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Entretien avec Souleymane Coulibaly : “Je joue pour les fans, pour le club. Je ne joue ni pour moi, ni pour mon nom”

Détenteur du record de buts lors d’un Mondial U17, passé par Tottenham, et évoluant aujourd’hui à l’Etoile du Sahel, en Tunisie, Souleymane Coulibaly s’est confié à Derniers Défenseurs sur son parcours très riche, ses différentes expériences, ainsi que ses ambitions pour le futur.

Derniers Défenseurs : Bonjour Souleymane, merci beaucoup de nous accorder cette interview. Tout d’abord félicitations pour ton titre de joueur du mois que tu as reçu récemment. Comment tu te sens actuellement ?

Souleymane Coulibaly : Aucun problème ! Ça va très bien. Vous savez, quand vous habituez le club à marquer à chaque match, il faut continuer. C’est quelque chose de normal, mais le plus important c’est d’aider l’équipe. On a une bonne dynamique, avec 7 victoires en 7 matchs. C’est à nous de continuer comme ça.

On va justement revenir un peu plus tard sur ton aventure avec l’Etoile, mais on va d’abord aborder ton début de carrière. Tu arrives de Cote d’Ivoire en Italie à l’âge de 13 ans, puis tu signes à Sienne en 2011, comment cela s’est déroulé exactement ?

Avant Sienne, je jouais avec une équipe qui était à une heure de ma ville, ça s’appelait Arezzo, c’est là-bas que j’ai commencé. Et le président de notre centre de formation était le médecin de Sienne à cette période-là. C’est là qu’il m’a repéré et envoyé là-bas. C’est comme ça que j’ai signé à Sienne. Vu que je marquais beaucoup de buts à Arezzo, je suis allé faire des essais, et ça s’est très bien passé. Quand vous quittez une équipe amateure pour une équipe de Serie B dont l’entraineur est Antonio Conte, c’est normal de faire des tests. Mais tout s’est bien passé et j’ai finalement signé.

Et c’est alors que tu appartiens à Sienne justement, que tu joues la Coupe du Monde des moins de 17 ans en 2011 avec la Cote d’Ivoire …

Je jouais avec l’équipe réserve, et quand cette opportunité s’est présentée, je me suis dit pourquoi pas ! J’ai donc appelé le sélectionneur, qui à ce moment-là était Alain Gouaméné, l’ancien gardien vainqueur de la CAN 1992, pour lui demander de faire un essai avec l’équipe. J’y suis donc allé quand ils sont venus pour un stage en France, et ça s’est très bien passé.

C’est toi qui l’avais contacté ?

Oui absolument, j’avais appris qu’il y avait la Coupe du Monde et qu’il venait faire des repérages en Europe. J’ai profité de cette occasion, et ça a marché.

Il y a d’abord eu le Real Madrid, nous sommes allés là-bas, mais ils ne sont pas tombés d’accord avec mes agents

Par rapport à cette Coupe du Monde justement : tu y inscris 9 buts en 4 matchs (record de la compétition), et c’est un peu là que tout s’accélère, avec plusieurs gros clubs européens qui commencent à te suivre. Est-ce que tu dirais que cette compétition a été le vrai lancement de ta carrière de footballeur professionnel ?

Oui absolument, car avant ça j’étais en réserve en Italie, et puis Sienne n’allait pas me lâcher comme ça car j’étais vraiment performant en réserve, je faisais du bon boulot et ils n’allaient pas me laisser partir facilement. Donc ce mondial m’a donné une chance de me montrer au monde entier, et grâce à dieu, ça s’est bien passé, et c’est parti comme ça !

Souleymane Coulibaly lors du Mondial des moins de 17 ans en 2011

Après cette Coupe du Monde, tu décides finalement de signer à Tottenham. Pourquoi ce choix ?

J’avais dit à mon agent que je voulais trouver un nouveau club le plus tôt possible, car on était déjà en juin, et la préparation pour la nouvelle saison allait bientôt commencer. Il y a d’abord eu le Real Madrid, nous sommes allés là-bas, mais ils ne sont pas tombés d’accord avec mes agents. J’étais à deux doigts d’y signer, et à ce moment-là c’était Mourinho qui était entraineur. Finalement, c’est Tottenham qui a pris l’avion et qui est venu en Italie, puis ils m’ont présenté tout le projet, et c’est parti comme ça.

Tu étais alors convaincu par le projet de Tottenham ?

