Europe

Hakan Şükür, de la gloire à la décadence

Autrefois star du football turc et international, il a aujourd’hui du mal à joindre les deux bouts. En proie à une situation financière difficile, Hakan Şükür vit exilé loin de son pays. Sa descente aux enfers est liée à un grand nombre de facteurs, même si ceux-ci sont surtout politiques. Retraçons ensemble l’histoire de cet attaquant, entré malgré tout dans la légende du foot. 

29 juin 2002. La Corée du Sud, pays hôte de la Coupe du monde avec le Japon, affronte la Turquie pour la troisième place. Şükür ouvre le score du pied gauche après 10,8 secondes de jeu, inscrivant ainsi le but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde (record toujours en vigueur aujourd’hui). 

Les débuts

Grand (1,91m), puissant, redoutable finisseur et surtout excellent joueur de tête, Hakan Şükür a marqué de sa patte la Süper Lig turque. Il y fait ses débuts sous le maillot de Sakaryaspor, sur les bords de la mer Noire, lors de la saison 1987- 88. Il ne marque pas lors des trois matchs qu’il dispute dans la compétition mais inscrit néanmoins un but en Coupe de Turquie, où il dispute deux rencontres. En 1988, les vert et noir remportent ladite Coupe  pour la seule et unique fois de leur histoire en gagnant la finale (2-0 ; 1-1) face à Samsunspor. Après trois saisons au club et 11 buts marqués pour 43 matchs joués, il est transféré à Bursaspor où il joue deux saisons et marque 14 buts.  

Quand on parle de Hakan Şükür, on pense inévitablement à Galatasaray. C’est chez les sang et or que l’attaquant a marqué l’histoire du championnat, brisant les records les uns après les autres. Ses années Galatasaray se répartissent en trois périodes différentes s’étalant de 1992 à 2008, et séparées par des passages en Italie (Torino, Inter Milan et Parma) et en Angleterre (Blackburn Rovers). Il est prêté par Galatasaray au Torino pour une demi-saison en 1995, mais il n’y joue que 5 matchs et rentre vite à Istanbul. Sa deuxième expérience à l’étranger a lieu à partir de 2002, où il rejoint l’Inter Milan pour 16 millions d’euros. Il y joue une saison entière mais a du mal à s’adapter et ne laissera pas un souvenir indélébile (6 buts en 34 matchs toutes compétitions confondues), trop peu pour un avant-centre de son calibre. De retour en Turquie après des passages mitigés à Parme et Blackburn (où il s’est fracturé le pied), il revient au pays pour l’exercice 2003-2004. 

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Hakan Şükür remporte la coupe UEFA en 2000 avec Galatasaray

La politique et la chute

Lorsque l’on pense à Hakan Şükür, on pense aussi inévitablement au président turc Erdoğan et au coup d’Etat raté de 2016. Faisons un bref retour dans le passé pour bien comprendre la situation actuelle de l’ex-attaquant vedette. Après sa carrière de footballeur (il prend sa retraite en 2008), Şükür se lance en politique. Lors des élections législatives turques de 2011, il se porte candidat sur la liste du parti AKP (parti de Recep Tayyip Erdoğan) et réussit à entrer au Parlement en étant élu député de la 3e circonscription d’Istanbul. Il démissionne du parti majoritaire en décembre 2013, étant en désaccord avec Erdoğan, alors Premier ministre de la Turquie. 

Fervent adhérent assumé de la confrérie islamique Gülen, à l’origine de la tentative de putsch en juillet 2016, Şükür démissionne de l’AKP après que le parti ait rompu le pacte de non-agression conclut avec la confrérie. Confrérie dont les membres se sont immiscés jusque dans les plus hauts rangs de la société. En effet, Fethullah Gülen prend de l’importance en Turquie dans les années 1970 et séduit bon nombre de jeunes riches entrepreneurs, intellectuels, diplômés, hauts fonctionnaires et… footballeurs, dont Hakan Şükür. Entre 2002 et 2011, Gülen a soutenu le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan. Durant cette période, le dirigeant turc a même favorisé l’accès de gülenistes à certains postes importants.

