Afrique

CAN 2021 : Un Zimbabwe petit poucet ou piège ?

Au Cameroun, le Zimbabwe va disputer sa troisième CAN consécutive, faisant de cette génération dorée une habituée des grands rendez-vous. Une formation qui durant ces dernières années a su donner du fil à retordre aux grandes nations du continent. Imprévisible et capable du meilleur comme du pire, cette belle génération devra se servir du passé pour écrire le futur et chercher la première qualification au second tour de son histoire. Focus sur une sélection qui attise la curiosité de certains observateurs du football africain.

Le Zimbabwe est membre de la CAF depuis seulement 1980. A ce jour, il compte 4 participations à la Coupe d’Afrique des Nations, dont la première en 2004, en Tunisie. Une entrée en matière dans un groupe de la mort aux côtés du Cameroun, de l’Algérie, ainsi que de l’Egypte, trois nations prétendantes au titre. Les Warriors quittent cette expérience inédite en phases de poules mais la tête haute, ayant ouvert le score lors des 3 rencontres disputées. Si l’Egypte frôle l’humiliation en arrachant la victoire de justesse (2-1), l’Algérie elle, ne parvient pas à résister face à la sensation créée par Sunday ‘Mhofu’ Chidzambwa et ses hommes, qui enregistrent une première victoire à la CAN dans l’histoire du pays. 

Une sélection qui pour certains peut faire penser au mythique gardien Bruce Grobbelaar, et à sa génération qui était à un match de jouer la Coupe du Monde 1994, avant de tomber face au Cameroun. Une des premières générations à donner la voie et à mettre en évidence le potentiel du football local, avant d’être suivie par celle de 2004, puis la génération actuelle, qui réalise ce qui auparavant semblait impossible : qualifier le Zimbabwe à trois CAN consécutives 

Un effectif expérimenté

Le sélectionneur Norman Mapeza dispose de quelques ressources qui pourront lui permettre de pousser la barre plus haute concernant les ambitions de ses hommes et de prétendre à un bon parcours au cours de la prochaine CAN. En effet, il possède un groupe assez stable, composé d’un solide noyau de joueurs expérimentés au sein d’une sélection qui a participé aux deux dernières éditions de cette compétition, et qui s’apprêtent à représenter leur pays pour la troisième fois consécutive lors d’une phase finale de la CAN, une première dans l’histoire du football national. 

Cette saison pas grand chose n’a bougé au sein de l’effectif. On a pu voir des vétérans tels que Ovidy Karuru, international depuis 2007, ou encore Billiat et Musona, des joueurs qui font tous partie des dix joueurs les plus capés de l’équipe nationale. Des joueurs qui pourront apporter beaucoup sur le terrain ou dans le vestiaire, et qui seront accompagnés par des coéquipiers qui ont pour la plupart une expérience internationale assez similaire, puisque près de la moitié des joueurs convoqués lors du rassemblement d’octobre ont déjà pris part à une phase finale de la CAN.  

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Knowledge Musona sous le maillot du RSC Anderlecht en Jupiler Pro League

D’ailleurs, au sein de cette même liste, 12 joueurs ont 30 ans ou plus alors que seulement deux ont moins de 25 ans. Des statistiques assez impressionnantes qui illustrent l’ancienneté des hommes de Mapeza, et pourront l’aider à obtenir des bons résultats au Cameroun, après avoir appris de leur riche passé au Gabon en 2017 et en Egypte en 2019. Un effectif bien huilé et qui se connait bien malgré l’importante diversité des championnats dans lesquels les Warriors évoluent. En 2021, les joueurs sélectionnés étaient répartis sur 14 championnats issus de 4 continents différents. Lors de la trêve d’octobre, uniquement deux d’entre eux provenaient du championnat local, plus précisément du Platinum, l’un des principaux clubs du pays. 