Pour moi, c’était un bon projet. Seulement, à ce moment-là, l’entraineur de l’époque Harry Redknapp n’était pas le type d’entraineur à faire confiance aux jeunes. C’est ce qui m’a bloqué un peu. La première année, j’ai évolué avec la réserve et j’ai beaucoup marqué, mais je m’entrainais quand-même avec l’équipe première, ce qui était très important pour moi. Il y avait des joueurs comme Gareth Bale, Harry Kane, Adebayor, Younes Kaboul, Defoe, Crouch, Robbie Keane, Gallas, et même Louis Saha. J’ai appris auprès de beaucoup de joueurs, mais malheureusement, à cette époque Redknapp préférait les joueurs d’expérience, donc c’était un peu compliqué. Ensuite, on a remporté un tournoi avec la réserve, et la troisième année j’ai décidé d’aller en prêt. Je ne voulais pas rester comme ça, car en Angleterre, même si tu joues avec la réserve, on ne te voit pas trop. Donc je suis allé en Italie en prêt, à Grosseto (Serie C), pour 6 mois. Puis je suis revenu, et c’est là que j’ai décidé de partir définitivement.

Le seul regret c’est de ne pas avoir eu la chance de jouer en Premier League, et de ne pas avoir pu faire plaisir au club

Quels souvenirs gardes-tu de ton aventure avec Tottenham ?

J’y ai appris le professionnalisme, la discipline, le fait d’apprendre auprès des plus grands. Je me suis aussi entrainé un peu avec Pochettino avant de partir en Italie. Et quand je suis parti, c’est là que les jeunes ont commencé à avoir leur chance. C’est d’ailleurs mon ancien entraineur de la réserve, Tim Sherwood, qui a lancé Harry Kane.

Est-ce que tu nourris des regrets par rapport à ce passage de ta carrière ?

Non, aucun regret. Le seul regret, c’est de ne pas avoir eu la chance de jouer en Premier League, et de ne pas avoir pu faire plaisir au club. Car le club m’a beaucoup aidé, tout comme les supporters qui étaient bien avec moi. J’ai même joué à White Hart Lane avec la réserve, avec un stade plein dans le derby contre Arsenal, où j’ai eu la chance de marquer lors d’une victoire 2-1. Donc mon seul regret, c’est de ne pas avoir eu la chance de jouer devant les fans de Tottenham. A part ça je ne regrette rien. J’ai pris de l’expérience, j’ai grandi en maturité. Et en ces temps, lorsque j’ai choisi Tottenham, ma seule peur était que le mercato finisse et que finalement je ne signe nulle part, donc il fallait que je trouve un club. Et lorsque la Côte-d’Ivoire a été éliminée en 1/8e de finale du Mondial contre la France, on était déjà à mi-juin, alors que la préparation commençait en juillet. Je ne regrette donc pas d’avoir signé à Tottenham, car j’ai beaucoup appris là-bas. Et j’ai vu ce centre de formation de rêve, j’y ai bossé, donc je n’ai aucun regret.

Souleymane Coulibaly sous les couleurs de Tottenham

Revenons maintenant à ton expérience en Italie. Une fois que tu es transféré de Tottenham à Bari, tu es directement prêté à Pistoiese (Serie C), où tu retrouves du temps de jeu, puis tu décides de quitter l’Italie quand le prêt arrive à son terme, et tu reviens en Angleterre en 2015. Pourquoi ce choix ?

Je me sentais bien en Angleterre, et il y avait trop de choses en Italie. J’ai eu la chance de signer à Peterborough, en troisième division. J’ai fait une très bonne saison là-bas, puis j’ai signé en Ecosse. Par rapport à l’Ecosse, je peux dire qu’après la Coupe du Monde, c’était la deuxième meilleure expérience de ma petite carrière. Je fais 6 mois, et je marque 11 buts. Après ça, je signe malheureusement en Afrique. Je ne savais pas ce qui m’y attendais car je n’y avais jamais joué. J’ai donc signé à Al Ahly, où ça s’est bien passé coté football, mais où c’était compliqué du coté extra-sportif. Mais j’ai quand-même été champion, j’ai remporté la coupe, puis il y a eu des problèmes avec la FIFA. Plus tard, l’Etoile m’a proposé de venir ici (en Tunisie), en me disant qu’ils allaient régler ce problème avec Al Ahly, donc je suis venu. Ils m’ont d’abord opéré, car ils ont repéré que j’avais un problème de ligament. D’ailleurs, je ne sais pas comment j’ai fait pour jouer avec ce problème avant, c’est peut-être parce-que je fais beaucoup de renforcement au niveau des cuisses. Donc j’ai fait une opération, je suis revenu tôt, et l’année dernière j’ai bien fini la saison, en aidant l’équipe à finir quatrième. Cette année, je reprends mon rythme petit à petit, et j’espère gagner un trophée pour l’équipe, c’est mon souhait, je suis positif donc je pense que ça va venir.

