Afrique

CAN 2021 : Cameroun, gagner la Coupe à la maison

Le Stade Omnisport Paul Biya, construit pour le tournoi

Le pays-hôte de cette CAN 2021, poussé par tout un pays et une dynamique nouvelle, n’a qu’un objectif en tête : le trophée. António Conceição et ses Lions Indomptables semblent prêts à relever le défi.

Évidemment assurés de disputer la compétition qu’ils organisent, les Camerounais ont malgré tout pris part aux qualifications. Les coéquipiers de Vincent Aboubakar ont fini en tête d’un groupe composé du Rwanda, du Mozambique et du Cap-Vert. Les Requins Bleus ont fini deuxièmes, à un point des Lions Indomptables, grâce notamment à un match nul à Yaoundé et une victoire surprise à domicile, à Praia (3-1). Ces deux équipes se retrouvent dans le groupe A de la CAN. Autant dire que le troisième match du groupe aura de beaux airs de revanche pour les hôtes de l’édition 2021.

Les qualifications à la Coupe du Monde furent tout aussi disputées pour le Cameroun. Leur duel en poule avec la Côte d’Ivoire s’est joué à la dernière journée. Après avoir perdu à Abidjan, leur seul faux pas en 6 rencontres, les hommes de Conceição étaient un point derrière les Eléphants au moment de les recevoir à Douala. Au terme d’un match tendu et plutôt fermé, le but à la 21ème minute du Lyonnais Karl Toko-Ekambi a suffi à donner aux Lions la victoire et un ticket pour les barrages. La dernière étape sur la route de la Coupe du Monde au Qatar se jouera en mars 2022. Le tirage au sort des cinq rencontres aller-retour se fera le 16 janvier, en pleine CAN, de quoi ajouter du piment à la compétition !

La victoire, ADN des Lions Indomptables depuis 40 ans

La Fédération de Football Camerounaise est fondée en 1959, quelques mois avant l’indépendance officielle du pays (1er janvier 1960). En 1962, elle rejoint la FIFA, puis la CAF en 1963. Le succès n’est pas immédiat, mais une fois les bases établies, il ne tarde pas. 1970 voit le Cameroun participer à sa première CAN, et à partir des années 80, les Lions Indomptables deviennent une puissance continentale – et mondiale – du ballon rond. Une première participation à la Coupe du Monde en 1982, en Espagne, que les Lions quittent invaincus (3 nuls), est de bon augure pour une génération qui dominera le continent pendant de nombreuses années. Les coéquipiers de Roger Milla jouent 3 finales de CAN consécutives, en 1984, 1986 et 1988.

La sélection camerounaise en 2000 : Foé, Geremi, Eto’o, Song et cie ramènent 2 CAN au pays

Ils gagnent leur premier trophée en 1984, le second en 1988. Par deux fois, ils battent les Super Eagles nigérians en finale, et par deux fois Joseph-Antoine Bell est élu meilleur gardien du tournoi. Milla est le meilleur joueur et le meilleur buteur de l’édition 1986, une compétition ponctuée par une défaite en finale aux tirs au but contre l’hôte égyptien. Les Lions entrent dans l’histoire à la Coupe du Monde 1990, et deviennent la première équipe africaine à atteindre les quarts de finale du mondial. Leur aventure démarre par une victoire extraordinaire contre l’Argentine de Diego Maradona, tenante du titre et finaliste de l’épreuve un mois plus tard. Les Lions sortent par la grande porte, éliminés en prolongations par l’Angleterre de Gary Lineker. Ils se qualifient pour les trois éditions suivantes de la Coupe du Monde, et retrouvent le succès continental dans les années 2000.

Une troisième finale contre leur victime préférée, le Nigeria, voit l’équipe de Rigobert Song, Marc-Vivien Foé et Samuel Eto’o emporter un troisième trophée en 2000, aux tirs au but. Cette génération extraordinaire, avec notamment Patrick M’Boma, Geremi Njitap, Lauren, Pierre Womé, gagne aussi le tournoi suivant au Mali, cette fois contre le Sénégal et toujours aux penaltys.

Si Geremi, Song et Eto’o sont toujours présents 6 ans plus tard, lors de la finale perdue contre la bête noire égyptienne en 2008, c’est une nouvelle génération, en 2017, qui bat enfin le signe indien. Les Pharaons comptent dans leur rang un Mohamed Salah pas encore au sommet de son art, et pas suffisant pour empêcher les Lions de gagner au Gabon leur cinquième CAN. Seuls leurs adversaires du soir ont plus de trophées dans leur armoire, les Égyptiens ayant gagné 7 Coupe d’Afrique dans leur histoire. Certains protagonistes, comme le héros du soir Vincent Aboubakar, et le joueur du tournoi, Christian Bassogog, sont dans la liste de cette CAN organisée à la maison.

