Afrique

CAN 2021 : L’Éthiopie veut jouer les trouble-fêtes

Nation historique du football africain, l’Éthiopie a du mal à exister depuis la fin des années 1970. Alors qu’ils s’apprêtent à disputer leur deuxième CAN du XXIème siècle, les Antilopes Walya peuvent-ils créer l’exploit dans une poule A très relevée ?

137ème nation au classement FIFA, l’Éthiopie est l’un des petits poucets de cette CAN 2021. Elle a obtenu son ticket pour la compétition lors de l’ultime journée des éliminatoires. Dans une poule K promise à la Côte d’Ivoire, les hommes de Wubetu Abate ont su se défaire de Madagascar et du Niger pour participer à la onzième CAN de leur histoire.

Le bilan des Walya dans ces éliminatoires est simple à analyser : trois victoires à domicile, pour trois défaites à l’extérieur. Cela s’explique notamment par l’altitude d’Addis-Abeba (2300 mètres) qui favorise les joueurs locaux, habitués à ces conditions de jeu. À la manière de la Bolivie dans la zone CONMEBOL, les déplacements en Éthiopie sont parfois redoutés dans les campagnes éliminatoires en Afrique. La route vers le Cameroun a tout de même failli s’arrêter prématurément pour l’Éthiopie, et il a fallu un faux-pas de Madagascar, accroché par le Niger (0-0) le 30 mars dernier.

Un membre fondateur du football africain

Si l’Éthiopie végète dans les bas fonds du football africain depuis une quarantaine d’années, cela n’a pas toujours été le cas. Elle a été l’un des membres fondateurs de la Confédération Africaine de Football en 1956, avec le Soudan, l’Egypte et l’Afrique du Sud. C’est dans ce cadre que l’Éthiopie participe à la toute première CAN organisée un an plus tard entre les quatre nations fondatrices, au Soudan. Alors que les Walya doivent affronter l’Afrique du Sud en demi-finale, cette dernière refuse d’envoyer une équipe multiraciale et est disqualifiée. L’Éthiopie accède donc à la finale mais s’incline lourdement face à l’Égypte (4-0).

C’est six ans plus tard, lors de la CAN 1962 organisée à domicile, que le football éthiopien va connaître son moment de gloire. Battant d’abord la Tunisie, les Walya vont venir à bout de l’Egypte (alors République Arabe Unie) en finale, après prolongations. Après des succès égyptiens en 1957 et 1959, l’Éthiopie devient le deuxième pays à inscrire son nom au palmarès de la CAN. Un exploit retentissant qui restera malheureusement sans suite. En 1968, l’équipe atteint à nouveau les demi-finales à domicile mais s’incline face au futur vainqueur, le Congo Kinshasa. Une longue traversée du désert attend alors l’Éthiopie, qui ne jouera plus que trois CAN (1970, 1978 et 1982) jusqu’en 2013.

Pour leur grand retour dans la compétition après plus de trente ans d’absence, les Walya étaient placés dans la poule des deux finalistes, le Burkina Faso et le Nigéria. Ils n’avaient pu faire mieux qu’un petit point, glané face à la Zambie lors du premier match.

Shemeles Bekele et l’Éthiopie retrouveront le Burkina Faso, contre qui ils s’étaient lourdement inclinés en 2013 (4-0).

Une sélection de joueurs locaux

Arrivé en septembre 2020, le sélectionneur Wubetu Abate est un adepte du 4-3-3 à pointe basse, qu’il a d’abord appliqué dans plusieurs clubs éthiopiens comme le Fasil Kenema avec qui il a remporté la Coupe d’Ethiopie en 2019. Abate prône un jeu de passes rapides, basé sur la construction et la conservation du ballon. Jusqu’ici, les résultats sont plutôt probants et le jeu proposé par son équipe est agréable à regarder et propre techniquement, malgré un effectif limité. “Notre jeu est fait de passes courtes, c’est un genre de tiki-taka. Il y a une volonté de partir de derrière pour construire vers l’avant“, analyse Firew Asrat, journaliste éthiopien.

La sélection Walya est quasi exclusivement composée de joueurs du championnat local, l’Ethiopian Premier League. Seuls deux joueurs de l’effectif appartiennent à un club étranger : l’attaquant Mujib Kassim (JS Kabylie, Algérie) et le milieu offensif Shemeles Bekele (El Gouna FC, Égypte). Passé par le championnat libyen et soudanais, Bekele est le recordman historique du nombre de sélections (68) et était de l’aventure en Afrique du Sud en 2013. Autre joueur d’expérience qui a déjà connu la CAN : Getaneh Kebede. L’attaquant du Wolkite Kenema a connu sa première cape en 2010 et n’a plus quitté l’équipe depuis, devenant le meilleur buteur de l’histoire de la sélection éthiopienne avec 31 réalisations en 62 matchs. Il sera épaulé sur le front de l’attaque par deux jeunes joueurs : Abubeker Nasir et Amanuel Gebremichael, qui apportent de la folie sur les côtés.

