Amérique

Primera Nacional : la dernière ligne droite !

Clap de fin ! Après une saison complètement chamboulée par la crise de la Covid-19, les groupes de Primera Nacional ont enfin rendu leurs verdicts respectifs après des mois de rude compétition. Si pour la majorité des équipes présentes, l’aventure s’arrête ici pour cette saison, pour huit autres, c’est un autre championnat encore plus âpre et plus relevé qui commence. Avec à la clé, le précieux sésame : la montée en Première Division. Alors, qui s’est qualifié pour le tournoi final ? Qui a déçu durant cette édition ? Qui a porté son équipe tout au long de la saison ? Pas de panique, voici un guide, qui vous permettra, on l’espère, de mieux comprendre ce fabuleux championnat qu’est El Ascenso.

Des règles plutôt simples

Cette année, et contrairement à l’année précédente, fini le tournoi aux multiples phases d’ascension et au bazar ambiant qui en avait découlé. Le Campeonato de Transición, véritable fourre-tout qui aurait donné de fortes migraines à n’importe quel ingénieur, a été remplacé cette année par un tournoi beaucoup plus simple et surtout beaucoup plus intuitif pour le spectateur lambda, qui n’a plus à se prendre la tête des heures pour savoir si son club est qualifié pour la première ou la seconde phase d’ascension.

Cette année, la formule épurée se déroule en plusieurs temps :

  • En premier lieu, le leader du groupe A et du groupe B se rencontrent lors d’un match sur terrain neutre, dans ce qui est appelé tout simplement la finale. Pour le gagnant de ce match, c’est très simple : il obtient directement son billet pour devenir la vingt-septième équipe (!) de Première Division. Pour le perdant par contre, c’est une autre paire de manche puisqu’il est directement reversé en demi-finale du Torneo Reducido.
  • Les six autres équipes qualifiées pour ce tournoi s’affrontent donc lors d’une première manche. Les matchs sont décidés dans un ordre, lui aussi très intuitif et inspiré de ce qui se fait dans d’autres sports, comme la NBA par exemple : le second du groupe A affronte le quatrième du groupe B et inversement, tandis que les deux troisièmes de chaque groupe se font face.
  • En demi-finale, le perdant de la finale vient s’ajouter aux équipes déjà présentes et les matchs se succèdent donc jusqu’à la finale. Une autre finale qui permet de décrocher, une nouvelle fois, un ticket d’or pour l’élite argentine.

Petite précision avant de terminer ce léger préambule. Comme indiqué dans l’article sur Gago et Aldosivi, les descentes ont été purement et simplement annulées jusqu’à mi-2022. Une manière pour l’AFA et la Liga de limiter la casse dans des finances de clubs déjà bien à l’agonie et ce, bien avant la pandémie. Une décision forte qui devrait néanmoins entraîner une cascade de descentes l’an prochain, que ce soit en première division ou en seconde.

Groupe A : Mirasol ou Matador ?

1er : Tigre (60 points)

À quatre journées de la fin, ils étaient presque hors des clous de la course à la montée. Quatre petits matchs plus tard, les voilà en course pour valider le précieux sésame. Voilà ce dont est capable Tigre, club de la banlieue de Buenos Aires. Un mental d’acier, un football agréable et des individualités au top de leur forme : le cocktail est parfait pour espérer quelque chose après deux ans de purgatoire. Voguant généralement entre la seconde et la troisième place du classement, le Matador a accroché sa place au forceps, après un rush final haletant : six matchs pour quatre victoires et deux matchs nuls.

Avec un Pablo Magnín tout bonnement exceptionnel lors de cette campagne 2021 (vingt-deux buts), des métronomes comme Menossi et Celiz à la baguette du secteur offensif et un Capitán Prediger impérial derrière, les joueurs de la banlieue nord méritent amplement de figurer dans le dernier carré du groupe. À Tigre, en tout cas, le souvenir de la descente de 2019 est encore douloureux et seule une montée pourrait venir panser des plaies encore vives chez les supporters du Matador.

2ème : Quilmes (59 points)

L’an dernier, on avait quitté le Cervecero après une décevante élimination en quart de finale contre la Crema de Rafaela. Comme pour San Martín, cette année a été celle de la revanche pour Quilmes. Après un début de saison correct malgré un mois de mai compliqué, le Cervecero est parvenu à accrocher tranquillement sa place dans le quatuor de tête. Une régularité qui force le respect et qui place l’autre Decano du football argentin dans une belle position d’outsider pour le tournoi à venir.

