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Tata Martino : c’est quoi le problème ?

Alors que le Tri s’apprête à disputer trois matchs en une semaine pour valider sa qualification à la Coupe du Monde, la position de Gerardo Martino n’a jamais été aussi contestée. Au Mexique, certains espèrent même une défaite face au rival américain pour dire adieu à l’ancien coach du Barça.

17 novembre 2020 à l’UPC-Arena de Graz, en Autriche. Le Mexique affronte le Japon en match amical, pour conclure une année civile déjà réussie en termes de résultats. Dans la lignée de ses récentes prestations, l’équipe de Gerardo Martino s’impose 2-0, grâce à Raúl Jiménez et Hirving Lozano. À ce moment-là, le technicien argentin vient d’obtenir une 19ème victoire en 22 matchs dirigés sur le banc de la sélection, dont une Gold Cup remportée à l’été 2019. Comment expliquer que 16 mois plus tard, une majorité de Mexicains réclament sa tête ?

Si le bilan comptable de “Tata” reste globalement bon (33 victoires, 8 nuls et 7 défaites en 48 matchs depuis mars 2019), tout cela est à relativiser au regard de ses adversaires. Hormis une victoire contre les Pays-Bas en amical en octobre 2020 (0-1), le Mexique de Martino a du mal à convaincre face à des nations extérieures à la zone CONCACAF. Même face à ses voisins, l’auto-proclamé “Géant” de sa confédération ne règne pas.

Le “Gigante de la CONCACAF” n’est plus

Le point de basculement dans le mandat de Martino a sûrement eu lieu cet été, lorsque son équipe s’est inclinée coup sur coup face aux USA, en finale de la Nations League (3-2) puis de la Gold Cup (1-0). Alors qu’il avait bien négocié ses deux premiers affrontements contre l’ennemi historique (1-0 en finale de Gold Cup 2019 puis 3-0 en amical deux mois plus tard), céder ces deux trophées continentaux à deux mois d’intervalle a été un énorme coup pour la crédibilité de l’Argentin.

L’occasion de se rattraper s’est présentée le 12 novembre dernier : résultat, une nouvelle défaite 2-0 face au voisin dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du Monde 2022. L’humiliation de trop pour beaucoup de Mexicains, car il faut remonter quinze ans en arrière pour retrouver la trace de trois défaites d’affilée contre les USA (entre septembre 2005 et juin 2007).

3 : comme le nombre de défaites consécutives du Mexique face aux USA dans des matchs à enjeu depuis un an.

Alors qu’on approche du dénouement de l’Octogonal dans la zone CONCACAF, le Mexique n’est pas encore au Qatar. Malgré un bon démarrage, la double défaite contre les USA puis le Canada en novembre a fait du mal à l’équipe de Martino. Le Tri devra se montrer sérieux sur les trois dernières rencontres pour conserver l’une des trois places qualificatives (le quatrième sera barragiste contre le vainqueur de la zone Océanie) et éviter de se faire peur. A commencer par un nouveau choc contre… les USA dans la nuit de jeudi à vendredi (3h).

Des choix qui interrogent

Trois ans après l’arrivée de l’ancien coach du Barça, les progrès de la sélection se font attendre. Si les premiers mois de son mandat permettaient de déceler une philosophie assez claire (gros pressing et transitions rapides), une certaine lassitude est apparue depuis. Martino a tout de suite voulu construire autour de l’attaque Lozano-Jiménez-Corona, mais les absences successives de chacun ont empêché le trio de s’installer durablement. Incapable de déstabiliser un bloc bas, en difficulté pour emballer un match, le Mexique version “Tata” manque cruellement de velléités offensives et se montre parfois fébrile derrière.

Certains choix de joueurs ont également du mal à passer auprès du grand public, comme l’absence de Javier Hernández depuis deux ans et demi. Le meilleur buteur de l’histoire de la sélection (52 buts) est en grande forme en MLS avec le LA Galaxy (17 buts en 2021, déjà 2 cette année), et même lors de la longue absence de Raúl Jiménez, Martino a préféré faire appel à Alan Pulido (Kansas City), Henry Martin (América), ou encore au naturalisé Rogelio Funes Mori (Monterrey).

“Il devrait avoir honte et présenter sa démission. Il devrait se dire qu’il n’est pas capable de diriger cette sélection, ça n’a pas marché de ramener Funes Mori”

Le “Pentapichichi” Hugo Sánchez, ancien sélectionneur du Tri, sur Gerardo Martino en août dernier.

Javier Hernández n’a plus porté le maillot de la sélection depuis le 6 septembre 2019, à l’occasion du match amical contre les USA (3-0) dans lequel il avait marqué.

À chaque annonce de la liste, les Mexicains espèrent voir des nouveautés. Ils sont souvent déçus. Chez les gardiens par exemple, malgré quatre places, Memo Ochoa (36 ans), Alfredo Talavera (39 ans), Rodolfo Cota (34 ans) et Jonathan Orozco (35 ans) sont toujours préférés à Carlos Acevedo (25 ans), qui représente pour l’instant la seule relève à ce poste. Il a fallu un forfait d’Orozco lundi dernier pour que le portier de Santos Laguna soit appelé.

Est-il vraiment en danger ?

Ce refus d’opérer un changement générationnel en vue du Mondial 2022 et surtout 2026 (co-organisé avec les USA et le Canada) est l’une des plus grosses critiques à l’égard de Martino. Ce ne sont pas Gerardo Arteaga (23 ans, KRC Genk), Johan Vásquez (23 ans, Genoa) ou Érick Gutiérrez (26 ans, PSV) qui diront le contraire, les deux derniers ne cumulant aucune minute de jeu lors du dernier rassemblement malgré leur grande forme en Serie A et en Eredivisie.

Si dans l’immédiat le poste de Gerardo Martino n’est pas menacé, son aventure mexicaine a bien failli s’arrêter en novembre dernier. Après les deux défaites consécutives aux USA et au Canada , le sélectionneur s’est enfermé avec les joueurs pour leur demander s’ils étaient toujours engagés dans son projet. Il était prêt à démissionner en cas de réponse négative, mais le groupe l’a soutenu et les cadres se sont rangés à ses côtés pour aller au bout du cycle mondialiste. En cas de catastrophe, le pompier de service aurait pu s’appeler Miguel Herrera (sélectionneur lors du Mondial 2014) ou Jaime Lozano (sélectionneur des Espoirs médaillés de bronze à Tokyo).

“Tata” ira donc selon toute vraisemblance bien au bout de son contrat qui court jusqu’en janvier 2023. Malgré les critiques incessantes sur son jeu, la qualification au prochain Mondial devrait suffire aux dirigeants de la fédération pour ne pas s’en séparer. Au Qatar, il essaiera de faire enfin passer le cap des huitièmes de finale au Tri, qui reste sur sept échecs consécutifs à ce stade de la compétition. De la réussite de cette mission dépendra sa prolongation ou non pour un nouveau cycle ô combien important avec la co-organisation de la première Coupe du Monde à 48 équipes en 2026.

Crédits photos : Getty Images

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