Un nombre important de zimbabwéens jouent cependant non loin de leur pays natal. Sur les 48 joueurs convoqués cette année, 14 évoluent en Afrique du Sud, 7 en Zambie et 3 en Tanzanie, faisant du Sud de l’Afrique la plus grande terre d’accueil des internationaux, contre 12 en Europe 

Une sélection en plein doute

Malgré un effectif composé d’éléments talentueux à l’image de Billiat ou Mahachi, le Zimbabwe est loin de vivre une année 2021 satisfaisante, ce qui fait monter en surface de grosses interrogations autour de la sélection à la veille de la CAN. En effet, la seule victoire des Warriors cette année remonte à mars, une rencontre remportée sur la plus petite des marges au Botswana. S’en sont suivis sept matchs sans victoires dont quatre défaites consécutives face à l’Ethiopie, au Ghana et à l’Afrique du Sud dans un groupe de qualification à la Coupe du Monde dont ils occupent la dernière place. 

Des résultats qui, lorsqu’on connait le potentiel et les atouts de cette formation, demeurent assez décevants. A l’image d’une Coupe d’Afrique 2019 qui a vu Musona et ses coéquipiers quitter la compétition dès les phases de poules suite à une lourde défaite 4-0 face à la RDC. Une édition pour laquelle le Zimbabwe pouvait se permettre d’être ambitieux et de chercher une qualification pour les huitièmes, mais ces derniers n’ont pas su se montrer à la hauteur de leur capacité. Après avoir frôlé un bon résultat face à l’Egypte, ils ont dû s’incliner sur un maigre 1-0, sans réussir à rebondir lors du match suivant qui fut décisif face à l‘Ouganda, faute de réalisme et de lucidité devant le but, malgré une bonne performance globale. 

Composition probable des Warriors au cours de la CAN 2022

Ne sachant être récompensée pour la qualité du jeu proposé lors des deux dernières CAN, on peut envisager que cette belle génération en a tiré des leçons, et se déplacera au Cameroun avec un état d’esprit différent. Difficile d’anticiper le parcours de cette sélection assez mystérieuse et en manque de régularité, mais on peut s’avancer sur une chose, ce sera une des équipes les plus intéressantes à observer lors de cette compétition, une équipe qui a les qualités pour faire déjouer les pronostiques et proposer des matchs très ouverts. Une imprévisibilité qui se traduit aussi sur le terrain, Mapeza a adopté des systèmes et des plans de jeu très variés au cours de cette année, convoquant d’ailleurs pas moins de 48 joueurs différents. Des joueurs qui lors des 4 dernières rencontres officielles ont évoluer sous 4 formations différentes : en 4-3-3, 4-1-4-1, 4-4-2 ou encore en 4-5-1.

 Une équipe qui s’adapte donc à l’adversaire mais qui manquerait peut-être d’identité de jeu ou de stabilité tactique ces derniers temps. Néanmoins, dans un groupe avec le Sénégal, la Guinée, et le Malawi, une qualification n’est pas hors de leur portée même si ce ne sera pas chose aisée. Rappelons que les 4 meilleurs troisièmes sont également qualifiés pour les huitièmes de finales.

Le joueur à suivre

Pour beaucoup d’observateurs du football africain, s’il faut choisir un joueur zimbabwéen qui se démarque du lot, c’est forcément Khama Billiat. A 31 ans et après 48 sélections depuis 2011, l’ailier du Kaizer Chiefs a toujours une vivacité et un dynamisme déroutant, son vécu et ses qualités seront surement de la partie en janvier 2022 et feront surement beaucoup de bien à Mapeza et ses hommes. Bourré de talent, il s’agit d’un joueur qui possède une vitesse de pointe impressionnante, alliée à une excellente conduite de balle faisant de lui un des leaders techniques de sa sélection. Ses qualités de dribble et sa spontanéité font de lui un joueur très agréable à regarder et éprouvant à défendre. 

Audacieux dans son jeu et capable de faire peur sur des contres ou même sur des frappes lointaines, avoir un joueur de sa trempe dans son effectif n’est pas anodin, d’ailleurs, son style s’assimile très bien à celui des Warriors qui font logiquement de lui une des pièces maitresses sur le terrain. 