Une équipe expérimentée mais expérimentale : le paradoxe camerounais sous Conceição

Le coach lusitanien Antonio Conceição succède à Clarence Seedorf en 2019, après la défaite 3-2 des Lions contre le Nigeria en seizième de finale de la CAN. Un échec pour les tenants du titre. Malgré un bilan positif dans l’ensemble – 18 matchs officiels, 11 victoires, 4 défaites et 3 nuls – il ne fait pas l’unanimité chez les spécialistes du football au Cameroun. Critiqué pour sa tendance à souvent changer son 11 et sa tactique de départ, il ne convainc pas, même dans la victoire. Conceição a pourtant mis en place un jeu basé sur la possession et tourné vers l’offensive.

Là où ses détracteurs voient un manque de continuité dans ses choix, il privilégie la théorie de l’adaptation à l’adversaire. Il n’a pas manqué de rappeler à la presse qu’elle avait été dure avec lui après la victoire contre la Côte d’Ivoire synonyme de qualification pour les barrages de la Coupe du Monde. « Là, on finit premier du groupe, mais lorsqu’on a eu cette défaite en Côte d’Ivoire, vous avez su critiquer l’équipe, sans toutefois évoquer les conditions qui étaient à l’origine de cette performance, ce pourquoi l’équipe n’a pas pu jouer comme elle le prétendait. » Ambiance.

Dans les faits, si une ossature se dégage, les Lions ont en effet aligné un 11 différent à chaque match en 2021. La colonne vertébrale du Cameroun séduit : André Onana (Ajax) est de retour dans les buts après sa longue suspension et Michael Ngadeu-Ngadji (La Gantoise), annoncé positif au COVID, mais toujours dans le groupe, est le patron de la défense. Au milieu du terrain, André-Frank Zambo Anguissa (Naples) a les clés du jeu, épaulé par Martin Hongla (Hellas Vérone). En attaque, le capitaine Vincent Aboubakar (Al Nassr) et Karl Toko-Ekambi (OL) sont quasiment assurés de débuter chaque rencontre.

Pour accompagner ces joueurs, c’est un peu plus flou. Même l’ancien parisien Eric Maxim Choupo-Mouting (Bayern) ronge son frein sur le banc régulièrement, pour laisser Nicolas Ngamaleu prendre un couloir. Selon le dispositif tactique ou les adversaires, le troisième milieu de terrain pourrait être le râtisseur Yvan Neyou (Saint-Etienne) ou le plus créatif Samuel Oum-Gouet (KV Malines). La bonne surprise girondine Jean Onana, s’il récupère de sa blessure, est aussi un choix intéressant. En défense, Harold Moukoudi (Saint-Etienne) ou Jérôme Onguene (RB Salzburg) alternent aux côtés de Ngadeu, et les flancs sont occupés par Nouhou Tolo (Seattle Sounders), Collins Fai (Standard) ou Olivier Mbaizo (Philadelphia Union).

Le XI probable du Cameroun pour la CAN 2021

Les stars sont sans aucun doute Onana et Zambo Anguissa, mais le talent est bel et bien présent sur toutes les lignes. Le jeu offert par les hommes de Conceição se veut offensif, avec une construction qui alterne entre patience et passes longues, et un pressing haut quand le ballon est perdu. La rotation conséquente effectuée par l’entraîneur portugais rend les automatismes difficiles. Si dans l’ensemble les copies rendues par les Lions Indomptables sont correctes, il y a toujours trop de ballons perdus, trop de mauvais choix faits dans les derniers 30 mètres, et des erreurs d’inattention défensives qui pourraient se payer cher à la CAN.

Certains joueurs, importants pour le Cameroun ces dernières années, ne sont plus au niveau espéré avec la sélection. Ils pourraient néanmoins s’avérer être de belles surprises pendant le tournoi. James Léa-Siliki, qui chauffe le banc à Middlesbrough, Christian Bassogog (Shanghai Shenhua), meilleur joueur lors de la victoire en 2017, Clinton Njie (Dynamo Moscou) ou Stephane Bahoken (Angers) sont attendus au tournant. Un nouveau venu à l’avenir prometteur peut aussi faire son trou. Il s’agit de l’arrière gauche angevin Enzo Ebosse, de plus en plus utilisé par Gérald Baticle en Ligue 1.

Le joueur à suivre 

Les talents camerounais seront nombreux à défendre leurs valeurs sur leurs propres terres. Martin Hongla, Michael Ngadeu-Ngadjui ou André-Frank Zambo Anguissa en font partie. Nicolas Moumi Ngamaleu, joueur des Young Boys de Berne, aussi. Intégré avec les Lions Indomptables depuis 2015 alors qu’il évoluait encore dans le championnat local, l’ailier de 27 ans est devenu un joueur important du secteur offensif dans le dispositif de Conceição.