Pour revenir sur ton expérience en Ecosse : après Peterborough, tu signes à Kilmarnock où ça se passe très bien, puisque tu marques 11 buts en 6 mois. Comment tu expliques cette réussite dans le championnat écossais ?

C’est peut-être le fait d’avoir commencé à jouer en Italie qui fait ma force, que ce soit physiquement ou techniquement. Dans le championnat écossais, tout va très vite, il n’y a pas trop de temps pour contrôler, se retourner. Et j’avais eu la chance cette année-là d’avoir commencé la préparation. Et ça, quand vous vous préparez bien, il n’y a rien de tel ! Avec Kilmarnock, je marquais déjà dans les matchs amicaux, j’étais positif dans ma tête, en forme. C’est comme cette année avec l’Etoile, où on a commencé la préparation très tôt, et où je marquais. D’ailleurs, si on compte les buts que j’ai mis en préparation et ceux du championnat actuel, ça fait 30 buts (rires).

Après l’Ecosse, tu décides donc de signer à Al Ahly, en Egypte. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Ils avaient un bon projet. Ils n’avaient pas gagné de compétition africaine depuis longtemps, donc c’était surtout pour ça. J’étais arrivé au club en janvier, mais j’avais seulement commencé à jouer en mars. Mon premier match, je marque un doublé de la tête, donc l’entraineur n’avait plus le choix, il était obligé de me mettre. Avec le club, ça se passait bien coté football, mais hors du football, on a commencé à m’imposer certaines choses … moi je n’avais jamais vécu ça. Ça m’a fatigué moi et ma famille. Mais ça reste une expérience, ça m’a forgé. Avec cette expérience, quand j’ai signé en Tunisie, j’ai décidé de laisser ma famille à Londres, comme ça, s’il y a un problème, je le gère seul. Je me dis toujours que si j’étais venu directement d’Afrique à ce moment-là, j’aurais peut-être pu pouvoir gérer ça. Mais comme j’avais commencé en Europe, c’était une mentalité vraiment différente.

Souleymane Coulibaly avec son titre de joueur du mois lorsqu’il évoluait à Al Ahly (Egypte)

Tu quittes alors Al Ahly en Juillet 2017, et tu fais ensuite une saison blanche. Peux-tu nous en dire plus ?

Je m’entrainais avec des équipes en Ecosse. Certaines équipes me voulaient, mais il y avait des problèmes avec la FIFA, car c’est seulement en 2018 que la FIFA me donne mon certificat de transfert (Souleymane Coulibaly avait rompu son contrat avec Al Ahly de manière unilatérale, ce qui a entrainé des problème administratifs quant à son transfert vers un nouveau club). En Ecosse, on me connait. Je m’entrainais donc avec des clubs de 3e ou 4e division, pour garder la forme. Puis en 2018, j’ai signé avec Partick Thistle, qui ambitionnait de monter en première division. Malheureusement, ça n’a pas marché, puis je suis venu ici à l’Etoile.

Après l’Egypte, je me suis dit que je ne jouerai plus jamais en Afrique

Comment s’est passée ton expérience avec Partick Thistle justement ?

Je ne joue que 4 matchs car j’étais blessé. J’avais un problème au niveau du cartilage de mon genou gauche, donc c’était compliqué. Aussi, l’entraineur qui m’a fait venir était parti, et le nouveau ne me faisait pas trop jouer vu que je revenais de blessure, donc je suis parti juste après. Ce qui me plait beaucoup là-bas, ce sont les supporters. Même ici en Tunisie, ou en Egypte d’ailleurs. Franchement, moi je joue pour les supporters, je ne joue pas pour moi-même. Je me dis quand que quand quelqu’un achète des tickets, ou un abonnement, il faut lui faire plaisir, il ne faut pas marcher sur le terrain. C’est pour ça que même si je ne marque pas, je vais mouiller le maillot. Il faut donner quelque chose à ces fans qui se battent pour le club, donc à ma manière, j’essaie de me donner à 100%. Avec les buts et la victoire c’est encore mieux, mais tout ça fait partie du football. L’amour que j’ai, c’est l’amour des fans. Je joue pour les fans, pour le club, je ne joue pas pour moi, ni pour mon nom, car grâce à dieu j’ai déjà fait mon nom. Et quand je suis sur le terrain je donne 150%. C’est ce que je demande à mes coéquipiers, et aujourd’hui j’ai un entraineur qui a la même mentalité que moi (Lassad Dridi, entraineur actuel de l’Etoile du Sahel), une mentalité de gagnant, de discipline, et ça me fait plaisir.

