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CAN 2021 : Ghana, les Black Stars de retour au septième ciel ?

Cela fait maintenant six décennies que le Ghana marque année après année l’histoire du football africain. Pourtant, voilà quarante ans que les Black Stars n’ont pas remporté le précieux sésame continental. Focus sur une sélection en pleine reconstruction, et qui pourrait bien jouer les trouble-fêtes au Cameroun.

Cette année, le Ghana fait office d’outsider à la victoire finale. Tandis que beaucoup voient les cadors algériens ou sénégalais s’imposer, les Black Stars possèdent pourtant divers arguments à faire valoir. Toutefois, la campagne de qualification à cette édition camerounaise n’a pas été un long fleuve tranquille. Bien au contraire. Le Ghana a dû batailler corps et âme face au Soudan et à l’Afrique du Sud jusqu’à la dernière journée pour finalement s’adjuger la première place du groupe C, synonyme de qualification.

Surtout, les Black Stars ont connu de nombreux sélectionneurs à leur tête durant ces derniers mois. Alors que Kwesi Appiah a débuté ces éliminatoires face à l’Afrique du Sud, son successeur Charles Akkonor a achevé le travail de janvier 2020 à septembre 2021. Mais ce dernier s’est vu renvoyé de son poste il y a de cela trois mois. Depuis, la fédération ghanéenne a confié les rênes de la sélection nationale au légendaire Milovan Rajevac, le Serbe qui avait emmené les Blacks Stars jusqu’en quart de finale au Mondial 2010. À l’heure du bilan, l’incertitude règne donc dans les rangs ghanéens à l’approche de cette CAN.

UNE HISTOIRE RICHE EN MANQUE DE CONTINUITÉ

Depuis quatre longues décennies, la sélection ghanéenne n’a plus rien glaner tandis que la vitrine de trophées du Ghana prend peu à peu la poussière. Pour retrouver trace d’une victoire ghanéenne, il faut remonter en 1982, lorsqu’Abedi Pelé et sa bande apprivoisaient l’Afrique et s’adjugeaient la quatrième CAN de leur histoire en Libye. Dans une ambiance incandescente, le Ghana faisait plier le pays hôte en finale, au terme d’une séance de tirs au but irrespirable (1-1, 7-6 TAB). Surtout, ce 19 mars 1982 représente encore aujourd’hui le dernier instant où tout le peuple ghanéen aura vibré au rythme de ses héros nationaux pour une victoire finale.

En 1978, les Black Stars décrochaient là aussi la récompense continentale ultime. Cette fois-ci, le théâtre de cette épopée victorieuse était le territoire ghanéen. De même qu’en 1963, lorsque le Ghana soulevait la première Coupe d’Afrique des Nations de son histoire à Accra, devant son peuple. Deux ans plus tard, en Tunisie, les hommes de Charles Kumi Gyamfi réitéraient un tel exploit en s’adjugeant le titre face à la Tunisie en finale.

Pourtant, les quatre décennies qui ont suivi ce dernier succès de 1982 ne sont ni plus ni moins qu’une longue traversée du désert pour les Black Stars. Certes, de grands espoirs ont été entrevus au tournant des années 2010, notamment grâce au Mondial sud-africain, mais aucun trophée n’est venu garnir les rangs ghanéens. Bien que le Ghana demeure le troisième pays africain le plus récompensé à la CAN avec quatre titres dans la besace (derrière l’Égypte et le Cameroun), ces quarante années ne sont que regrets et amertume pour les Ghanéens.

En 1992, puis plus récemment en 2010 et 2015, le Ghana a cru enfin mettre un terme à cette malédiction éternelle. En vain. À chaque fois, les Black Stars ont échoué en finale. Quarante ans sans trophée, une éternité pour une nation où le football règne en maître dans le domaine sportif.

UNE SÉLECTION EN PLEIN FLOU

UN EFFECTIF HÉTÉROGÈNE

Si le Ghana souhaite jouer les trouble-fêtes face aux grosses nations du continent, Milovan Rajevac devra essentiellement compter sur ses joueurs vedettes. En effet, l’effectif du coach serbe manque cruellement de profondeur. Bien qu’une quinzaine de ses hommes évoluent en Europe – et moitié moins dans les cinq grands championnats -, le reste oscille entre championnats africains ou piges aux quatre coins du monde (États-Unis, Chine ou Moyen-Orient). Des joueurs au niveau et au profil plus qu’hétérogènes donc.

