Afrique

Romain Molina, un lanceur d’alerte dans le football

Ce jeudi soir, le journaliste Romain Molina organisait sur Twitter un live afin de rebondir sur l’affaire Ferland Mendy, qu’il a mentionnée et qui avait fait grand bruit la veille. Loin de s’y tenir, il a rappelé pendant près de quatre heures au total les problèmes de corruption et d’agressions sexuelles qui rongent les fédérations du monde entier.

Personnage désormais connu du grand public grâce à ses informations exclusives et totalement bouleversantes sur la gestion interne de certains clubs français, Romain Molina fournit un travail bien plus profond et sérieux que de simples “buzz” occasionnels. Des enquêtes sur la Fédération haïtienne de football, sur la Fédération malienne de basketball ou encore sur la Fédération mongole de football, qui ont permis de traiter en justice certains criminels qui y siégeaient impunément et de débarrasser, au moins en partie, ces organismes de la vermine qui les rongeait. Entre menaces de mort, agressions sexuelles à très grandes échelles et corruptions en tout genre, retour sur les dénonciations du journaliste français.

La pédophilie comme mal endémique

L’un des principaux faits que Romain Molina dénonce, ce sont les agressions sexuelles sur mineurs qui sévissent partout dans le monde et surtout dans les grands organismes du sport, en France comme en Afrique par exemple.

Des victimes partout à travers le monde

Pour appuyer ses propos, Molina donne en particulier un exemple glaçant au cœur d’un centre de formation français. “Des joueurs ont attrapé des maladies anales tellement ils ont été violés. Aujourd’hui, ce sont des joueurs de Premier League et de Ligue 1, avance-t-il. Le mec qui les a violés a gardé la première licence de tous les gosses dont il a abusés. Ils sont plus de 400.” Des propos à peine croyables tellement ils paraissent sortis d’une fiction d’horreur. Dans les prochains mois, Molina devrait néanmoins sortir un ensemble de documentaires et d’enquêtes afin de prouver tous les faits qu’il avance.

Parfois même, la pédophilie serait généralisée par certains organismes. Le patron de l’arbitrage colombien fait spécifiquement l’objet d’une dénonciation du journaliste français. C’est le cas aussi pour l’une des principales écoles de football de République Démocratique du Congo à Kinshasa qu’il ne souhaite cependant pas viser directement pour le moment. Selon lui, il s’agit d’une institution “dirigée par des pédophiles“. Rien que ça. Mais là où certains pays africains se démarquent, c’est par leurs agissements – même sporadiques – à l’encontre de ces phénomènes, Molina avançant les exemples du Tchad ou du Mali. Créant par là même un contraste saisissant avec des fédérations qui se voudraient plus attentives à ces questions. “La Fédération malienne a fait plus pour la défense de certaines mineures que la justice française“, dit-il avant d’exprimer la honte qu’il dégage de ce bilan.

Entre silence et couverture de ces pratiques

Dans d’autres affaires, confie-t-il devant près de 75 000 auditeurs, on “couvre sciemment des affaires de pédophilie” au sein de centres de formation de Ligue 1 ou on “enterre le dossier d’un coach international pris en flagrant délit pour avoir violé deux filles de 13 ans en 2017“. Des nouvelles qui, plus elles s’accumulent, plus elles inquiètent sur l’état réel du football dans ses coulisses les plus obscures. Et ceux qui prennent la lumière ne semblent en tout cas pas prêts à en faire usage pour les dénoncer. Molina critique particulièrement la joueuse américaine Megan Rapinoe qu’il décrit comme “plus intéressée pour prendre de l’argent que pour défendre des gamines“. Quand une image potentiellement forgée dans le faux depuis des années vole en éclats.

A en croire Romain Molina, Megan Rapinoe est loin d’être une aussi fervente défenseuse des droits des femmes que ce qu’elle veut faire croire.

Entre inactivisme et corruption des plus hautes instances du football

A travers tous les exemples que Romain Molina est en mesure d’avancer, il est donc souligné à quel point les scandales connus ou tus d’agressions sexuels restent trop peu poursuivis en justice. L’un des principaux coupables de ce dangereux laxisme n’est autre que la FIFA, plus haute autorité du football mondial. Nouvelle bombe. Mais loin d’être la dernière.

Des institutions dépassées à tous les niveaux

Pour dénoncer le manque de réactivité de l’organisation face aux viols ou à d’autres situations tout aussi graves, Molina illustre son propos par un exemple. Celui d’une joueuse haïtienne qui l’appelle car “menacée de mort et [qui lui] demande de l’aide“. Une aide que le journaliste tente dans un tout premier temps de lui offrir par le biais de la FIFA. En vain. “On a attendu une réponse pendant 48h dans une situation aussi urgente. Si je n’avais pas eu quelqu’un pour s’occuper d’elle sur place, je n’ai aucune idée sur ce qui lui serait arrivé“, s’insurge-t-il.