Après cette dernière expérience en Ecosse, tu signes à l’Etoile du Sahel, qui est le 10e club de ta carrière. Comment s’est fait ce transfert ?

Moi je n’y croyais pas, car après l’Egypte je me suis dit que je ne jouerai plus jamais en Afrique. Mais après, je suis venu ici, on m’a expliqué le projet, ce qu’ils voulaient, en me disant qu’ils n’allaient pas me bloquer si je performais. Le fait qu’ils venaient aussi de gagner la Coupe Arabe des Clubs, qu’ils voulaient gagner la Coupe de la CAF et la Champions League, ça m’a motivé. En plus de cela, ils ont dit qu’ils allaient gérer mon problème avec Al Ahly. Il y a aussi le fait que les fans aiment le club. Donc j’ai accepté.

C’est les dirigeants de l’époque qui t’ont convaincu de signer pour l’Etoile finalement ?

C’est Monsieur Mehdi Laajimi, qui n’est plus en poste actuellement. C’est lui qui a eu confiance en moi, et je le remercie.

Souleymane Coulibaly lors de sa signature à l’Etoile du Sahel, accompagné du président du club Ridha Charfeddine (à gauche) et de Mehdi Laajimi, ex-membre du comité directeur (à droite)

Quand tu signes, tu as donc des problèmes administratifs avec ton ancien club d’Al Ahly, en plus des pépins physiques avec ton problème au genou. A ce moment-là, est-ce que ça t’a mis une pression supplémentaire ?

Oui, ça me met une pression supplémentaire, et je reviens vite. Normalement, les ligaments croisés c’est 8 mois. En 6 mois j’avais déjà repris la course. Quand je suis revenu de blessure je n’avais juste pas aimé le fait de jouer sur un côté, parce-que ça m’a retardé, et les fans demandaient beaucoup, mais ils ne voyaient pas tout.

Le problème, c’est que l’entraineur m’a mis sur un côté au début, car il a vu que j’avais joué à ce poste en Ecosse. Sauf que moi, en Ecosse, je jouais sur le côté car la légende du club était numéro 9 ! Mais je ne peux pas faire ça ici, car les fans demandent beaucoup, ils sont pressés. Donc j’ai dit à l’entraineur que je ne pouvais pas jouer sur un côté, je peux dépanner, mais au bout d’un moment, il faut que je joue à mon poste ! Au début, c’était Garrido qui faisait ça (en référence à Juan Carlos Garrido, entraineur de l’Etoile entre novembre 2019 et Février 2020), puis quand un nouvel entraineur est arrivé, il a fait la même chose. Je lui ai dit que je ne voulais plus jouer sur un côté, car la pression était trop grande, les fans demandaient des buts, donc je voulais jouer à mon poste. Et la saison dernière, quand Aribi ne jouait plus (en référence à Karim Aribi, ex-attaquant de l’Etoile transféré à Nîmes lors du dernier mercato d’été), j’ai finalement joué à mon poste, et j’ai marqué cinq buts. Après ça, Vieira est arrivé (en référence à Jorvan Vieira, qui a entrainé l’Etoile entre novembre 2020 et janvier 2021), il avait bien commencé le championnat, il faisait jouer ceux qui travaillaient, puis il a commencé à changer l’équipe, après avoir pourtant gagné 3 matchs consécutifs. Je ne vais pas rentrer dans la politique du club, mais c’est comme ça. On a alors perdu contre l’AS Soliman, et là, ça a commencé à chauffer, et il a commencé à me mettre sur un côté.

Puis quand j’ai commencé à jouer à mon poste, beaucoup de fans ont compris que le coté n’était pas mon vrai poste. Je peux jouer sur le côté, pour dépanner, mais mon poste c’est dans l’axe. Aujourd’hui grâce à dieu on a un entraineur discipliné, qui voit quels sont les joueurs qui travaillent, donc ça se passe bien. Et il y a la récompense qui est là, puisque j’ai marqué 7 buts en 5 matchs, ça a tout déclenché. Et je vous assure, si on continue avec cette discipline et cette envie, l’Espérance va avoir des problèmes pour être champion.