Néanmoins, certains d’entre eux semblent sortir du lot. Évidemment, la grande star de la sélection n’est nulle autre que Thomas Partey. Critiqué en Angleterre où le Ghanéen peine à se hisser au niveau qu’était le sien à l’Atlético de Madrid, le roc d’Arsenal reste toutefois le pilier des Black Stars, avec lesquels il se montre prépondérant à chacune de ses sorties sous le maillot national.

Autre élément indispensable pour Milovan Rajevac : André Ayew. Pour lui, la sélection ghanéenne est une histoire de famille. Fils de la légende Abedi Pelé et frère aîné de Jordan Ayew (Crystal Palace), lui aussi sélectionné, le joueur d’Al-Sadd (Qatar) est tout naturellement le capitaine des Black Stars et y joue logiquement un rôle primordial.

André Ayew à la lutte avec Siyanda Xulu, lors de la rencontre face à l’Afrique du Sud le 6 septembre 2021.

De son côté, le jeune feu follet Kamaldeen Sulemana martyrisera les défenses africaines depuis son côté. Pratique qu’il affectionne tant avec le Stade Rennais qu’en sélection. Même constat pour Mohammed Kudus, élément offensif au profil similaire à celui de son compatriote rennais. Le talentueux meneur de jeu de l’Ajax Amsterdam fait des ravages aux Pays-Bas. Cependant, sa grave blessure début novembre pourrait lui jouer des tours, lui qui arrivera au Cameroun sans avoir disputé un seul match depuis deux mois.

D’autres éléments tels qu’Alexander Djiku (RC Strasbourg), Daniel Amartey (Leicester City) ou Abdul Rahman Baba (Reading) appartiennent à ce noyau dur de la sélection. Si Milovan Rajevac espère tirer de son effectif des conclusions positives, il faudra que toute l’équipe parvienne à se mettre au diapason de ce groupe au-dessus de la moyenne. Pas si aisé tant le niveau de cette sélection semble diffus.

UN PLAN TACTIQUE ASSEZ FLOU

Arrivé il y a seulement trois mois sur le banc des Black Stars, Milovan Rajevac n’a pu profiter que de quatre petites rencontres pour parfaire ses principes et implémenter ses idées à cette sélection ghanéenne. Un bilan qui paraît assez léger pour tirer ne serait-ce que quelques conclusions sur sa philosophie de jeu, mais dont l’analyse reste tout de même possible.

Avant tout, Milovan Rajevac aborde la tactique sous un angle d’abord défensif. En effet, les plans de jeu de l’ancien sélectionneur de l’Algérie s’appuient sur une assise défensive solide, base inconditionnelle du jeu de transition prôné par le coach serbe. Autre forte caractéristique des équipes de Milovan Rajevac : la ligne offensive. Afin de mener à bien ses multiples contre-attaques, les quatre membres offensifs du 4-2-3-1 ghanéen se doivent d’être des éléments rapides, vifs, explosifs et percutants. Des attributs qui siéent à merveille aux qualités de Kamaldeen Sulemana et Mohammed Kudus, ce qui est symptomatique de l’importance des deux jeunes talents au sein de l’effectif des Black Stars.

De plus, Milovan Rajevac a d’ores et déjà fait ses preuves auparavant sur le banc du Ghana. De 2008 à 2010, le Serbe a sûrement été l’acteur principal de la période dorée de la sélection ghanéenne depuis le début du XXIe siècle. En menant les Black Stars en finale de la CAN 2010 en Angola, puis en s’effondrant aux portes d’un dernier carré historique au Mondial 2010 en Afrique du Sud, Milovan Rajevac est une figure respectée et révérée au Ghana. Un facteur qui remonte certes à plus d’une décennie, mais qui possède toute son importance à l’approche d’une compétition continentale d’un tel enjeu.

La composition probable des Black Stars durant la CAN 2021.

En somme, le sélectionneur serbe devrait s’appuyer sur un bloc bas solide afin de lancer parfaitement ses contres éclairs, véritable symbole du jeu de transition souhaité par Milovan Rajevac. Cependant, personne ne peut émettre de pleines certitudes quant au plan de jeu qui sera adopté au Cameroun. Les quatre petites rencontres disputées depuis début octobre ne semblent pas assez révélatrices de ce qui sera réellement mis en place, et les éléments avancés ci-dessus ne sont que suppositions et hypothèses.

LE JOUEUR À SUIVRE 

Au sein d’un effectif aux multiples individualités, un nom ressort pourtant plus que les autres : celui de Kamaldeen Sulemana. Convaincant du côté du Stade Rennais, le virevoltant ailier ghanéen est l’un des talents à surveiller durant cette CAN. Kamaldeen Sulemana fait parler sa vitesse partout, tant pour son acclimatation express en France que pour ses percées impressionnantes sur le terrain. Les défenses africaines en seront sans doute les prochaines victimes.

