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Montevideo : la plus grande ville de football au monde ?

Avec quatre étoiles sur le maillot, l’Uruguay est sans aucun doute l’une des nations les plus importantes du football. En étant sa capitale, San Felipe y Santiago de Montevideo, plus communément appelée Montevideo, a une identité football très marquée. Dans un pays où le football est coupé en deux, entre la capitale et l’Intérieur du pays, à quel point le football a-t-il influencé l’histoire de Montevideo ?

Une ville à part

Située en bordure du Rio de la Plata, face à Buenos Aires, Montevideo tient une place à part entière sur le continent sud-américain. Déjà en tant que capitale d’un petit pays de trois millions d’habitants coincé entre les deux géants argentins et brésiliens. La vie y est très agréable, ses indicateurs de développement humain sont les plus élevés du continent depuis de nombreuses années, et ce malgré la crise bancaire de 2002. Par ailleurs, Montevideo est à l’image du pays qu’elle représente : multiculturelle. En effet, la ville a été contrôlée tour à tour par les Espagnols, les Portugais et les Brésiliens jusqu’au XIXème siècle et influencée par les Britanniques au début du XXème siècle.

Vers 1870, et jusque la fin du siècle, le pays prend une tournure autoritaire pour assurer sa modernisation. Cette modernisation passe par la centralisation, la sécurisation et l’enseignement. Et c’est un succès. Si bien que sous la présidence de José Batlle y Ordóñez (1903-1907 puis 1911-1915), la démocratie se rétablit pleinement et les niveaux de vie augmentent drastiquement. L’Uruguay prend alors le surnom de Suisse des Amériques. C’est dans ce contexte que le football se développe dans le pays et particulièrement dans sa capitale. De nombreux clubs commencent à émerger : le CURCC (futur Peñarol) en 1891 et le Nacional en 1899 pour ne citer qu’eux.

Un football très centralisé

Le premier championnat de football est donc lancé en 1900, de façon amateure jusque 1932. Bien que les deux futurs géants raflent déjà la plupart des championnats de l’époque, certains clubs parviennent à grapiller quelques titres. Le Montevideo Wanderers FC remporte notamment ses trois seuls titres durant cette période. On pense aussi au River Plate Fútbol Club (donc différent du Club Atlético River Plate), vainqueur de quatre éditions et pourtant disparu en 1925. Avec la professionnalisation, Peñarol et Nacional explosent littéralement et se partagent l’ensemble des titres jusqu’en 1975, soit pendant quarante-quatre ans ! Et depuis, seule une poignée de clubs ont décroché le Graal, principalement les deux moyens que sont Danubio et Defensor Sporting.

Nous parlons ici du championnat uruguayen de l’AUF, car ce championnat équivaut plus ou moins à un championnat de Montevideo. En effet, aucun club basé en dehors de Montevideo n’a remporté le championnat depuis sa création. Vainqueur du tournoi d’ouverture et premier au classement général, Plaza Colonia a l’opportunité de rompre cette série dès cette année. Mais Peñarol et Nacional semblent plus en jambes en cette deuxième partie de saison, et la tâche risque de s’annoncer particulièrement délicate. La capitale ne partage donc que peu la gloire avec le reste du pays, et c’est pour cette raison que l’OFI est créée dès 1946 pour promouvoir le football de “l’Intérieur du pays” avec ses propres championnats se déroulant en dehors de Montevideo.

Les hinchas de Plaza Colonia célébrant le titre lors du tournoi d’ouverture 2021, premier club en dehors de Montevideo à remporter un tournoi depuis le Rocha FC en 2006.

Cette saison, seules trois équipes (Plaza Colonia, Deportivo Maldonado et Cerro Largo) sur les seize engagées ne sont pas basées à Montevideo. Ainsi, les treize autres sont très proches géographiquement les unes des autres ce qui crée de belles rivalités. A commencer par la rivalité opposant les deux géants Peñarol et Nacional : le Superclásico. La première rencontre opposant les deux équipes se déroule en 1900 et aboutit sur une victoire de Peñarol (alors encore CURCC). Certains considèrent cette opposition comme la plus vieille rivalité du monde du football, à l’exception des îles britanniques.