Moi de ce que je sais, en Europe, on dit la vérité, je ne savais pas que ça allait créer des problèmes

La saison dernière, tu commences à enchainer les matchs, en inscrivant notamment un doublé contre l’ES Metlaoui, mais la crise sanitaire provoque l’arrêt des championnats. Comment as-tu vécu cette période d’un point de vue personnel ?

Je travaillais à la maison. Je prenais des bouteilles d’eau et je faisais de la musculation à la maison. C’était marrant, je courais à la plage, et j’ai réussi à ne pas prendre trop de kilos. Aujourd’hui j’ai encore perdu du poids, car avec le nouvel entraineur, on ne joue pas (rires). Quand il a signé avec nous, on a fait 4 jours à l’hôtel, c’était matin-soir matin-soir ! Sinon d’un point de vue personnel, cette période était un peu difficile car j’étais loin de la famille.

Lors de cette période de 5 mois sans compétition, est-ce que ton année blanche après ton passage à Al Ahly t’a aidé à garder le cap mentalement ?

Oui absolument. Même dans la tête j’ai grandi en maturité. J’ai compris qu’il y a un dieu, qu’il faut toujours rester humble, garder les pieds sur terre et continuer à travailler. L’humilité pour moi c’est très important.

Comment est-ce que tu as vécu l’instabilité au niveau des entraineurs depuis que tu es à l’Etoile, toi qui en as connu plusieurs ?

Ici c’est compliqué, j’ai tout vu (rires). Mais ce qui me fait plaisir ici, c’est le coté famille, que j’avais en Cote d’Ivoire. Il y a l’ambiance, malgré la difficulté. Tu ne te sens pas seul, tu ne te sens pas étranger. Maintenant, le coté changements d’entraineur, je n’ai jamais compris, je ne sais pas ce qui se passe. Je dois faire avec. En plus, à chaque fois qu’il y a un nouvel entraineur, je lui dis aux entrainements que mon poste est en pointe, il me dit oui, mais quand le championnat commence, il me met sur un côté. Je ne sais pas pourquoi !

Par exemple, quand on est allés jouer en Egypte contre Arab Contractors, l’entraineur de l’époque (Jorvan Vieira) m’avait demandé de marquer le milieu de l’autre équipe pendant tout le match. Je suivais leur numéro 5 comme un fou ! Dans le match retour, j’ai dit non, on doit gagner, donc je ne vais pas faire ça. Donc j’ai décidé, parce-que j’avais trop de critiques, que j’allais prendre les choses en main. Puis à l’époque, une légende de l’Etoile s’était fâchée car j’avais fait des déclarations après le match contre l’Espérance (en référence à Zoubeir Beya, ancienne légende de l’Etoile, qui a vivement critiqué les déclarations de Souleymane Coulibaly sur le fait que l’Etoile n’arrivait jamais à jouer son jeu contre l’Espérance). Moi de ce que je sais, en Europe, on dit la vérité, je ne savais pas que ça allait créer des problèmes. Donc quand le match retour contre Arab Contractors est arrivé, j’ai pris les choses en main, et ça s’est bien passé. Maintenant on a un bon entraineur, et j’espère qu’on ramènera un trophée.

Souleymane Coulibaly sous les couleurs de l’Etoile du Sahel

Après la saison dernière, mouvementée du fait des nombreux changements d’entraineur, est-ce que tu as pensé à quitter le club ?

(Il réfléchit) Il y a des idées qui viennent, mais après on reste concentrés. Je n’ai jamais dit à mon agent que je voulais quitter le club. Beaucoup de gens pensent aussi que je ne peux pas faire 6 mois quelque part. Mais ils oublient qu’en Angleterre c’est différent, tu peux aller en prêt pour un mois seulement par exemple. Donc quand j’allais en prêt, les gens pensaient que je changeais d’équipe, mais moi j’allais en prêt pour retrouver du temps de jeu ! Je ne suis pas là pour jouer en réserve. Quand tu es frais, il faut en profiter. Donc je partais en prêt, et je revenais. Même quand je suis venu ici, les gens me disaient « il ne faut pas fuir » (rires). Ici, c’est ma deuxième année, ça se passe bien, c’est clair qu’il y aura des moments difficiles, mais maintenant je m’habitue à la pression, j’essaie de me calmer. J’espère juste ne pas faire 2-3 mois sans marquer, car ça fera trop.

