Afrique

CAN 2021: Algérie, un rendez-vous avec l’histoire ?

Pour la CAN 2021, les Fennecs se rendent au Cameroun avec un seul objectif en tête : conserver le titre de champions d’Afrique et rentrer à Alger avec le trophée. Les vainqueurs de la précédente édition s’étaient montrés impressionnants en Egypte, mettant tout le monde d’accord. Aujourd’hui, le défi sera de taille pour Belmadi et ses hommes qui tenteront de rééditer l’exploit de 2019.

Meilleure attaque de la campagne de qualifications avec 19 buts en 6 rencontres, les Verts se sont imposés face à tous leurs adversaires sans trop forcer. Dans un groupe composé du Botswana, du Zimbabwe et de la Zambie de Patson Daka, les Algériens ont démontré leur domination sur la scène continentale tout en initiant une certaine transition, avec l’arrivée de nouveaux joueurs et des variations tactiques. Championne d’Afrique en titre, cette campagne se devait de n’être qu’une formalité pour une sélection algérienne ayant pour objectif de continuer sur la lancée de 2019.

Un pays qui respire le football

Un lien éternel

L’Algérie et le beau jeu, comme l’appellerait le Roi Pelé, c’est une longue histoire d’amour abreuvée de passion, déceptions, drames, politique, et scènes de liesses. Une relation intense et inconditionnelle qui lie ce pays à ce sport, un sport qui comme nulle part ailleurs représente beaucoup pour la société. De quoi engendrer la ferveur incommensurable de tout un peuple. Le football a une place si importante dans la société algérienne qu’il est non seulement imprégné dans la vie politique locale mais aussi dans l’histoire de la nation et de sa création.

Tout commence en 1958 dans une Algérie française en pleine guerre. Une Algérie interdite d’avoir sa propre sélection. Mais un phénomène marquera à tout jamais le football algérien, le football français, ainsi que l’histoire de ces deux pays. En effet, cette année naît l’équipe du FLN (Front de libération nationale), une sélection des meilleurs joueurs algériens qui évoluent en France, tous d’accord pour s’enfuir de l’hexagone afin de représenter illégalement les couleurs de leur pays d’origine. Parmi eux, les fameux Mekhloufi et Zitouni, internationaux avec les Bleus. Ils sacrifient alors une Coupe du Monde en Suède ainsi que leur carrière pour rejoindre l’aventure au sein d’une équipe non-reconnue par la FIFA. Celle-ci met même la pression à tous leurs potentiels adversaires pour boycotter cette équipe du FLN.  

Néanmoins, cela n’empêche pas l’équipe du FLN de réaliser plusieurs tournées internationales pendant des années. Les Algériens affrontent des nations politiquement alliées aux quatre coins du globe, que ce soit en Europe de l’Est, en Asie, ou en Afrique. Des rencontres non officielles mais tout de même marquantes. C’est alors la première fois que le drapeau et l’hymne du pays sont brandis et joués. A travers le football, le FLN réussit l’un de ses objectifs. Donner de la voix à sa cause, celle de l’indépendance. Ferhat Abbas, l’un des principaux protagonistes de la révolution, déclare à l’époque aux membres de la sélection : “Vous venez de faire gagner 10 ans à la cause algérienne”. 

Un vécu sous forme de montagnes russes

Suite à l’indépendance algérienne et à la création officielle de sa fédération et de son équipe nationale, les Fennecs connaissent des hauts et des bas, de glorieuses épopées ainsi que des périodes plus sombres. Plusieurs générations marquent fortement l’histoire de la sélection, à l’image de l’équipe de 1982.

Portée par les légendaires Madjer et Belloumi, elle se qualifie pour sa première Coupe du Monde en Espagne. Une compétition où leur entrée en lice se fait face à l’Allemagne de l’Ouest. Score final, 2-1 pour l’Algérie qui crée l’une des plus grosses surprises de l’histoire de ce sport. Un match dans les annales du football mondial puisqu’il donne lieu ensuite au « match de la honte » entre la Mannschaaft et l’Autriche qui complotent l’élimination des Algériens en s’entendant sur un score qui ferait passer les deux nations européennes. Huit ans plus tard, c’est au Stade du 5 juillet à Alger que Madjer et ses coéquipiers offrent sa première Coupe d’Afrique au pays en mettant à terre le Nigeria de Rashidi Yekini. 

