Afrique

Algérie : une jeunesse à développer

Après leur sacre à la CAN 2019, l’équipe nationale d’Algérie, emmenée par Djamel Belmadi, a étonné plus d’un spectateur. Il faut dire que quelques années avant l’arrivée de leur entraîneur, l’équipe avait connu de nombreux déboires, avec notamment une élimination de la CAN 2017 dès le premier tour. Cette réussite a soulevé un point important : le développement des jeunes joueurs.

Bien que le succès de 2019 repose d’abord sur des joueurs d’expérience, quelques jeunes joueurs comme Youcef Atal et Ismaël Bennacer ont pu s’imposer dans le XI, tandis que d’autres, comme Adam Ounas et Hicham Boudaoui, ont eu l’occasion de jouer quelques matchs et de devenir des remplaçants de premier choix. Deux ans après ce sacre, le développement des jeunes est un point plus qu’essentiel pour Djamel Belmadi, lui qui cherche constamment à faire évoluer de jeunes prodiges sous ses ordres.

Un championnat peu propice à l’évolution des jeunes joueurs

Le championnat professionnel algérien, la « Ligue 1 », semblerait à première vue comme l’un des moyens les plus propices pour développer de jeunes joueurs. Mais il n’en est rien. En réalité, il peine énormément à les faire éclore. Lorsqu’une des rares pépites issues du championnat commence à se faire un nom, elle est presque immédiatement transférée vers un club étranger. Il est donc plutôt rare de voir des joueurs prometteurs de plus de 20 ans jouer dans le championnat local.

Pourtant, au début des années 2010, les clubs s’étaient engagés à créer des infrastructures afin de favoriser la formation des jeunes joueurs. Force est de constater qu’aujourd’hui, aucune avancée majeure n’a eu lieu dans ce secteur. Cela s’explique notamment par le fait que les clubs misent en priorité sur les résultats à court terme, ce qui implique de s’appuyer sur des joueurs d’expérience et d’effectuer de gros transferts, ce qui laisse une place plus qu’insignifiante aux jeunes joueurs.

Un seul club fait exception : le Paradou AC. A l’instar du FC Nordsjælland au Danemark ou de l’Ajax aux Pays-Bas, le Paradou AC a fait de la formation des jeunes joueurs une priorité. Ainsi, lorsque leurs jeunes joueurs font quelques bonnes saisons dans le championnat local, ils acceptent les offres de transfert de clubs étrangers. Cela permet d’ajouter un peu de lucrativité au championnat tout en aidant et favorisant les joueurs prometteurs, sans les bloquer lorsqu’une offre de transfert d’un club étranger se présente.

Mais le Paradou AC est bien seul, et ne constitue finalement qu’un des seuls tremplins pour les jeunes joueurs au niveau local.

De jeunes locaux qui s’expatrient, et parfois s’imposent en équipe nationale

A cause de ce faible développement des jeunes joueurs au niveau local, on ne compte plus les jeunes joueurs qui s’expatrient très tôt, en Europe et au Moyen-Orient notamment, sans avoir forcément brillé dans leur club. De ce fait, leur départ est parfois trop prématuré et ils ne parviennent pas à éclore au niveau professionnel.

Mais certains réussissent, et on peut citer comme exemple probant, les joueurs issus du centre de formation du Paradou AC et qui évoluent désormais dans les plus grands championnats européens : Ramy Bensebaini au Borussia Mönchengladbach, Youcef Atal et Hicham Boudaoui à Nice, Adem Zorgane à Charleroi…

Hicham Boudaoui, international Algérien de 21 ans. Actuellement sous contrat avec l’OGC Nice, le jeune joueur est un remplaçant de choix en sélection nationale

Leur club formateur leur a permis de se faire un nom pour être recruté en Europe, mais rester au Paradou aurait drastiquement diminué leurs chances d’être un jour appelé en équipe nationale. Or aujourd’hui, Bensebaini en est une plaque tournante, Atal un titulaire régulier (lorsqu’il n’est pas blessé…) et Boudaoui un remplaçant souvent utilisé. Par ailleurs, Zorgane connaît actuellement ses premières sélections. Mais le fait qu’ils soient tous issus du Paradou renforce l’idée que se faire repérer lorsque l’on n’est pas dans un club qui met l’accent sur la formation est chose très compliquée, voire impossible.