Pour revenir à cette saison, tu en est déjà à 11 buts en 16 matchs TCC. Que penses-tu de ton aventure avec l’Etoile jusque-là ?

Mes meilleurs moments, c’est actuellement, avec le nouvel entraineur. Le plus important ce sont les victoires. Quand on gagne, on gagne ensemble, donc ça fait plaisir. On a un match très difficile dimanche, si on gagne on sera à 5 points du troisième, ce qui est très important pour nous, donc il faut tout faire. Un très bon souvenir, c’est aussi le match contre le Stade Tunisien, où je suis revenu défendre, puis dans la même action je marque le but de la victoire à la dernière minute.

Je pense, à mon avis, que c’est l’équivalent du championnat de troisième division en Espagne

Quand tu arrives en Tunisie, quelles sont les différences principales que tu as ressenti dans ta vie de footballeur par rapport aux pays où tu as joué auparavant ?

Ici, franchement, ils aiment le football. Ils adorent ça. Malheureusement j’arrive à un moment où le club est en difficulté financière, mais malgré cela, j’essaie de rester concentré, car à peu près tous les joueurs de l’Etoile ont les mêmes problèmes. Le plus important, c’est de faire son boulot, et c’est ce que je fais. Ici, ce qui me plait beaucoup, c’est le fait que les gens sont accueillants. Ils sont attachés au football, au club, quand ils te voient dans la rue ils demandent des selfies, toutes ces petites choses me font plaisir. Par contre, quand tu ne marques pas, on t’insulte (rires). Tout ça fait partie du monde de l’Etoile, donc j’essaie de m’habituer, de gérer la pression, et lors des matchs importants je dois être présent, donc c’est ce que je fais actuellement.

Dans ton adaptation, il y a des joueurs ou des personnes du club en particulier qui t’ont aidé ?

Oui, le capitaine Chikhaoui. Par exemple, je me souviens d’un déplacement au Soudan la saison dernière, où il m’a demandé de venir aider l’équipe. Il encadre tout le monde, même quand il ne joue pas, il nous encourage tous. C’est un bon exemple pour moi.

Que penses-tu du championnat tunisien et du football tunisien en général ?

Moi, je pensais que le championnat tunisien était facile quand j’étais à l’extérieur. Quand je suis venu, j’ai vu que c’était plus compliqué. Mais une fois que tu es adapté, que tu as l’intelligence, la lecture du jeu, ça va beaucoup mieux. Mais ça, c’est mon secret à moi, je ne le dirai à personne (rires). Sinon, c’est un bon championnat, technique, physique aussi. Les équipes qui affrontent l’Etoile sont souvent en bloc bas, mais certaines jouent du bon football : l’Espérance, le Club Africain, Sfax, ce sont les clasicos. Monastir aussi, qui avait une bonne équipe la saison dernière, et même cette saison. Je pense, à mon avis, que c’est l’équivalent du championnat de troisième division en Espagne. Il suffit de t’adapter et de comprendre la lecture du jeu.

Il y a des difficultés en particulier auxquelles tu as dû faire face à ton arrivée en Tunisie ?

Le fait qu’on me fasse jouer sur le côté. Je revenais de blessure, on me met sur le côté, c’est compliqué ! Attendez au moins un peu ! Mon premier match, c’était contre le Club Africain, donc un clasico : boum sur le côté. Donc ce n’était pas facile.

Moi, je me plais dans tous les systèmes si tu me laisses faire mon boulot

Aujourd’hui, vous venez de vous qualifier pour la phase de groupe de la Coupe de la CAF, vous êtes bien placés en championnat, c’est quoi tes ambitions avec le club à titre personnel ?

Personnellement, je veux gagner la Coupe de la CAF, le Championnat, la Coupe de Tunisie, tous les trophées. C’est comme ça. Maintenant, c’est à moi d’aller les chercher. D’un point de vue personnel, je vise aussi le titre de meilleur buteur. Mais si tu es trop focalisé sur les buts, tu ne vas pas y arriver.  Je dois donc me focaliser collectivement, et les buts vont venir. Car on est capables, on a les qualités. Il suffit qu’on se mette tous à travailler, qu’on soit solidaires, qu’on essaie d’être plus disciplinés.