Durant la saison, aucune individualité ne s’est réellement détachée des autres, le travail a été collectif jusqu’au bout. Pour preuve : aucun joueur de Quilmes ne dépasse la barre des dix buts cette saison et seulement trois ont inscrit cinq buts ou plus. Malgré quelques difficultés, la saison de Federico Anselmo, arrivé libre de Palestino, a été une vraie satisfaction dans le système du Decano. Mais plus qu’un joueur, c’est toute une équipe qui a brillé cette saison. Un bel état d’esprit insufflé par le coach Facundo Sava et qu’il faudra matérialiser par une montée dans les prochaines semaines.

Plus aperçu en Première Division depuis 2019, San Martín semble être l’un des favoris pour la course à la montée cette année.

3ème : Almirante Brown (59 points)

Chez Derniers Défenseurs, on a eu le nez creux en vous parlant de Almirante Brown en avril dernier. Véritable surprise de la saison, le promu Mirasol a dominé de la tête et des épaules le groupe A pendant plus d’une dizaine de journées, avant de sombrer un peu, sans jamais toutefois réellement flirter avec la cinquième place. Une fin de championnat un peu difficile qui laisse un petit goût amer en bouche, malgré la folle saison réussie par ceux de La Matanza.

Collectivement, l’équipe s’est rapidement adaptée aux exigences de la deuxième division, malgré un léger faux départ (trois défaites entre mi-mars et début avril). Mais petit à petit, elle a trouvé son rythme de croisière, ne perdant aucun match entre le 10 juillet et le 17 novembre. Un rythme effréné maintenu notamment grâce à Santiago Vera. À 22 ans, le pibe est la nouvelle sensation du côté de la Fragata. Avec neuf buts en trente matchs, il est indéniablement le joueur qui a marqué la saison du Mirasol.

Désormais qualifié, le rêve laisse place à un désir fou : celui d’offrir, quelques mois avant de fêter ses cent ans, une montée au club de La Matanza.

4ème : Club Atlético San Martín (57 points)

Pour ceux qui suivent assidûment la Primera Nacional, il n’est absolument pas étonnant de voir le Ciruja à cette place. Premier de son groupe avant l’arrêt du championnat l’an dernier, le club avait vu sa demande de montée refusée par l’AFA d’abord, puis par le TAS, ayant invoqué “le mérite sportif” au détriment du jugement administratif. Revanchard, le Santo avait à cœur de prouver que du mérite, il en avait. Extrêmement réguliers malgré un très gros retard à l’allumage (trois nuls et deux défaites sur les cinq premiers matchs), les Rouge et Blanc ont vite relevé la tête, ne concédant que deux défaites entre le 13 juillet et le 15 novembre.

Une série impressionnante qui se traduit aujourd’hui par une belle quatrième place en championnat. Mené par le duo Cano-Estigarribia (respectivement six et neuf buts) et assisté par une défense de fer (seize buts encaissées seulement), le Ciruja sera l’un des favoris du Torneo Reducido. Car désormais, l’autre club de Tucumán n’a plus qu’un objectif en tête : retrouver en première division son pire ennemi, l’Atlético Tucumán pour disputer de nouveau le Clásico Tucumano. Un Clásico qui n’a pas eu lieu depuis 2018 et qui manque cruellement dans le paysage du football argentin.

La déception de la saison :

Pour la distribution des mauvais points cette année, difficile de dégager réellement une seule déception, tant la saison a été compliquée pour deux clubs historiques du championnat argentin : Nueva Chicago et Chacarita Juniors.

Pour le premier, la saison a très vite tournée au cauchemar. Le Torito de Mataderos, incapable de mettre un pied devant l’autre, a sombré dans les tréfonds du championnat dès le début. Sans jamais vraiment s’en relever. Pire encore, la première victoire est venu deux mois après le début du championnat, contre le Gimnasia Mendoza. La suite de la saison n’est qu’une succession de matchs nuls et de défaites avec comme point d’orgue, le sprint final. Une moyenne de quatre pions encaissés par rencontre sur les quatre derniers matchs, et un seul et minuscule point pris. Un environnement morose et un fond de jeu inexistant qui ont conduit inévitablement le club de Mataderos à la dernière place du groupe. Pour les supporters, la situation a assez duré et depuis quelques semaines, ces derniers font front contre leur direction, réclamant publiquement des élections pour décembre prochain. Bonjour l’ambiance.

Federico Vismara, ici à la lutte avec Camilo Mayada. La saison 2017/2018 semble déjà être un lointain souvenir pour Chacarita qui va passer une année supplémentaire au purgatoire.

Même son de cloche à Chacarita. Classé avant-dernier, le club du quartier de Villa Crespo à Buenos Aires a lui aussi connu une saison galère. Pourtant bien embarqué au commencement (10 points en cinq matchs), el Funebrero a littéralement explosé en plein vol, ne gagnant que deux petits matchs entre le 17 juin et 6 novembre. Plus inquiétant encore, depuis début août, Chacarita n’a pas gagné un seul match et reste sur une série de 16 rencontres sans victoire. Une série glaçante qui fait monter la grogne chez des supporters inquiets et complètement désabusés. Car avec la quatrième pire attaque et la deuxième pire défense du championnat, el Funebrero n’envoie aucun signe positif pour la saison prochaine. Comme à Nueva Chicago, les supporters font bloc et réclament eux aussi des élections pour la fin d’année.

