match, ignoble qualité de jeu des deux côtés, et le Panama va passer sur un 0-0. Fin du rêve pour Guus Hiddink et les Petites Antilles.

Le futur : Un dernier tour à la fois avec ses certitudes et ses hésitations

C’est donc après ces 3 confrontations que le Canada, El Salvador, et le Panama ont rejoint les Etats-Unis, le Mexique, le Costa Rica, le Honduras, et la Jamaïque pour le dernier tour. Pour rappel, les 3 premiers vont au Qatar, le 4e jouera un barrage. Les hostilités se joueront en 14 matchs, et commenceront le 2 septembre, pour se clôturer le 30 mars 2022. Dans les 2 grands favoris, on a toujours les mêmes, les deux finalistes de Gold Cup 2021 : Etats-Unis et Mexique. Il est absolument impensable d’en voir un des deux rater le coche.

A l’inverse, 2 équipes créeraient une énorme surprise si elles décrochaient quelque chose. En premier lieu, le Panama. Malgré la déconvenue en poules de Gold Cup face au Honduras et au Qatar, tout n’est pas noir. On peut cependant espérer pour La Marea Roja, qu’avec leur sélectionneur Thomas Christiansen (passé par Leeds, l’AEK Larnaca et l’APOEL, jeu bien tourné vers l’attaque) et quelques bons joueurs entre survivants de Russie et nouveaux, il y ait un exploit.

La deuxième sélection, c’est le Costa Rica. Les résultats récents sont catastrophiques, avec par exemple un mémorable 0-4 en amical contre les Etats-Unis. La sélection peine à mettre en place du jeu, enchaînant différents sélectionneurs depuis 2018 sans réel succès. Le dernier en date étant le colombien Luis Fernando Suárez, connu pour avoir emmené l’Equateur en huitièmes de Coupe du Monde 2006. La génération 2014 est clairement vieillissante : Bryan Ruiz, Joel Campbell, Bryan Oviedo, Giancarlo Gonzalez, Kendall Waston… Sans avoir un signe de succession. Pour couronner le tout, Keylor Navas a des rapports compliqués avec la Fédération depuis plusieurs années. Il joue avec la sélection en dilettante. Il sera sûrement dans les cages pour cette phase de qualification, mais rien n’est moins sûr.

Même si des grandes figures sont encore là, le Costa Rica est si loin de 2014…

Enfin, on a les équipes que l’on voit véritablement batailler pour les 2 autres places. Le Canada et sa génération dorée, bien sûr. Autre cas de génération dorée, la Jamaïque, avec entre autres Leon Bailey, Andre Gray (Watford), Bobby Reid (Fulham), Ravel Morrison (Derby County), Michael Hector (Fulham), le gardien Andre Blake (Philadelphia Union)… On a pour terminer les deux autres sélections latines. Le Honduras possède une génération vieillissante mais peut arriver à prendre régulièrement des points. El Salvador peut aussi rêver d’un exploit, même si ce sera dur sans véritable joueur star, et contre des équipes d’un plus grand acabit.

C’est à peu près tout ce que l’on peut arriver à déchiffrer avant le grand départ. Attendons patiemment le plus important : la vérité du terrain. Vivement la rentrée.

Crédits Photos : IMAGO

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