Afrique

Fábio Gama, un Auriverde chez les Black Stars

Les chemins que l’on emprunte dans le football ne sont pas toujours ceux que l’on aurait imaginés, ceux dont on aurait rêvé. Certaines trajectoires sont parfois atypiques et mènent des joueurs jusque dans des destinations que personne n’aurait jamais soupçonnées. Ni eux, ni les amoureux du football. C’est le cas de Fábio Gama, le milieu offensif brésilien d’Asante Kotoko, au Ghana, avec qui nous avons pu nous entretenir.

Un début de carrière sous le soleil

C’est une histoire qui commençait bien, au bord de l’eau, dans la ville de Salvador de Bahia, au nord-est du Brésil. Le jeune Fábio Gama dos Santos fait partie de la promotion 2012 de l’EC Bahia, le club phare de l’État éponyme. Milieu offensif de poche dans la pure tradition brésilienne, technique, avec une belle touche de balle, il intègre le groupe professionnel des Tricolores mais ne peut s’exprimer qu’à l’entraînement. Car les jours de matches, Fábio les passe en tribune. À l’exception de la deuxième journée de championnat où il s’installe sur le banc de touche qu’il ne quittera pas tout au long du match. Fábio ne s’impose jamais à l’EC Bahia, un club habitué à jouer le maintien en Serie A et la promotion en Serie B. Un club qui n’a formé que peu de stars, les plus célèbres étant Dani Alves et Anderson Talisca.

“Je n’ai jamais perdu la foi”

Fábio Gama

Bon gré, mal gré, Fábio quitte la ville de Salvador et ses immeubles colorés qui donnent un air de dolce vita à cette partie du Brésil. Il boucle ses valises pour s’imposer ailleurs. Il a des contacts avec des clubs européens mais « les deals n’aboutissent pas ». Il sillonne les routes de son pays natal, saison après saison, jamais en première division. Il s’engage d’abord en prêt avec le Botafogo SP, dans l’État de São Paulo, où il joue enfin quelques matches. Au terme de cette expérience concluante, il revient dans l’État de Bahia, à Serrano, où il ne foulera jamais la pelouse. L’État de Bahia ne lui réussit pas, il n’y mettra plus les pieds. Il reprend sa route semée d’embûches à travers différentes régions de son pays natal, six années durant. Botafogo da Paraíba, Gama, ABC Futebol Club, Campinense, Itabaiana, Gama de nouveau et enfin URT. Aucun nom qui ne fait rêver, si ce ne sont deux homonymes d’un grand club portugais. Au sein de tous ces clubs, il ne dépasse les 10 matches par saison que deux fois. La carrière de Fábio est laborieuse et pourtant, lorsqu’on l’interroge à ce sujet il répond : « Je n’ai jamais perdu la foi. Les moments durs de ma vie et de ma carrière m’ont rendu plus fort, plus sûr de moi. J’essaye toujours de surmonter les épreuves de la vie et, avec l’aide Dieu, j’y suis parvenu ». Une réponse très brésilienne tant on connaît l’importance de Dieu pour les joueurs auriverdes.

Le grand frisson avant la pandémie

Après ce chemin de croix, le petit milieu de terrain décide qu’il est temps d’exporter sa conduite de balle à l’international, dans l’espoir d’y exploser. Par le biais d’un agent suédois, il pose ses valises à Värnamo, à 400 kilomètres au sud de Stockholm. Le club évolue en deuxième division et les températures sont souvent négatives en hiver dans cette petite ville de 20.000 âmes. Mais le Brésilien s’y adapte bien et joue 14 matches (pour 2 buts marqués). Désormais hermétique au froid scandinave, il est transféré la saison suivante à Jönköping, à 100 kilomètres plus au nord, où il réalise de nouveau une belle saison toujours en deuxième division. Il a « apprécié ses deux ans en Suède » mais les contrats y sont précaires et de courte durée, pas plus d’une saison. À la fin de son aventure scandinave, nous sommes le 17 mars 2020. La pandémie de COVID-19 touche l’ensemble de la planète. Les championnats de football s’arrêtent les uns après les autres… Fábio saute dans un avion et rentre au Brésil. Il y reste 7 mois sans club mais « [s]’entraîne avec un préparateur personnel pour [se] préparer pour [son] prochain défi ».