Groupe B : Scandale et renaissance

1er : Barracas Central (58 points)

C’est sans aucun doute le sujet le plus épineux de cette saison de Primera Nacional. Surprenant leader de son groupe, Barracas Central a fait preuve d’une solidité sans équivoque dans sa recherche de Première Division. Six petites défaites sur trente-quatre matchs et une belle période d’invincibilité, trois mois pour être exact, entre mai et fin août. Sans être particulièrement transcendant dans le jeu, les Baraqueños ont joué le jeu jusqu’au bout avec sérieux et application. Comme avec Quilmes dans le groupe A, ce triomphe est avant tout un triomphe collectif puisque seuls deux joueurs dépassent la barre des six buts en championnat (Mauro Albertengo et Dylan Glaby) et seulement un autre atteint les cinq unités. Un Guapo peu prolifique mais efficace, n’hésitant jamais à verrouiller pour conserver un score : dix victoires sur seize on été acquises avec seulement un but d’écart.

Pourtant, une ombre se dresse au tableau. Depuis quelques semaines, les Baraqueños sont sous le feu incessant des critiques les plus virulentes. La cause ? De gros soupçons d’ingérence, de corruption et de collusion entre les arbitres, Barracas Central et son président : Claudio Tapia. Car le Chiqui (comme il est surnommé), n’est pas seulement le boss du officieux du Guapo. Il est aussi accessoirement le président de l’AFA et par définition, le numéro un dans le paysage du football en Argentine. Simples rumeurs à la base, les soupçons se sont confirmés ces dernières semaines après plusieurs décisions arbitrales assez douteuses et toujours en faveur de Barracas.

Un coup derrière la tête pour les hommes de De Paoli, qui devront faire fi de l’ambiance pesante qui règne actuellement au club pour se concentrer au mieux sur l’objectif premier du club : la montée en Primera División. Une montée qui signifierait beaucoup, le Guapo n’ayant pas mis les pieds en Superliga depuis 1934.

2ème : Ferro Carril Oeste (57 points)

Là aussi, on a eu du flair en janvier dernier quand on avait évoqué le club de Ferro Carril Oeste. Car, après une élimination plus que décevante contre Atlanta en huitième lors du Campeonato de Transición, Ferro était un peu au fond du trou. D’ailleurs le championnat a commencé de la pire des manières pour le Verdolaga : une petite victoire en six matchs. Après quelques ajustements tactiques et l’ajout de renforts de qualités (comme le Griego Ellacopulos), la locomotive verte se met en marche et grappille les places les unes après les autres. Au moment du sprint final, Ferro enchaîne 5 victoires en 6 matchs et monte de justesse sur le podium. Au Caballito, quartier originel du Verde, plus de doute : la renaissance est en marche.

Une renaissance pour Ferro mais aussi pour Brian Fernández, l’attaquant de Ferro. Ancien grand espoir du football argentin, le pibe de Santa Fe revient de loin. Un périple fou qui l’a conduit sur les terrains argentins, chiliens, mexicains, américains et même français, à Metz, le temps d’une (médiocre) saison. Ultra-talentueux, le gamin a gâché comme un grand son prometteur début de carrière.

Caractériel, imprévisible, bagarreur et souvent confronté à de gros problèmes de drogues, El Tanito est revenu en grâce cette saison. Plus assagi, plus calme et plus mature, l’attaquant prêté par le Sabalero a régalé les travées du Templo de Madera avec des dribbles de folie et treize petits buts. L’année du pardon pour Brian ? Rien n’est moins sûr mais en tout cas, Ferro compte bien capitaliser sur son excellente forme.

Brian Fernández, ici sous les couleurs de Necaxa en 2019. Une photo qui illustre parfaitement sa saison : Brian est sorti de l’ombre pour rejoindre la lumière.

3ème : Independiente Rivadavia (56 points)

C’est avec Barracas Central, la petite sensation du groupe B. Emmenée par une équipe de trentenaires, la Lepra de Rivadavia a surpris tout le monde en accrochant sa place pour le petit tournoi. Pourtant, la saison dernière, lors du tournoi de transition, le club de Mendoza n’avait même pas réussi à se qualifier pour les phases finales d’ascension, terminant dernière de son groupe avec quatre points.