L’entrejeu est construit autour de Bekele, véritable meneur de jeu de la formation éthiopienne. Le profil plutôt technique du milieu est un des piliers sur lesquels s’appuie le sélectionneur pour appliquer sa philosophie de jeu. Firew Asrat prévient : “Croyez-moi, nous allons contrôler le milieu de terrain dans la majorité des matchs“. Le gros point faible de l’Éthiopie : sa défense, avec un axe gardien-défenseurs centraux pas toujours rassurant. C’est sans aucun doute le principal axe de travail pour Wubetu Abate et ses hommes, qui devra être amélioré s’ils veulent bien figurer dans la compétition. “Nos défenseurs perdent souvent leur concentration et nous sommes vraiment très pauvres au poste de gardien de but. C’est ma principale inquiétude“, avoue Firew Asrat.

Le XI probable de l’Éthiopie pour la CAN 2021.

Le joueur à suivre : Abubeker Nasir

À moins que vous ne soyez un suiveur assidu de l’Ethiopian Premier League, son nom vous est forcément inconnu. Pourtant, à 21 ans, Abubeker Nasir Ahmed est l’étoile montante du football éthiopien. Il sort d’une saison 2020/2021 absolument stratosphérique puisqu’il a inscrit 29 buts en seulement 23 matchs, établissant un nouveau record dans l’histoire du championnat éthiopien. Des performances qui ont emmené son club de l’Ethiopian Coffee SC à la deuxième place du championnat, synonyme de qualification pour la Coupe de la Confédération de la CAF, équivalent de l’Europa League en Afrique.

En sélection, le natif d’Addis Abeba est déjà un élément essentiel du XI puisqu’il a disputé intégralement neuf des onze matchs joués par l’Éthiopie en 2021. Avant-centre en club mais positionné sur un côté dans le 4-3-3 de Wubetu Abate, Nasir a du feu dans les jambes. Petit gabarit explosif (1,78m pour moins de 70 kilos), il profite de sa vitesse en profondeur mais une fois dans la surface, il sait faire parler son sens du but. Un profil complet qui attire déjà de gros clubs sud-africains en vue d’un éventuel transfert. Si l’Éthiopie doit être l’une des surprises de la CAN, cela passera forcément par le feu follet Nasir.

Porteur du numéro 10 chez les Walya, Abubeker Nasir sera la principale menace pour les adversaires de l’Ethiopie.

Le groupe

Placée dans le groupe A du Cameroun, pays organisateur, l’Éthiopie aura fort à faire pour se qualifier en huitièmes de finale de la CAN 2021. En plus des Lions Indomptables, les Walya seront opposés au Cap-Vert et au Burkina Faso : trois équipes qui ont souvent brillé ces dernières années dans la compétition. On se souvient notamment de la CAN 2013 qui avait vu le Cap-Vert atteindre les quarts de finale et le Burkina Faso se hisser jusqu’en finale contre le Nigéria (défaite 1-0). Plus récemment, en 2017, c’est la Cameroun qui avait marqué les esprits en remportant sa cinquième CAN malgré l’absence de plusieurs de ses joueurs évoluant en Europe. C’est donc une véritable montagne qui se dresse en face des joueurs éthiopiens.

Quelques motifs d’espoirs existent tout de même pour les hommes de Wubetu Abate. A commencer par l’organisation de la compétition. Depuis l’édition 2019, 24 équipes sont réparties en six groupes de quatre. Si les deux premiers de chaque groupe se qualifient automatiquement pour les huitièmes de finale, quatre des six troisièmes sont également repêchés. L’Ethiopie visera donc l’un de ces quatre strapontins pour tenter de passer le premier tour, exploit qu’elle n’a plus réalisé depuis 1968. Pour cela, le tout premier match face au Cap-Vert s’annonce déjà capital, puisqu’il représente la meilleure opportunité pour marquer des points. En cas de victoire, le rêve serait permis.

Quoi qu’il en soi, l’essentiel est ailleurs pour les supporters des Walya. “Je ne pense pas qu’on sortira des poules, même si c’est un rêve, confie Firew Asrat. J’espère qu’ils marqueront des buts et qu’ils développeront un bon football, notre football. C’est ce que les Éthiopiens attendent d’eux.” Rendez-vous donc le 9 janvier à 21h pour assister aux grandes débuts de l’Éthiopie dans cette CAN 2021.

Merci à Firew Asrat pour sa collaboration.

Crédits Photos : Getty Images

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