Rabah Madjer celebre le premier but de l’histoire de l’Algérie en Coupe du Monde face à l’Allemagne de l’Ouest

Après des années atroces endurées par l’Algérie entière dès les années 90, le football local se retrouve entaché par la situation et la forte présence du terrorisme. Le niveau est au plus bas et les supporters des Fennecs ne retrouvent le sourire qu’en 2009 après un match face à l’Egypte. C’est face à leur plus grand rival, l’ogre du continent, trois fois champion d’Afrique entre 2006 et 2010, que les Algériens s’emparent d’un billet pour le Mondial sud-africain. Une première depuis 1986. Une victoire arrachée dans un contexte surréaliste, sous hautes tensions au Soudan. Mais une victoire qui marque surtout la fin de plusieurs décennies fades et lugubres du football en Algérie. 
 
Des années de souffrance et de patience pour les supporters des Verts qui peuvent finalement rêver et voir redorer le blason d’une sélection qui veut s’affirmer en tant que cador africain. La Coupe du Monde 2014 au Brésil participe à concrétiser cette ambition algérienne. C’est en effet au pays du football que Sofiane Feghouli et ses coéquipiers créent la sensation. Dans un groupe composé de la Belgique, de la Russie et de la Corée du Sud, les Algériens écrivent l’histoire en se qualifiant pour un second tour inédit.  

En huitième de finale, Coach Vahid et ses hommes ne sont pas gâtés. Ils se retrouvent nez à nez avec des allemands grands favoris au sacre finale. Les deux formations offrent un spectacle mémorable et les Fennecs sortent la tête haute de la compétition, s’inclinant 2-1 en prolongations après avoir fait trembler les futurs vainqueurs de l’édition. Une année 2014 qui constitue un tournant pour une sélection qui a beaucoup grandi depuis.  

Invincibles mais pas infaillibles

Un statut de favoris

Aujourd’hui, l’Algérie possède la plus grande série d’invincibilité mondiale en cours, avec 33 matchs consécutifs sans défaite depuis 2018. Djamel Belmadi et ses hommes sont à 4 rencontres d’écrire l’histoire du football mondial en détrônant le record italien. Des chiffres impressionnants mais anecdotiques pour une compétition aux multiples enjeux pour les champions en titre, dont l’année 2022 sera d’une importance capitale pour l’histoire comme pour l’avenir de cette sélection. 

Avec la CAN, les barrages, puis une éventuelle phase finale de Coupe du Monde, les Algériens ont pour objectif de finir l’année avec le statut de plus grande nation africaine. Pour cela, quoi de mieux que de conserver son titre au Cameroun? S’ils ont su faire vibrer leurs supporters ces derniers temps, faisant preuve de régularité et d’une mentalité irréprochable, les prochaines échéances ne demandent qu’à être une confirmation de leur bonne dynamique.

Une dynamique indéniable à la vue des derniers exploits des Fennecs, comme en témoignent le sacre de la CAN 2019, les trois années consécutives sans défaite ou encore certains matchs références tels que la victoire 3-0 face à la Colombie en match amical.  Plusieurs facteurs font de l’Algérie la nation dominante du continent africain ces dernières années et cette image est accentuée par le récent titre en Coupe Arabe de la FIFA que s’est adjugé la sélection A’. Un tournoi inédit dans lequel la plupart de l’effectif n’était pas international, coaché par un autre entraineur que Belmadi : Madjid Bougherra, ancien capitaine et défenseur de l’équipe nationale. 