Cette année, la tendance s’est inversée. Avec une équipes de darons rompus aux joutes difficiles de la Primera, El Azul del Parque s’est qualifié après une folle remontée au classement. Début août, après une terrible série de onze matchs sans victoire, la montée ne semblait plus qu’un doux mais inaccessible rêve. Aujourd’hui troisième après un excellent rush final, El Azul a profité de deux choses : d’abord, de l’expérience d’un groupe solide et sûr de sa force, même dans les moments les plus critiques. Ensuite, de la faiblesse de ses adversaires lors des moments importants, Guëmes et le Gimnasia de Jujuy se tirant la bourre pour savoir qui allait perdre le plus de points cruciaux dans la course à la montée.

Avec cette montée, c’est tout le club de Rivadavia qui retrouve une seconde jeunesse et les tauliers comme Matías Quiroga (35 ans), auteur de 10 buts cette saison ou Diego Cardozo (34 ans) qui a lui aussi planté dix fois cette saison, auront fort à faire lors du Torneo Reducido afin de prouver que Rivadavia n’est pas juste là pour jouer les empêcheurs de tourner en rond.

4ème : Deportivo Morón (53 points)

On attendait pas forcément le Gallo à cette place là. Sorti un peu piteusement du tournoi l’année précédente par le Deportivo Riestra, Morón a pourtant été assez régulier toute la saison, alternant seulement le moyen et le très mauvais en début de saison (aucune victoire entre début avril et début mai). Comme beaucoup de ses prétendants, Morón a connu un démarrage assez exécrable avant de bien revenir en championnat, en restant toujours globalement entre la quatrième et la sixième place de son groupe.

En coiffant Güemes au poteau lors de la dernière journée, Morón s’est permis de venir gratter sa place de huitième larron pour le Torneo Reducido. Une place qui vaut cher pour un Gallo solide mais réelle force ni faiblesse. Un collectif bien huilé, de la première ligne défensive avec Cristian Broggi, titulaire indiscutable de la première à la dernière journée, jusqu’aux attaquants, avec l’émergence sérieuse de Tobías Zárate, neuf buts cette saison et prêté par Vélez.

Ce tournoi, aussi inattendu soit-il, sera aussi l’occasion peut-être de retrouver l’ennemi de Casanova, Almirante Brown et peut-être de porter le coup d’épée fatidique dans les rêves de montée de La Fragata. Ce qui est sûr, c’est que le Gallo ne part pas favori mais fera tout pour accrocher une saison dans l’élite. Une élite qu’il n’a pas connu depuis 1969.

La déception :

Ce n’était vraiment pas l’année de la Crema. L’Atlético Rafaela, demi-finaliste du tournoi de transition de l’an dernier, a traversé la saison d’une manière très fluctuante. Un temps pas loin des places qualificatives, un temps pas loin des dernières places, l’équipe coachée par Walter Otta n’a jamais su être régulière et a enchainé les périodes fastes (sept matchs sans défaites entre mars et mai) comme les périodes de vaches maigres (neuf matchs sans victoire entre juillet et septembre), enterrant alors tout espoir de montée.

Claudio Bieler avec le maillot de Kansas City. Dernier des Mohicans de la Crema, il a porté le club à bout de bras. Sans réel succès malheureusement.

Une instabilité chronique plutôt simple à comprendre mais qui n’explique pas tout : premièrement, l’équipe a été dépouillée de ses meilleurs éléments lors du dernier mercato. Matias Godoy, sa dernière pépite s’est envolée pour Argentinos Juniors après un petit détour par la Croatie et le Dinamo Zagreb. Ijiel Protti, son attaquant prolifique, s’en est allé du coté de Tigre pour s’éclater avec le Matador. Sans le sou et amputé de ses meilleurs joueurs, la Crema a dû se réinventer en allant puiser dans son centre de formation.

C’est ainsi qu’au début de la saison, une dizaine de jeunes sans expérience sont venus grossir les rangs d’une effectif déjà léger. Avec la cinquième moyenne d’âge la plus jeune de Primera Nacional et la perte de ses meilleurs éléments, Rafaela ne pouvait espérer mieux qu’une décevante quinzième place. Seule petite lumière dans la grisaille, les treize buts de Claudio Bieler, le vétéran de l’attaque, qui réussit parfaitement son second passage au club et l’émergence d’Alex Luna, dix-sept ans à peine, mais qui est déjà l’une des plus belles promesses du championnat.

Le calendrier du Torneo Reducido

  • Grande finale entre Barracas Central et le Tigre : le 21 novembre à l’Estadio Florencio-Sola de Banfield
  • Quarts de finale : match aller le 22 novembre, match retour le 27 et 29 novembre
  • Demi-finales : à confirmer
  • Petite finale entre les vainqueurs de demi-finales : à confirmer

Crédits photos : Getty Images

Primera Nacional : la dernière ligne droite !
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En haut