Belgique

BeNeLeague : L’union fait-elle la force ?

Depuis plus de 20 ans, le projet d’une BeNeLeague est sur la table des clubs néerlandais et belges. Deux décennies plus tard, le projet reste quasiment une utopie aux yeux des dirigeants, mais depuis peu, les choses commencent à bouger. Explication des enjeux de cette alliance.

A l’origine de cette idée, un homme : Michel Verschueren. L’ancien manager d’Anderlecht avait déjà pris conscience du retard que les deux pays avaient sur le Big 5 européen. Idée qui en est restée une car les clubs néerlandais ne voyaient pas d’un si bon œil la fusion avec le championnat belge, compétition qu’ils considéraient comme nettement inférieure. Sauf que 20 ans plus tard, la donne a changé. Sous le déclin des trois grands clubs historiques : Ajax Amsterdam, PSV et Feyenoord ; c’est tout un championnat qui a perdu de sa superbe. En Belgique, la courbe s’est quant à elle inversée, notamment grâce au système des Plays-Offs intronisé en 2009. Il n’en faut pas plus pour que les clubs néerlandais soient désormais ouverts à la discussion avec les Belges. 

Comment ça marche ?

La BeNeLeague s’articulerait autour d’un championnat avec 18 clubs, 10 clubs néerlandais et 8 belges. Que du bénéfice pour ces 18 équipes qui feront donc partie du championnat élite. Le casse-tête pour les fédérations sera de savoir quoi faire des clubs qui seront délaissés. Il reste à savoir comment remplacer les équipes qui partiront pour la BeNeLeague, comment marchera le système de promotion et de relégation ? Des questions qui restent encore sans réponse.  

La Pro League a tout de même communiqué à ce sujet :

« La BeNeleague doit aller de pair avec la garantie d’une stabilité économique pour les autres clubs professionnels grâce à la création d’un championnat national de première division sur la base de règles de licences et de compétition durables. » 

Des revenus démultipliés

Derrière l’enjeu sportif d’une telle compétition se cache évidemment un enjeu économique. Les Pays-Bas et la Belgique ne bénéficient que d’un marché avec assez peu de visibilités. Une union offrirait un marché de presque 30 millions de potentiels consommateurs, contre 11 et 17 actuellement.  

Michael van Praag, président de la KNVB

Ce manque de revenus actuel a des impacts sportifs sur les deux championnats. Les transferts représentent près de la moitié du chiffre d’affaires des clubs. Obligation donc de devoir vendre chaque année leurs meilleurs joueurs pour pouvoir survivre économiquement. Ce qui limite considérablement le développement des clubs.

Actuellement, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les droits TV sont plus élevés pour le championnat belge que néerlandais (103 millions contre 80), mais la répartition est moins bien équilibrée chez les Néerlandais. C’est surtout le G6 qui se partage le gâteau. Tandis qu’en Belgique, la répartition est bien mieux équilibrée.

Une société de consulting financier, Deloitte, a révélé dans une étude que la jonction des deux championnats pourrait rapporter entre 250 et 400 millions d’euros par saison, contre 180 millions combinés actuellement. Cela reste une estimation car nul ne peut savoir avec certitude combien seront vendus les droits TV et combien de sponsors seraient potentiellement intéressés.  

Si l’impact positif est indéniable pour les gros clubs, pour les petits clubs exclus d’une BeNeLeague, la perte de revenus est tout aussi certaine. Avec la perte des têtes d’affiches de leur championnat, le championnat néerlandais perdra énormément en compétitivité. Ce qui aura un impact sur tout le système économique de ces clubs. Moins de droits TV, moins de sponsors et moins de revenus au ticketing. Ce qui mettra à mal les clubs, qui ont déjà été repoussés dans leurs derniers retranchements économiquement avec la crise sanitaire actuelle.  

Un passé commun

Les deux pays ont un certain passé sportif en commun, cette alliance ne tomberait pas de nulle part. Ce sont deux pays avec une culture du sport assez similaire. Quand le projet de la BeNeLeague a été mis sur la table pour la première fois, c’était peu avant l’EURO 2000 que les pays ont organisé conjointement. C’était d’ailleurs la première fois que deux nations coorganisaient un EURO. 

 Le Belge Alain Courtois et le Néerlandais Harry Been, les deux grands artisans de l’organisation de l’EURO

L’idée d’une BeNeLeague n’est d’ailleurs pas réservée exclusivement qu’au football. Depuis cette année les championnats néerlandais et belge de basket ont décidé de fusionner pour créer une BeNeLeague. Le hockey sur glace possède également sa BeNeLeague depuis 2015.  

Mais surtout, cette fusion ne serait pas une première dans le paysage footballistique puisque belges et néerlandais avaient déjà mis en place un championnat commun pour le football féminin. La BeNeLeague n’aura vécu que trois ans (2012 à 2015) faute d’accord financier entre les fédérations pour la suite. Est-ce que les fédérations se serviront des erreurs du passé pour garantir le succès de cette alliance ? Rien n’est moins sûr, mais force est de constater que les deux pays ont donc bien un lien sportif fort.  