Mais à partir de 2010, Gülen commence à critiquer les choix d’Erdoğan, contestant notamment ses négociations de paix entreprises avec les terroristes du PKK. En décembre 2013, une affaire de détournement de fonds publics implique des proches du Premier ministre Erdoğan. Ce dernier accuse alors le mouvement Gülen et ses disciples d’avoir fomenté un « coup judiciaire » contre lui et ses proches. À la suite de la tentative de coup d’État de 2016 en Turquie, Erdoğan réprime fortement le mouvement Gülen (désormais appelé “Fetö” pour “Organisation terroriste de Fethullah Gülen”), en l’accusant d’être derrière ce putsch raté. Putsch qui aura fait plusieurs centaines de morts, dont un grand nombre de civils. Malgré les réfutations de Fethullah Gülen, tout semble pourtant indiquer que ses partisans sont bien les commanditaires de ce violent coup de force. 

Après avoir fait un bref rappel historique, revenons au sujet de notre article. Au début de l’année 2016, Şükür est jugé pour “insulte envers le président de la République” suite à une série de tweets. Mais exilé aux Etats-Unis avec sa famille depuis 2015, ce dernier ne veut pas assister à son propre procès. Après son départ, ses avoirs sont gelés en Turquie et son père est placé en garde à vue, accusé d’aide financière à l’organisation terroriste Fetö. Depuis la tentative de coup d’Etat, un mandat d’arrêt est en cours à l’encontre de l’ancien attaquant. 

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Hakan Şükür lors de sa période de député

Véritable idole en Turquie lors de sa période de footballeur, Hakan Şükür continue aujourd’hui, notamment via Twitter, à exprimer son souhait de revenir un jour chez lui. Il ne montre néanmoins pas vraiment de signes de regrets ou de détachements par rapport à l’organisation Fetö. Il est donc totalement indésirable en Turquie aujourd’hui et il est très peu probable qu’il revienne un jour sur ses terres natales. 

Le grand joueur de foot

Pourtant, si l’on met le politique et l’extra-sportif de côté quelques secondes, Hakan Şükür est un véritable monument du football et du football turc en particulier. Sa liste de records personnels est impressionnante : buteur le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde ; soulier de bronze européen en 1997 ; soulier d’argent européen en 1998 ; meilleur buteur turc en Ligue des champions, meilleur buteur de l’histoire de la SüperLig turque…pour n’en citer que quelques-uns. Sa grande taille lui permettait de jouer en pivot avec souvent d’excellentes remises faites à ses partenaires, qui s’appuyaient sur lui avec de longs ballons. Il était un excellent finisseur, redoutable devant le but, notamment grâce à ses coups de têtes puissants et précis qui faisaient très souvent mouche. Malgré son gabarit, il possédait une très bonne mobilité et une bonne vitesse de pointe, sans toutefois être le plus rapide.

Attaquant opportuniste avec un style “à l’ancienne”, tous les Turcs se souviennent de son but en demi-finales de Coupe UEFA avec Galatasaray face à Leeds, où il élimine deux défenseurs avant de conclure du pied droit. Mais son but le plus important et le plus marquant reste sans doute son but contre la Corée du Sud, en petite finale de la Coupe du Monde 2002, qui permet au pays d’enregistrer sa plus grande réussite au niveau international. 

Malgré son glorieux passé de footballeur et son statut de star nationale, Hakan Şükür a par la suite fait des choix qui l’ont fait plonger et a aujourd’hui absolument tout perdu de sa superbe. Il travaille désormais en tant que libraire aux Etat-Unis et a même été chauffeur Uber à une période. Il publie aussi régulièrement des débriefs de matchs de SüperLig sur sa chaîne YouTube. Après avoir atteint les sommets et la gloire, il a connu une véritable descente aux enfers, mais qu’il a lui-même provoquée.

Crédits photos : UEFA / AA

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