Europe

Grèce : Quand extrémisme se confond avec supportérisme

Dans un pays où la crise économique fait rage et sur fond de tensions politiques, les stades de foot deviennent des lieux publics où l’on peut s’exprimer et prononcer toutes sortes de discours. C’est notamment le cas pour un grand nombre de groupes de supporters créés d’abord en soutien aux principaux clubs du pays puis à la sélection nationale. Ces groupes se font remarquer par leur extrême violence et leurs rivalités à toute épreuve.

Des groupes d’abord créés pour les clubs

À la fin des années 60, certains supporters du Panathinaikos créent un des premiers groupes de supporters du pays avec le Gate 13. Ce groupe, de base annoncé comme apolitique, attire toutefois grand nombre de jeunes d’extrême-droite. S’ensuit l’apparition de nouveaux groupes de supporters mais où, cette fois-ci, une vocation politique est clairement affirmée. D’abord le NOPO (Organisation Nazie des Supporters du Panathinaikos) puis le phénomène s’entend dans un autre club athénien avec l’AEK et la création du TOFA (Organisation Terroriste des Supporters de l’AEK). Leur taille n’est pas très grande mais suffit à donner une mauvaise image de ces clubs à l’échelle internationale, surtout lors de la saison 1978-1979, saison où l’on a atteint des hauts niveaux de violence. La saison d’après, les forces de l’ordre tentent de dissoudre ces groupes et au milieu des années 80, le président du Panathinaikos, Giorgios Vardinogiannis, sévit en premier et ordonne de dissoudre tous les groupes de supporters de son club et crée le PALEFIP (Panhellenic club of Panathinaikos friends). 

Le Gate 13 du Panathinaïkos

L’éclosion du professionnalisme du football grec en 1979 permet aux groupes de supporters de connaître un véritable décollage. Outre le Panathinaikos, dans les années 80, tous les autres clubs du pays voient des groupes de supporters se créé avec le nom de la tribune où ils se retrouvaient (le Gate 21 à l’AEK, le Gate 3 à l’Aris Salonique, le Gate 4 au PAOK, le Gate 7 à l’Olympiakos, …). L’année 2005 marque aussi un grand changement dans le supporterisme en Grèce. En effet, il s’agit de la première année où les déplacements de supporters sont interdits. C’est par exemple la dernière année où les fans de l’AEK ont pu se rendre au stade du Pyrée lors d’un match de Coupe face à l’Olympiakos.

Les supporters de l’AEK dans un derby face à l’Olympiakos.

La sélection nationale, la nouvelle manière de partager ses idées

Dans les années 90, l’installation de groupes de supporters prend un nouveau tournant. Avec la Guerre des Balkans, le groupe néo-nazi d’Aube Dorée y voit une occasion pour promouvoir leurs discours racistes et anti-immigrés. En plus de tous ces groupes créés pour chaque club, ce parti d’extrême-droite crée, à la fin de l’année 2000, le premier groupe supportant fièrement l’équipe nationale : l’armée azur. Ce groupe est destiné à « défendre la fierté nationale grecque dans les stades ». L’armée azur va passer un nouveau cap de violence au début des années 2000. En novembre 2001, plusieurs membres de ce groupe récent se rendent devant la Fédération grecque de Football et brûlent un drapeau turc pour protester contre la candidature de la Turquie à l’Euro 2008 (une candidature Grèce/Turquie avait été proposée à l’UEFA). Lors des matchs de la sélection, on aperçoit désormais régulièrement des croix celtiques, des slogans xénophobes et racistes, tracts où il est inscrit « La Grèce est au dessus de tout », et même des banderoles provocatrices où l’on peut voir marqué « La Capitale de la Grèce est Constantinople ».

Les supporters grecs en plein match de leur sélection.

Après l’Euro 2004 l’armée azure va profiter de la victoire surprise de son pays et bénéficier d’une tribune inespérée pour promouvoir son discours. Cette victoire sert aussi d’argument majeur pour prouver que la Grèce est bel et bien supérieure à tous ses voisins des Balkans et de la Turquie. Les spectateurs affluent et l’armée azure grandit. Les signes racistes et croix celtes deviennent banals dans les stades et les médias les diffusent sans pour autant les condamner. Les actes xénophobes persistent malgré une vigilance des forces de l’ordre. En fin 2004, après une défaite face à l’Albanie à domicile, les membres de l’armée azure vont chasser les immigrés albanais présents dans les rues d’Athènes faisant de nombreux blessés et même un mort albanais. En 2005, l’Aube Dorée est officiellement dissoute par le gouvernement grec et ses membres rejoignent l’Alliance patriotique. L’armée azure, elle, continue ses actions. La plupart des anciens partisans de l’Aube dorée commencent à écrire un grand nombre d’articles dans leurs journaux respectifs pour promouvoir ouvertement les actes racistes des groupes de supporters avec lesquels ils sont étroitement liés. 

Des rivalités qui dépassent le cadre du football

Ces rivalités ne se concentrent pas que sur le football. Que ce soit handball, basket ou encore water-polo, que ce soit masculin ou féminin, les fans sont toujours présents pour soutenir leur pays. Certains supporters du Panathinaikos disent « qu’en Grèce, quand tu es supporter, tu n’es pas supporter d’une équipe de foot, tu supportes un club, une couleur ». On pourra noter que dans un match de water-polo entre le PAO et l’Olympiakos, un envahissement de la piscine a été tenté par les fans de l’équipe receveuse suite à une décision arbitrale en leur défaveur ou encore que des milliers de fans de l’AEK ont accompagnés leur équipe d’escrime jusqu’en Hongrie pour une simple rencontre. 

En Grèce, quand tu es supporter, tu n’es pas supporter d’une équipe de foot, tu supportes un club, une couleur.

Un fan du Panathinaïkos dans une interview donnée à Médiapart

Les supporters du Panathinaïkos lors d’un match de volley-ball.

Et contrairement à d’autres pays, les rivalités ne se limitent pas au domaine du sport et se matérialisent aussi lors de la vie quotidienne. C’est en tout cas l’avis de Makis Solomos, membre de l’Original 21, groupe de supporters de l’AEK, qui dit « que les ultras du Genoa et de la Sampdoria ont travaillé ensemble suite au inondations qui ont touché leur ville » et il ajoute que « c’est impossible de voir les fans organisés de l’Olympiakos et du Panathinaikos faire une action commune ».

Crédits Photos : IMAGO / Getty Images / Aurélien Canot / Yann Lévy

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