Encore loin de faire l’unanimité

Si le G5 belge (Anderlecht, Standard, Genk, La Gantoise, Club de Bruges) est unanimement favorable à la fusion, le G6 néerlandais (Ajax, PSV, Feyenoord, Utrecht, AZ, Vitesse) reste tout de même mitigé. L’AZ, par exemple, reste encore indécis alors que l’Ajax est le club néerlandais le plus enclin à ce changement.  

Un des porte-parole du projet côté néerlandais est Robin van Persie, l’ancien attaquant et actuel entraineur des attaquants de Feyernoord :

« Je suis favorable à une BeNeleague. Tout le monde veut jouer le plus de matches possible au plus haut niveau. C’est ce qui rend l’équipe meilleure. Les grosses équipes néerlandaises affrontent parfois des équipes assez faibles à domicile. Il y a chaque saison des matches comme ça. Pourquoi ne pas remplacer ces équipes par des cadors belges comme Anderlecht, La Gantoise ou Genk ? Ce serait bien pour les deux championnats. Les deux pays sont proches, les équipes n’auraient pas de longs voyages. »  

Un point majeur d’hésitation pour les clubs est l’incertitude quant aux attributions des places européennes. En cas de jonction des deux compétitions, les clubs perdront un certain nombre de places européennes. Les deux pays possèdent actuellement 5 tickets européens chacun. Tandis que l’Angleterre et l’Espagne, les deux premiers pays au coefficient UEFA, n’ont “que” 7 places. Des tickets se perdront donc en chemin puisque l’UEFA a confirmé qu’elle refuserait de concerver les tickets européens séparés en cas de championnat commun. Ce qui complique encore un peu plus la tâche. 

Supporters délaissés ?

Si le supporter neutre sera ravi par la démultiplication d’affiches avec des Ajax – Bruges ou des PSV – Anderlecht, le fidèle supporter est quant à lui beaucoup plus sceptique. Perte de l’identité du championnat, déplacements pour les matchs à l’extérieur beaucoup plus longs ou enfin disparition de derbys locaux ; beaucoup de points négatifs qui rendent les supporters dubitatifs.

« Notre culture du football est jetée par-dessus bord dans une telle fusion. L’Eredvisie a l’image d’un championnat avec un football attractif et de bons joueurs. (…) Nous ne comprenons vraiment pas qu’on puisse jeter cette image par-dessus bord en fusionnant avec la Belgique, où la compétition a une image différente à cause de la corruption et à d’autres choses folles. (…) Aux Pays-Bas, il est déjà très difficile d’obtenir l’accord de tous les clubs et ce le sera encore plus si deux pays doivent s’entendre. Notre conclusion : nous n’en voulons pas. Si l’objectif est d’améliorer la qualité du football, il existe de nombreux autres moyens. »

Matthijs Keuning, président du collectif de supporters néerlandais.  

Les supporters sont très attachés à leur histoire et leurs traditions, et les derbies en font partie. Les fans ont ce besoin de rivalité et d’histoires communes, choses qui n’existent pas (encore) entre les clubs des deux pays. Un ultra de l’AZ affirmait même que les supporters auront toujours plus d’enthousiasme pour le déplacement au RKC Waalwijk que pour n’importe quel match contre un club du top belge. Les anciennes rivalités laisseront donc place au “foot business” que les ultras détestent tant. 

  Supporters de l’AZ

L’avis des hautes instances

Si un accord est trouvé entre toutes les parties, il restera cependant à convaincre la FIFA et l’UEFA. La FIFA ne devrait pas poser son véto d’après son président Gianni Infantino.

« Nous devons être ouverts aux discussions. Les Belges et les Néerlandais discutent de la création d’une BeneLeague. Ces discussions durent depuis vingt ans et nous avons toujours dit non parce que nous sommes basés sur les ligues nationales. Mais peut-être que cela aidera ? Peut-être que c’est la seule issue. Peut-être qu’en Europe, il faut y réfléchir, tout comme en Afrique. Je pense qu’il est de notre devoir d’étudier ces choses et nous verrons ensuite où cela nous mènera. »

L’UEFA a de son côté déjà stipulé qu’elle interdirait les fusions. Lors de sa nomination en 2016, son président, Aleksandr Čeferin avait d’ailleurs déclaré qu’il considérait que les nouvelles compétitions transfrontalières devraient s’ajouter au calendrier, et non pas remplacer les compétitions nationales.

Gianni Infantino et Aleksander Ceferin

Avec tous les enjeux en place, on est encore très loin d’une décision finale. La fédération néerlandaise rappelle qu’il faut l’accord de 13 clubs sur les 18 pour que les discussions sérieuses commencent seulement. Comme souvent, les intérêts divergent. En attendant, peu de chances qu’une réforme ait lieu avant la saison 2025-2026. Les droits TV des deux compétitions prennent fin lors de la clôture de la saison 2025. Timing parfait donc en vue d’une éventuelle réforme…

Crédit photos : IMAGO / DHNET / AD / RTBF / NHNIEWS / LEQUIPE

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