Montevideo : ses clubs et ses classiques

Il faut bien comprendre que si les deux équipes adorent se détester, il s’agit bien évidemment d’une question de prestige entre les deux plus grands clubs du pays. Mais il est aussi question de ce que représentent chacun des deux clubs. D’un côté, nous avons Peñarol, fondé sous le nom Central Uruguayan Railway Cricket Club par les employés britanniques de la société de chemin de fer nationale. De l’autre, Nacional arborant dès ces débuts les couleurs des héros de l’indépendance du pays. L’opposition est bien plus qu’une pure rivalité sportive. Les Carboneros incarnent l’influence britannique du début du siècle dernier, alors que les Bolsos symbolisent la fierté uruguayenne.

Camilo Cándido (à gauche) à la lutte avec Agustín Canobbio (à droite) lors du Superclásico en huitièmes de finale aller de Copa Sudamericana 2021 au Gran Parque Central.

Bien qu’assez récent, le Clásico de los Medianos, littéralement le classique des “moyens”, désigne la rivalité opposant Danubio et Defenso Sporting. Bien que tous deux en deuxième division cette saison, ce sont les clubs les plus titrés d’Uruguay, si l’on fait abstraction des deux grands. Les deux clubs étant plutôt éloigné géographiquement, la rivalité est dans le cas présent essentiellement sportive. D’ailleurs, elle n’émerge réellement que dans les années 1990, lorsque la Franja et le Tuerto commencent à prendre de l’ampleur sportivement et prétendre au titre de troisième grand. Il faut également noter que la formation a toujours été au cœur des projets des deux clubs, ce qui donne un autre point de comparaison sur lequel les hinchas peuvent débattre.

De nombreuses autres rivalités animent la ville de toute part, notamment le Clásico de la Villa opposant le CA Cerro et le Rampla Juniors FC. Moins connu que les deux précédents, ce classique est le plus ancien du football uruguayen à l’exception du Superclásico et sûrement l’un des plus animés. En effet, un certain nombre de rencontres entre les Albicelestes et les Rojiverdes se sont déroulés à l’Estadio Centenario pour éviter les affrontements entre supporters. On peut aussi mentionner les Clásicos del Prado entre River Plate, les Wanderers et Bella Vista. Les stades des trois se situent à moins de six rues les uns des autres, mais les rivalités restent assez paisibles.

Porte bonheur de la sélection

Dans le monde du football, Montevideo brille aussi à l’international. Grâce à Nacional et Peñarol, la ville accueille seize match comptant pour les finales de Copa Libertadores et huit pour la Coupe Intercontinentale. Mais aussi et surtout grâce à son équipe nationale. Sur les douze premières éditions de Copa América, de 1916 à 1929, la Celeste glane six titres, dont trois disputés à Montevideo. Mais surtout, la sélection uruguayenne remporte les tournois olympiques de Paris en 1924 et d’Amsterdam en 1928.

Alors que l’Uruguay est certainement la plus grande nation de football de l’époque, la FIFA décide de lui offrir un beau cadeau pour fêter le centenaire de son indépendance : l’organisation de la toute première Coupe du Monde de football en 1930. L’intégralité des matchs de la compétition se déroulent dans la capitale et l’Estadio Centenario est inauguré pour l’occasion. La Celeste tient largement son rang et sort de sa poule sans concéder le moindre de but, avant d’atomiser la Yougoslavie (6-1) en demi-finale. En finale, l’Uruguay se retrouve face au rival argentin. Menée 2-1 à la mi-temps, la bande à Nasazzi (qui donnera son nom au fameux bâton suite à ce match) inverse la tendance en plantant trois buts en seconde période et soulève la première Coupe du Monde de l’histoire.

Hector Castro inscrivant le quatrième but uruguayen face au gardien argentin Juan Botasso lors de la finale de la Coupe du Monde 1930.

Depuis, l’Uruguay a organisé quatre nouvelles Copa América, en 1942, 1956, 1967 et 1995. A l’exception de l’édition de 1995, dont des matchs se déroulent également à Maldonado, Rivera et Paysandú, l’intégralité des rencontres continuent de se jouer à l’Estadio Centenario. A noter que la Celeste a remporté chacune des compétitions organisées dans le pays (huit au total). Encore mieux : elle n’a jamais perdu un match de Copa América ou Coupe du Monde disputé dans la capitale.

Montevideo a donc une importance capitale dans l’histoire du football uruguayen, puisqu’elle concentre quasiment toute l’activité footballistique professionnelle du pays. Mais il ne faut pour autant pas négliger l’importance du football de l’Intérieur, car l’OFI compte tout de même près de 150 000 adhérents contre “seulement” 9 000 pour l’AUF…

Crédits photos : Getty Images / Twitter du Club Plaza Colonia

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