Depuis ton arrivée à l’Etoile, on t’a donc vu évolué sur un côté, mais aussi dans un système à deux attaquants par moments. Tu as par exemple été associé à Redouane Zerdoum ou Fakhreddine Ouji sous Jorvan Vieira. Que penses-tu de ce système ?

C’était un bon système, mais il y a un problème que les supporters ne savent pas. Quand on jouait à deux, le coach me demandait à moi de décrocher. Déjà que c’est difficile de marquer en Tunisie, ça l’est encore plus si je ne joue pas à mon vrai poste. Seul en pointe, ou deux en pointe, ce n’est pas grave, ça dépend aussi des matchs. Par exemple, contre Young Buffaloes (Eswatini), ils étaient tellement bas qu’on a été obligés de passer à 2 attaquants à un moment. Parfois, le 10 devient un peu comme le deuxième attaquant. Msakni peut jouer ce rôle, Chikhaoui aussi, donc moi je me plais dans tous les systèmes si tu me laisses faire mon boulot. Mais actuellement ça se passe bien, et j’espère qu’on va continuer comme ça. C’est à moi d’avoir les pieds sur terre et de continuer à bosser.

Souleymane Coulibaly célébrant un but avec l’entraineur de l’Etoile du Sahel, Lassad Dridi

Pour revenir au nouvel entraineur, Lassad Dridi : comment tu expliques la véritable renaissance de l’équipe depuis qu’il est à sa tête ? Qu’est ce qui te permet de te sentir mieux avec lui à titre personnel ?

Personnellement, je suis un bosseur. Et comme dans la vie de tous les jours, quand tu es un bosseur, il faut marcher avec un bosseur. Si un bosseur marche avec un fainéant, s’il ne fait pas attention, il va devenir fainéant. Donc j’ai eu la chance d’avoir un entraineur bosseur et discipliné, qui a des ambitions, qui veut gagner des trophées, donc moi ça me fait plaisir. Et la saison dernière je disais à mes coéquipiers : moi je ne suis pas venu en vacances, je suis venu ici pour travailler, pour gagner des trophées. Donc quand vous avez un entraineur comme ça, qui pousse tout le monde à avoir cette mentalité, ça fait plaisir. On est en train de bosser dur actuellement, de se sacrifier, et ça fait plaisir. Le match contre le Stade Tunisien, par exemple, on est allés chercher la victoire comme des fous. C’est cette envie avec laquelle on doit continuer. Donc j’espère qu’on va continuer jusqu’au bout.

Quand je venais d’arriver à l’Etoile, Firas Belarbi m’a beaucoup marqué. Je lui disais “tu peux faire comme Messi si tu veux”

Que penses-tu qu’il manque à l’équipe pour passer un cap en championnat et dans les compétitions africaines ?

Techniquement et tactiquement, rien. Mais comme dans la vie, je pense qu’il manque toujours un petit peu de travail. Travail, travail, travail. Sans travail on ne peut rien faire. Pourquoi tout le monde prend l’exemple de Cristiano ? Parce-que c’est un bosseur. Il n’était pas né comme Messi. Mais quand tu mets beaucoup d’effort, tu y arrives. Et ça je l’ai appris en Angleterre, celui qui travaille, il est meilleur que celui qui se contente de son talent. J’ai vu ça plusieurs fois. Harry Kane par exemple : quand je jouais à Tottenham, sans vouloir me jeter des fleurs, il ne jouait pas à ce moment-là. Mais avec le travail, regarde aujourd’hui : il a travaillé comme un fou, après l’entrainement il travaillait devant les buts, aujourd’hui ça ne m’étonne pas qu’il ait réussi. Il y a l’exemple de Eden Hazard que je respecte beaucoup, mais il ne travaille pas. Si tu ne travailles pas, un petit va venir et prendre ta place. Et c’est la réalité, il est arrivé au Real Madrid, il est tout le temps blessé, car il ne travaille pas de nature. La vie de tous les jours c’est le travail, il ne faut pas te dire que tu es arrivé, il faut toujours rester petit, rester humble, avoir la tête sur les épaules, accepter les critiques et continuer à travailler. C’est aussi pour ça que je n’avais pas répondu aux critiques de la légende de l’Etoile, je me suis tout de suite excusé sur Instagram et continué à travailler.

Est-ce qu’il y a des joueurs qui t’ont marqué depuis que tu es en Tunisie ?