Après avoir démarré sa carrière avec le club de Canon à Yaoundé, la capitale camerounaise, Ngamaleu émerveille par son talent avec un autre club camerounais, le Coton Sport. Avec les Cotonniers de Garoua, il a l’occasion de jouer la Ligue des Champions de la CAF à seulement 20 ans. Il y fait ses preuves et l’exposition médiatique de la compétition continentale lui ouvre les portes de l’Europe. En 2017, il rejoint l’Autriche en signant au Rheindorf Altach. Un an plus tard, il traverse la frontière suisse pour représenter les Young Boys avec lesquels il démontre toute sa classe depuis. En championnat, bien sûr, mais aussi en Ligue des Champions. Le 14 septembre dernier, le Camerounais faisait notamment parler de lui après un superbe match face à Manchester United. Il y inscrivait d’ailleurs le but égalisateur avant que l’YB ne parvienne même à faire tomber Cristiano Ronaldo et les siens.

Cette saison, Ngamaleu a pu faire ses preuves en Ligue des Champions, au grand dam de Van de Beek

Ailier tonique et percutant, Ngamaleu sait évoluer aussi bien sur le flanc gauche que sur le flanc droit. Une caractéristique que son entraîneur en Suisse David Wagner exploite allègrement. Le Camerounais est un joueur plein de sang-froid, aussi bien dans les duels avec les défenseurs adverses qu’avec le gardien. C’est un joueur auquel il ne faut surtout pas laisser d’espace pour éviter la punition. Les défenses cap-verdienne et éthiopienne sont prévenues.

Avec ses deux buts et ses six passes décisives en quinze matchs sous les ordres d’Antonio Conceição, Nicolas Moumi Ngamaleu s’est illustré comme la pierre angulaire du système offensif camerounais. Il est le joueur phare du sélectionneur et se retrouve impliqué sur près de 50% des buts camerounais depuis la prise de fonction de Conceição. L’ailier de 27 ans se démarque aussi par son mental de guerrier et surtout par sa générosité. Il est au service du collectif. Ce n’est pas un joueur de classe mondiale mais il est le rouage essentiel d’un collectif, tant en club qu’en sélection. Ngamaleu peut être le facteur X et la grande révélation des Lions Indomptables pour cette CAN à domicile comme l’avait été Christian Bassogog à la CAN 2017.

Le groupe

Dans le groupe A, le Cameroun affrontera en match d’ouverture le Burkina Faso, dimanche, avant de se mesurer à l’Ethiopie et au Cap-Vert. Contre les Burkinabè, les Lions sont invaincus en compétition internationale, mais restent sur trois matchs nuls, deux en Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), et un à la CAN 2017, où ils étaient déjà dans le même groupe. L’Éthiopie est un adversaire plus rare. Seuls une victoire camerounaise à la CAN 1970 et un nul au CHAN 2016 sont à noter. Les Cap-Verdiens étaient quant à eux dans le groupe des Lions pour la qualification à cette CAN 2021. Ils ont posé des problèmes au futur hôte avec un nul à Yaoundé et la seule défaite des hommes de Conceição dans ce groupe, à l’Estádio Nacional de Cabo Verde.

Les Lions Indomptables partent favoris de ce groupe. Premièrement parce qu’ils sont les hôtes, mais aussi par le talent du groupe sur le papier. Le Cap-Vert aura la confiance des derniers résultats et le Burkina-Faso est toujours capable de surprise, ayant atteint la finale en 2013 et obtenu la troisième place en 2017. Les Étalons auront aussi à cœur de briller après avoir échoué derrière l’Algérie dans les qualifications à la Coupe du Monde. Il est difficile d’imaginer autre chose qu’une qualification du pays organisateur au second tour, mais il faudra être sérieux et à 100% dès le match d’ouverture.

La nouvelle dynamique insufflée par l’élection de Samuel Eto’o fils à la tête de la Fédération Camerounaise de Football, le talent présent dans l’effectif et le fait d’organiser cette CAN sont autant de raisons de penser que les Lions vont briller dans la compétition. Le sélectionneur António Conceição a été clair dans sa conférence de presse, à quelques jours du début du tournoi : « Nous n’avons qu’un seul chemin : gagner, gagner et gagner. C’est ce qu’on m’a mis sur la table quand j’ai signé mon contrat : arriver au moins en finale de la CAN, tout faire pour la gagner ». Coup d’envoi, dimanche à 17h au Stade Omnisport Paul Biya, à Olembé.

Crédit photos : Getty Images

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