Quelques exceptions ont tout de même eu lieu dans le passé, avec Islam Slimani et Djamel Benlamri, tous deux formés en Algérie et désormais titulaires réguliers en sélection. On a également un exemple plus récent avec le transfert cet été de Mohamed El Amine Amoura (21 ans), de l’ES Setif au FC Lugano, en première division suisse. Néanmoins, une grande proportion de joueurs réussissant sont des binationaux formés à l’étranger.

De jeunes binationaux formés à l’étranger

Tous ces éléments prouvent que le développement des jeunes joueurs au niveau local est à reconsidérer, et que la plupart des jeunes talents algériens sont formés à l’étranger. Ces joueurs sont pour la quasi-totalité binationaux, et choisissent assez tôt de représenter l’Algérie plutôt que le pays où ils ont été formés. Les exemples pleuvent : Ahmed Touba (Belgique), Ramiz Zerrouki (Pays-Bas), Saïd Benrahma (France), Mehdi Zerkane (France)…  et ne sont cités ici que les jeunes joueurs actuels récemment sélectionnés en équipe nationale. Des dizaines d’autres, évoluant partout en Europe, attendent leur tour pour être sélectionné.

Cet aspect du développement des jeunes en dehors des terres algériennes présente un aspect positif non-négligeable. En effet, les joueurs disposent d’une formation de qualité : les infrastructures et la formation des clubs européens sont en général de très bonne qualité. La progression des jeunes joueurs se fait donc beaucoup plus rapidement, ce qui leur permet d’être appelés plus jeunes en sélection nationale.

Ahmed Touba, international algérien de 23 ans. D’abord formé en Belgique, il évolue désormais au RKC Waalwijk aux Pays-Bas

L’Algérie a souvent compté sur ses binationaux et leur formation à l’étranger. Seulement, jusqu’à il y a peu, beaucoup choisissaient de jouer pour la sélection de leur pays natal. Cette tendance tend à s’inverser aujourd’hui (comme c’est le cas pour beaucoup d’équipes africaines). De plus, l’actuelle génération dorée algérienne a accentué ce processus, et inspiré de nombreux binationaux, désormais nombreux à rêver, un jour, d’être sélectionné en équipe nationale.

L’équipe nationale U20 : un exemple parfait de l’alchimie entre locaux et binationaux

L’équipe nationale U20 illustre assez bien cette situation entre binationaux, locaux et expatriés. Dans l’effectif sélectionné pour la Coupe Arabe U20 de 2021 (défaite 2-1 en finale face à l’Arabie Saoudite), 7 des 22 sélectionnés jouaient en Ligue 1 U21 algérienne. Cela renforce l’idée que les jeunes joueurs sont majoritairement binationaux et formés à l’étranger. Ces 7 joueurs issus du championnat local U21 partiront probablement bientôt vers l’Europe, si bien que lorsque ces joueurs auront 20 ans, tous devraient jouer pour un club étranger.

Ensuite, 12 autre joueurs de l’effectif sont pensionnaires de l’équipe U19 d’un club européen, se situant en France (8), en Allemagne (1), en Belgique (1), en Espagne (1) et en Angleterre (1). Les 3 joueurs restants étaient sans club au moment de la compétition. Ainsi, l’équipe U20 représente bien, déjà, la tendance d’avoir une majorité de joueurs binationaux dans la sélection nationale.

La jeunesse algérienne se développe ainsi sous différentes formes. D’une part, les joueurs issus du championnat local et les expatriés, bien qu’ils soient en minorité. De l’autre, les binationaux formés hors des terres algériennes, et actuellement dans les plus grands clubs d’Europe (ou parfois au Moyen-Orient). Le développement des jeunes est donc un défi en constante évolution pour l’Algérie, et probablement LE défi le plus important pour les années à venir, pour rester concurrentiel au niveau africain, et espérer des épopées au niveau mondial.

Crédits Photo : IMAGO

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