Le jeune ailier rennais représente assurément le plus gros danger offensif de sa sélection, puisqu’il possède toutes les qualités intrinsèques pour s’imprégner parfaitement de la philosophie de Milovan Rajevac. Rapide, percutant, vif et doté d’une technique invraisemblable, toutes ces caractéristiques font de lui le cinquième meilleur dribbleur d’Europe selon Opta. Rien que ça.

De plus, Kamaldeen Sulemana évoluera au sein d’une sélection très dangereuse offensivement. En compagnie des frères Ayew et de Mohamed Kudus, le Ghana possède sûrement l’une des attaques les plus complètes du continent africain. Un atout non négligeable puisque les défenses adverses ne pourront pas concentrer leurs efforts sur un seul des quatre dangers ghanéens. Le feu follet ghanéen devrait donc profiter d’une liberté considérable, inéluctablement laissée par ses adversaires qui n’auront d’autre choix que d’espérer affronter un Sulemana dans un mauvais jour, sous peine de subir la foudre ghanéenne.

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Kamaldeen Sulemana, ici sous le maillot rennais, sera attendu au tournant par tout un peuple en janvier.

Il ne faudra donc pas s’étonner si les offensives des Black Stars penchent légèrement sur le côté gauche. Ce même côté duquel Kamaldeen Sulemana devrait vraisemblablement terroriser les défenses africaines tout au long de son séjour au Cameroun.

LES AMBITIONS, ENTRE RÊVE ET RÉALITÉ

Pour sa vingt-troisième participation à une Coupe d’Afrique des Nations, le Ghana affiche des ambitions relatives. Tout d’abord, les Black Stars devraient théoriquement se sortir du groupe C assez aisément. Leur première rencontre sera cependant capitale. Face au Maroc, sélection la mieux armée de ce groupe, le Ghana cherchera à limiter la casse, voire à viser la victoire si les hommes de Milovan Rajevac se montrent sous leur meilleur jour. Une opposition qui sera donc fondamentale pour la suite de la compétition, tant sur le plan comptable que psychologique.

Ensuite, le Ghana sera opposé au Gabon, principal adversaire des Black Stars dans ce groupe. En effet, bien que les coéquipiers de Pierre-Emerick Aubameyang semblent légèrement inférieurs à ceux de son ami Thomas Partey, nous assisterons assurément à une confrontation pleine d’enjeu entre ces deux outsiders tant les deux sélections paraissent finalement peu différentes. Rappelons tout de même que les quatre meilleurs troisièmes des six groupes de cette CAN seront repêchés pour la suite de la compétition, amenuisant malheureusement les enjeux de cette rencontre. Par la même occasion, ceci maximise aussi les chances de voir ces deux formations poursuivre l’aventure camerounaise jusqu’en huitièmes de finale. Un mal pour un bien donc.

Enfin, les Black Stars parachèveront leur campagne pré-éliminatoire face aux Comores. La sélection de cet archipel situé en Afrique de l’Est est logiquement annoncée comme la plus faible du groupe, et les Ghanéens devraient en profiter pour faire le plein de confiance avant leur – possible – huitième de finale. André Ayew et consorts devront toutefois assurer face aux Cœlacanthes, sous peine d’achever cette phase de groupe en grand danger et de ne pas entrevoir la suite de cette CAN dans laquelle de grands espoirs sont placés.

En effet, si tout un peuple espère que les Black Stars soulèvent la tant attendue Coupe d’Afrique des Nations le 6 février prochain, l’heure est plutôt à la relativisation au Ghana. Les observateurs sont réalistes, et comme nous le dit si bien Haruna Mubarak, journaliste sportif ghanéen spécialiste des Blacks Stars, il ne faudra pas se faire de fausses illusions : « Bien sûr que je souhaite voir le Ghana remporter la CAN, mais peut-on réellement le faire ? Avec ce que j’ai observé récemment, je doute vraiment que ce soit le cas. ». Ce dernier, dans une approche plus relativiste et pragmatique, espère voir les siens atteindre le dernier carré de cette édition où le niveau semble très relevé, ce qui signifierait déjà un bel exploit en soi.

Mais entre fantasme utopique et réalité cruelle, les Black Stars devront se frayer un chemin victorieux en terres camerounaises afin de décrocher cette récompense rêvée par tout un pays. Réponse le 6 février 2022 à Yaoundé, au terme d’une Coupe d’Afrique des Nations qui nous aura fait vibrer un mois durant. Et ce quelque soit le vainqueur final.

Un grand merci à Haruna Mubarak pour sa collaboration précieuse.

Crédit Photos : Getty Images

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