Ce dernier a réussi le pari assez fou de remporter un titre avec un groupe nouveau peu expérimenté et ne se connaissant pas, face à des sélections bien mieux huilées telles que l’Egypte qui avait dans son 11 de départ 8 joueurs réguliers en A ainsi que le même staff technique. Une Coupe Arabe qui a donc permis à certains joueurs comme Benayada, Chetti, Bedrane, ou encore Bendekba de se montrer comme des valeurs sûres face à des adversaires de haut niveau et de gagner en confiance auprès de Djamel Belmadi. 

Deux compositions probables de l’Algérie durant la prochaine CAN

Quelles attentes ?

Cependant, ce groupe comporte quelques incertitudes. Dans le plan de jeu de Belmadi par exemple, difficile de prédire si l’on verra une formation à deux attaquants de pointe ou bien un entrejeu à trois. Mais la principale inquiétude concerne le poste d’arrière droit. Bien que Youcef Atal sache se montrer épatant comme on a pu le voir en 2019 ou avec Nice en Ligue 1, sa fragilité physique et les blessures récurrentes font de lui une option moins fiable qu’auparavant. De plus, ses dernières prestations sous le maillot des Verts laissent planer un doute quant à son actuel niveau. Avec les récentes performances de Benayada en Coupe Arabe et si Atal n’est pas au rendez-vous, il ne serait pas impossible que son statut de titulaire indiscutable soit remis en question. 

Pas évident d’émettre un pronostic concernant l’équipe type alignée au Cameroun. En 2021, le sélectionneur a affiché des compositions différentes à chaque rencontre. Et le contexte actuel n’aide pas ce dernier à résoudre ses casse-têtes. S’il a sûrement des idées de plan de jeu, la préparation sera perturbée par l’absence de plusieurs joueurs à l’image de Belaili, Benayada et Tougai, positifs au Covid. En parallèle, Mahrez et d’autres ont rejoint le groupe plus tard après avoir eu quelques jours de repos accordés par Belmadi.

Alors que l’Algérie a tous les moyens de prétendre au titre, certaines circonstances sont susceptibles de faire freiner la vague verte qui emporte tout sur son passage depuis presque quatre ans. Une préparation loin d’être optimale, la méforme d’un élément important tel que Youcef Atal ou encore une éventuelle incertitude tactique. Tout cela devrait peut-être demander aux Fennecs de redoubler les efforts de 2019 afin de rééditer l’exploit.

Cette année et comme d’habitude, les concurrents seront de taille. Le Sénégal n’a toujours pas mis la main sur ce trophée tant attendu, surtout avec une génération dorée portée par Edouard Mendy, Sadio Mané et Kalidou Koulibaly. D’autres nations comme le Maroc ou le Cameroun sont sur une pente ascendante et auront leur mot à dire, et bien que ce ne serait pas surprenant de voir Mahrez soulever le trophée le 6 février prochain, la route vers la finale sera synonyme de parcours du combattant.

Le joueur à suivre

Au sein de cette sélection, plusieurs joueurs seront intéressants à suivre durant la CAN. L’un d’entre eux se nomme Ramiz Zerrouki. Le jeune milieu axial de Twente est en très grande forme dans le championnat néerlandais et compte bien en profiter au Cameroun. International depuis mars 2021, le joueur formé à l’Ajax n’est peut-être pas encore parfaitement formaté au jeu africain. En 9 sélections pourtant, il a su montrer plein d’engagement et de maturité sur le terrain, ce qui lui vaut d’être titulaire assez régulièrement dans le plan de jeu de Belmadi. Intelligent et lucide, ses prises de décision rapides peuvent être un atout pour une équipe capable de se montrer très dangereuse dans les transitions. Surtout avec des joueurs offensifs de grande qualité tels que Mahrez, Belaili ou encore Bounedjah pour ne citer qu’eux.