Quand je venais d’arriver à l’Etoile, Firas Belarbi m’a beaucoup marqué. Je travaillais avec lui à la salle de musculation. Je lui disais « tu peux faire comme Messi si tu veux », mais seulement s’il veut. Car il a le talent, la technique. Après, comme j’ai dit, c’est le boulot, c’est tout. Sinon, à l’Espérance de Tunis il y a le libyen Hamdou Elhouni qui est un bon joueur aussi, quand il pénètre avec le ballon. Mais si vous regardez bien, il ne défend pas (rires). Sinon il y a Chikhaoui qui malgré son âge reste costaud, il y a Ben Amor qui retrouve sa forme, Haj Mahmoud, Baayou. Après comme je l’ai dit c’est le boulot qui fait la différence. Il y a aussi l’équipe de Rejiche, qui vient de monter en première division. C’est une équipe qui m’a marqué. Ils sont venus chez nous à la maison, ils n’ont pas défendu, ils ont joué. C’est une très bonne équipe, ils peuvent aller loin. C’est la première fois que je voyais une équipe qui venait chez nous et qui ne défendait pas.

Firas Belarbi, ancien coéquipier de Souleymane Coulibaly à l’Etoile, évoluant désormais au club d’Al Fujairah aux Emirats

Avant toi, beaucoup de joueurs sont passés par le championnat tunisien, et s’en sont servis comme un tremplin pour l’Europe. On peut par exemple citer l’exemple de Kader Keita, qui a joué à l’Etoile avant de porter les couleurs du LOSC et de l’Olympique Lyonnais. Comment tu vois la suite de ta carrière ?

Moi franchement, je veux gagner un trophée pour l’Etoile. Après, le club aussi n’est pas en position de force, mais mon souhait personnel c’est de gagner un trophée avant de partir. Après vous savez, c’est dieu qui décide du reste, mais moi je veux gagner un trophée, car les supporters le méritent. Si tout le monde avait le même cœur que moi, je pense que chaque samedi ou dimanche, on ne perdrait pas de matchs, à part si l’arbitre commence à offrir des pénaltys.

C’est aussi un objectif pour toi de prendre ta « revanche » sur tes années à Tottenham et prouver que tu peux évoluer dans un grand championnat européen ?

Je ne sais pas si je devrais le dire comme ça, car je suis quelqu’un de tranquille de nature. Je pense que je dois moi-même me développer, avancer, donner le meilleur. C’est un défi que je me donne à moi-même. Pourquoi pas retourner en Europe, vous savez quand on a 25-26 ans, on atteint la maturité, donc on prend ce qui vient. Ca permettrait aux gens de savoir que je suis encore là et que je ne suis pas fini, c’est dans ce sens-là que je le vois.

Concernant la sélection maintenant : tu as joué avec la sélection ivoirienne avec les catégories U17, U20 et U23, est-ce que tu penses pouvoir prétendre à une sélection avec les A aujourd’hui, et quelles sont tes ambitions par rapport à ça ?

J’en rêve maintenant. Avant je n’en rêvais pas, mais depuis la saison passée, quand j’ai commencé à marquer, je me suis dit pourquoi pas ? J’ai aussi eu la chance de parler avec le sélectionneur actuel (Patrice Beaumelle), il m’a dit qu’il me suivait, et que je devais continuer à bosser, et qu’il espérait me voir. C’est à moi maintenant d’enchainer, et vous savez pour les attaquants, ce sont les buts qui importent. Donc c’est à moi de continuer à enchainer, et je suis actuellement dans ma meilleure forme. On va voir où ça va aller. La balle est dans mon camp maintenant.

Pour finir, cette saison on a remarqué que tu avais un geste favori …

(Il coupe). Le ciseau ? C’est bon, plus de ciseaux ! Le problème, c’est que je l’ai mis en Coupe du Monde, et j’en avais mis en Ecosse, et ici j’en marque seulement à l’entrainement. En match, quand je le tente, j’ai la tête de l’adversaire devant moi ! Tu peux demander, je mets des beaux buts à l’entrainement, mais en match, quand je le tente, il y a la tête de quelqu’un (rires).

Merci beaucoup de nous avoir accordé cette inverview Souleymane, on te souhaite le meilleur pour le reste de la saison et dans ta carrière.

Merci beaucoup !

L’interview a été réalisée avant le match ayant opposé l’Etoile du Sahel au Club Sportif Sfaxien le 28/02.

Crédits Photos : Eurosport / Sky Sports / Al Ahly / Etoile Sportive du Sahel / La Presse de Tunisie

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