Ces vices se forment aussi d’une corruption qui touche des organisations continentales telles que la CAF. “Aujourd’hui, à la CAF, les dirigeants marocains pourraient chier par terre que la CAF dirait que c’est bien, dénonce le journaliste. Les Marocains ont un pouvoir énorme à la CAF“. A l’échelle nationale, même bilan. En Europe comme en Afrique. La FFF, où “le fait que Noël Le Graët soit maintenu en place malgré ses gros problèmes de santé profite à beaucoup de monde“, est notamment dans le viseur de Molina.

Les cas du Djibouti et du Kenya pour incriminer la FIFA

Là où l’ingérence de la FIFA est la plus criante, c’est néanmoins concernant deux exemples africains, selon lui. D’abord celui du Djibouti, dont le secrétaire général de la Fédération, drogué, aurait “mimé des gestes de sodomie et de fellation” à une hôtesse de duty free en Turquie. De quoi déclencher un incident diplomatique entre les deux pays et obliger la FIFA à envoyer une commission au Djibouti, sur demande de l’Etat africain. Pour quelle conclusion ? Celle que l’Etat devrait “donner plus de moyens à la Fédération“. Un bilan absolument lunaire et qui ne remet en rien en cause la gestion des institutions de la FIFA aux niveaux nationaux.

Au Kenya, son de cloche semblable, où la “Fédération possède 16 comptes en banque, avec des comptes masqués“. Le rôle de la FIFA là-dedans ? Un aveuglement complet face à ces pratiques et une aide financière qui permet, finalement, de maintenir ce système de corruption et supposément de détournement de fonds.

Les vices du ballon rond dans toutes ses formes

Plus incroyables, au sens littéral du terme, les unes que les autres, les déclarations de Romain Molina n’écartent presque aucune fédération. Beaucoup critiquent volontiers le journaliste français, tentés de penser que ses informations ne sont pas fondées et simplement “balancées à la volée”. Rappelons néanmoins que certaines de ces informations, Molina les avait déjà évoquées de la même manière il y a quelques mois avant de les étayer auprès du grand public par la suite. En témoigne l’affaire Ferland Mendy. Rappelons également que ses enquêtes, en Haïti, en Mongolie, au Mali ou au Kenya ont été d’utilité publique pour assainir leurs fédérations de membres aux comportements violents ou dangereux.

Du grand n’importe quoi à la CAF…

Toutefois, les comportements dangereux persistent à tous les niveaux. Au Gabon, “il s’en est passé des choses… notamment des kidnappings“, divulgue le collaborateur du New York Times. Peut-être pire en Guinée-Bissau où cela touche le plus haut niveau de la Fédération : “L’ancien président a fait le supplice du pneu a un mec, dégaine-t-il avant de l’expliquer. Il a mis un mec dans un pneu et il y a mis le feu“. Ajoutons à cela l’ancienne capitaine du Sierra Leone qui vivrait en cavale à cause de menaces de mort. Et la révélation sur une sélection africaine U17 qui aurait, suite à une réclamation du Sénégal portant sur l’âge d’un joueur, annoncé son décès alors même que le joueur en question évolue toujours avec les espoirs. Un cocktail explosif qui permet à l’Afrique de tenir une place de choix dans les accusations de Molina.

… encore loin de ce qui se passe en Asie

Cependant, il ne s’agit pas du pire continent à ce propos. A en croire le journaliste, “l’Asie est encore plus corrompue que l’Afrique“. Il a d’ailleurs longtemps travaillé sur certains dossiers asiatiques comme le cas mongol, où du chantage sexuel a particulièrement été pratiqué à l’encontre de la grand-mère d’une joueuse. D’autres affaires sont évoquées, parmi lesquelles celle du Timor oriental ayant “fait jouer des Brésiliens qui avaient éliminé la Mongolie“. Des exemples plus récents aussi, mais là plus supposés qu’affirmés, concernant le match entre le Liban et les Emirats arabes unis il y a quelques jours. “Des matchs en Asie sont truqués“, conclut-il.

Le journaliste français basé en Andalousie provoque séisme sur séisme dans le milieu du football. Son travail, essentiel pour rendre le milieu du football plus sain et en écarter ses prédateurs sexuels ou financiers, n’a pourtant pas encore été rendu entièrement public. Pour le moment, il ne s’agit surtout que de premières accusations. Un grand nombre d’enquêtes et de dossiers de Romain Molina et de ses collaborateurs du monde entier sont toutefois sur le point de voir le jour. “Il me reste trois mois pour sortir toutes mes enquêtes, garantit-il. Il y aura un avant et un après dans le sport mondial. […] La création d’un nouveau système pour traiter de ces problèmes, ce sera ça mon héritage.

Crédits Photos : Getty Images

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