En effet, au sein d’une équipe qui aime profiter de la largeur pour créer des espaces, il constitue un des principaux dangers. Il joue un énorme rôle dans les transitions offensives au sein d’une formation dont la principale animation offensive vient de contres menés à partir de récupérations dans un bloc bas. Ses qualités physiques et techniques lui permettent donc, ainsi qu’à ses coéquipiers, de créer le déséquilibre dans la défense adverse souvent prise de vitesse. Aussi sa lucidité dans la prise d’information et de décision pourra-t-elle faire très mal. Bien qu’il n’ait pas connu d’autre championnat que la Premier Soccer League sudafricaine, Khama Billiat a su montrer toute l’étendue de son talent sur la scène continentale. Si sa carrière n’a pas évolué jusqu’en Europe, cela fait de lui une des perles cachées du football africain. 

Khama Billiat sous les couleurs des Mamelodi Sundowns en 2016

Le groupe

Cette année, les Zimbabwéens ont leur chance dans ce groupe B qui ne semble pas être le plus relevé du tournoi. Un groupe assez hétérogène composé du Malawi, de la Guinée et du Sénégal et une entrée en compétition qui se fera le 10 janvier face aux vice-champions en titre.  Ce ne serait pas trop s’avancer si l’on affirmait que les Lions de la Teranga ont faim de victoires et de titres, après la défaite en finale face à l’Algérie lors de la dernière édition. Sadio Mané et ses coéquipiers font naturellement partie des favoris pour soulever le trophée le 6 février prochain et ces derniers voudront sûrement débuter cette CAN sur de bons rails face au Zimbabwe. 

Un match difficile attend donc les Warriors qui en cas de défaite devront absolument se rattraper face au Malawi quatre jours plus tard. Empocher trois points mettrait ces premiers dans une bonne position pour espérer décrocher une qualification historique en huitièmes, étant donné que les quatre meilleurs troisièmes seront repêchés. Face à une des équipes les plus faibles et les moins expérimentées de la compétition, il s’agira d’une opportunité en or d’écrire une page du football local. Mais attention, en Afrique comme partout ailleurs, aucune formation n’est à prendre à la légère lors d’une phase finale, et les Malawiens auront aussi leur propre enjeu. Celui de prouver au continent qu’ils méritent bien leur place au Cameroun. 

S’en suivra un choc face à la Guinée qui se jouera probablement pour la deuxième place. La Sily Nationale de Naby Keita a les atouts pour pouvoir mettre le Zimbabwe en grandes difficultés. On peut s’attendre à un match équilibré entre deux équipes différentes mais qui se valent, ce qui pourrait être très intéressant tactiquement. Vous l’aurez compris, la qualification au second tour doit constituer un objectif pour les Warriors, une mission loin d’être impossible mais loin d’être acquise également. A eux d’être à la hauteur. 

Un scandale compromettant

A quelques mois d’une Coupe d‘Afrique tant attendue, une sombre affaire fait surface dans le paysage footballistique zimbabwéen. Certains membres du staff technique de la fédération sont accusés de fraude et de harcèlement sexuel sur des femmes arbitres, donnant lieu à une grande indignation. Une indignation si grande qu’elle engendre la réaction de l’Etat et du ministère des sports qui décide aussitôt de suspendre son conseil d’administration. Une décision qui, sans surprise, est loin de faire l’unanimité au sein de la FIFA. Celle-ci “interdit toute ingérence des autorités étatiques dans la gestion des associations sportives”. L’initiative du ministère est donc exposée à des risques importants pouvant venir de l’instance du football mondial. En effet, ces derniers ont alors la possibilité de suspendre la fédération et d’exclure son équipe nationale de la CAN en approche. 

Plus de peur que de mal finalement pour les Warriors et leurs supporters puisqu’à maintenant quelques jours des rassemblements, aucune décision n’a été prise contre ces derniers. Mapeza et ses hommes pourront donc, sans surprise générale de dernière seconde, se rendre au Cameroun avec des rêves plein la tête lors d’une compétition qui promet d’être riche en émotions. 

Crédits Photos : Getty Images

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