Fábio Gama sous les couleurs de Värnamo, en deuxième division suédoise.

Fin 2020, la vie semble reprendre son cours et, avec elle, le football reprend ses droits. Les championnats se remettent en route et il est temps pour Fábio de se trouver un club. Son agent lui propose une destination aussi inédite qu’inattendue : le Ghana. « La décision n’a pas été difficile à prendre car j’ai vu cette proposition comme une bonne opportunité de relever un nouveau défi ». Les valises sont rapidement faites, Fabio saute dans un avion pour traverser une nouvelle fois l’Atlantique avec, cette fois-ci, une destination bien différente de la première.

Bienvenue chez les Black Stars

Fabio débarque ainsi à Kumasi, dans le sud du Ghana, où siège l’Asante Kotoko dont il portera désormais les couleurs. Le club de la région d’Ashanti est le plus titré de l’histoire du championnat ghanéen avec 24 titres mais dont le dernier sacre remonte à 2014. Les Porcs-épics, le surnom du club, ont pour ambition de redevenir le club numéro un au Ghana et de s’y imposer tout en côtoyant l’élite continentale, la CAF Champion’s League, qu’ils ont remporté par deux fois (1970, 1983).

La ville est peuplée par deux millions de personnes, bien loin des quelques dizaines de milliers d’âmes vivant dans les villes suédoises où il a joué précédemment. Le climat y est différent aussi, les températures ne passant jamais, ou presque, sous la barre des vingt degrés. La culture également est différente mais ça ne pose aucun problème au baroudeur brésilien : « Au début ce n’était pas facile mais j’ai eu une adaptation très rapide. Maintenant, je me sens bien au Ghana ». Si bien qu’il sera rejoint quelques mois plus tard par un autre brésilien en provenance de deuxième division suédoise, Michael. Fábio Gama élude la question lorsqu’on lui demande s’il a joué un rôle dans son arrivée en Afrique mais toujours est-il que son aventure ghanéenne ne durera que trois mois pour 4 matches et 2 buts. Les raisons du départ de son compatriote ne sont jamais évoquées avec Fábio qui assure concernant la vie et les salaires de footballeurs au Ghana : « C’est très sympa, je n’ai pas à me plaindre ».

Fabio Gama après avoir marqué un but en championnat ghanéen.

Le départ de Michael (et les autres mouvements sur le mercato) a pour conséquence de faire de Fábio le seul joueur non africain du championnat ghanéen. De quoi en faire une attraction, une petite star locale. Lui considère une autre raison à sa popularité et l’explique : « le bon football qu’[il] joue depuis son arrivée ». Les statistiques lui donnent raison. À titre personnel, il réalise la meilleure saison de sa carrière avec 4 buts en 30 matches. Au niveau collectif, son club s’est longtemps battu pour le titre mais une mauvaise fin de championnat l’a contraint à terminer deuxième. Son meilleur classement depuis 2015. « Ce fut l’une des meilleures saisons de ma carrière et je suis vraiment reconnaissant envers l’Asante Kotoko pour avoir cru en moi », lance-t-il. Cependant, il refuse de minimiser ses statistiques en concédant que le niveau du championnat ghanéen est plus faible que dans les autres championnats qu’il a côtoyés mais il assure que « le football est difficile partout et je me suis amélioré au Ghana. Et je sais que je peux encore m’améliorer ».

Inévitablement, la question de l’avenir s’est imposée. Sa carrière est faite de hauts et de bas mais, comme à ses débuts, Fabio ne perd pas la foi et attend de voir « ce que Dieu a préparé pour lui pour l’avenir ». Celui à qui il reste un an de contrat avec l’Asante Kotoko espère même un jour porter la tunique de l’équipe nationale. Pas la tenue jaune du Brésil, mais la blanche du Ghana. « C’est une possibilité », glisse-t-il. Quand on lui demande si, avec plus de travail, plus de chance, sa carrière aurait pu être différente, Fábio est clair : « Je suis très content de ma carrière. Bien sûr je travaille dur pour jouer au plus haut niveau et je sais que c’est possible. Mais en attendant, je profite ».

Crédits Photos : Getty Images

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