Ramiz Zerrouki : " Je suis content, c'est un grand honneur " - DZBallon  L'actu du football Algérien
Ramiz Zerrouki sous les couleurs de Twente en Eredivisie

Il s’agit d’un joueur qui sait apporter de la sérénité au sein de l’entrejeu mais qui peut également apporter le danger sur ses frappes lointaines. On peut l’imaginer dans un milieu à trois accompagné de Bennacer et Feghouli, ou même dans un 4-4-2 avec un profil assez différent. Un milieu et un effectif dans lesquels Zerrouki fait son nid petit à petit, pour pourquoi pas devenir la nouvelle révélation à ce poste durant la CAN, comme l’avait été Ismael Bennacer en 2019. 

Les Fennecs, qui manquent d’un profil assez similaire à celui de Guedioura en 2019, feront donc sûrement confiance à Zerrouki si l’on se base sur les derniers plans de jeu proposés par Belmadi et son staff. Malgré un rôle et des qualités plutôt différents, il est considéré comme sa relève dans l’entrejeu. En tout cas pour cette CAN. A noter qu’il s’agit d’un secteur composé de nombreuses options sur le banc. On peut mentionner Adem Zorgane, très prometteur et en jambes à Charleroi, qui pourrait également tirer son épingle de la compétition africaine à venir.

Le groupe

Les Algériens auront le droit à un groupe assez intéressant, dont les rencontres se joueront dans un Stade de Douala avec une capacité de 50 000 spectateurs. Si globalement les adversaires sont à leur portée, il ne faudra pas se reposer sur ses lauriers, puisqu’aucune victoire ne sera acquise. Opposés à la Sierra Leone et la Guinée Equatoriale avant un gros choc face à la Côte d’Ivoire, les Fennecs auront à cœur de prouver le mérite de leur statut dès la phase de poules.

L’entrée en lice se fera face aux adversaires les moins coriaces sur le papier : la Sierra Leone. S’ils possèdent un effectif méconnu à l’étranger, il n’en demeure pas moins que les Leone Stars ont démontré être capables de tout. Leurs adversaires en campagne de qualification peuvent en témoigner, à l’image du Nigeria. Ighalo et ses coéquipiers ont été surpris à deux reprises par cette courageuse sélection avec deux matchs nuls en deux rencontres, 0-0 et 4-4 alors que le Nigeria menait 4-0 sur la seconde rencontre. Une remontée historique et un match référence pour la Sierra Leone, également tombeuse du Bénin, qui envoie donc un message fort à ses prochains adversaires à la CAN : elle est imprévisible.

Ensuite, c’est face à la Guinée Equatoriale que Riyad Mahrez et ses coéquipiers tenteront de s’emparer des trois points. Ce ne sera pas chose aisée face à une sélection qui n’a pas peur d’un adversaire de ce calibre, surtout après avoir récemment battu la Tunisie en match de qualification pour la Coupe du Monde. Le Nzalang Nacional possède de nombreux atouts et est donc capable de créer la surprise bien qu’il ne se soit pas favori. Avec des atouts comme José Machín, Emilio Nsue et Iban Edu, cette rencontre ne sera pas qu’une formalité pour les Algériens.

Enfin, c’est lors d’une affiche de prestige que s’affronteront Algérie et Côte d’Ivoire pour, sauf surprise, chercher la première place du groupe. Éliminés des qualifications à la Coupe du Monde, les Éléphants font de cette CAN un objectif fondamental. On peut s’attendre à les voir redoubler de hargne et d’efforts cette année, pour se consoler d’une pilule qui n’est toujours pas passée suite à la défaite cruciale sur ces mêmes terres camerounaises fin novembre. Portés par un Sébastien Haller en très grande forme avec l’Ajax, les Ivoiriens sont capables de se montrer très dangereux et ces deux équipes nous offriront peut-être un nouveau match d’anthologie à la CAN.

Vous l’aurez compris, pour débuter 2022 sur les bons rails, les Fennecs se doivent de viser le titre à la CAN. Pour cela, ils devront se donner un grand élan de confiance avant d’aborder les échéances suivantes. Une année qui promet d’être très riche en émotions pour le football algérien qui a rendez-vous avec son histoire.

Crédits Photos : Getty Images

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