Mexique

Adiós, “Tuca” : les Tigres entrent dans une nouvelle ère

Malgré plus de dix ans de bons et loyaux services, le mythique “Tuca” Ferretti n’a pas été prolongé par les Tigres. Après avoir offert la plus belle page de son histoire au club de l’État de Nuevo León, le brésilien s’en est allé au FC Juárez. Pour insuffler un autre élan, la nouvelle direction sportive a déjà fait venir Florian Thauvin et le coach Miguel Herrera.

Samedi 8 mai dernier, sur la pelouse de l’Estadio Jalisco de Guadalajara. L’arbitre Julio Cesar Ramos siffle la fin du match et Ricardo Ferretti rentre directement au vestiaire, la tête basse. C’est ce lieu mythique du football mexicain qui restera comme le théâtre du dernier match dirigé par “el Tuca” sur le banc des Tigres. Une pâle défaite 1-0 face à Atlas, et une élimination en match de repêchage pour la phase finale du tournoi, la Liguilla.

C’est une triste sortie pour celui qui aura marqué tout le football mexicain de son empreinte, et fait rentrer les Tigres dans une nouvelle dimension. Car sous les ordres de Ferretti, les Tigres ont d’abord mis fin à une attente de vingt-neuf ans sans trophée majeur, en 2011, avant de dominer la deuxième moitié de la décennie comme aucune autre équipe.

El “Tuca” pour passer un cap

Pourtant, à l’intersaison 2010, personne ne se doute que la période qui s’ouvre est celle de l’époque dorée du club de la UANL. Et pour cause, les deux premiers mandats de Ferretti à la tête des Tigres ne sont pas restés dans la mémoire des supporters. Un premier à partir de 2000, avec pour seul fait d’arme en trois ans l’obtention d’un vice-championnat, puis un deuxième en 2006, pour un seul tournoi terminé à la douzième place.

Sans véritable star, Ricardo Ferretti s’appuie sur des joueurs déjà présents au club, comme le capitaine argentin Lucas Lobos et le jeune espoir Alan Pulido. Il fait aussi venir les premiers de ceux qui deviendront ses plus fidèles lieutenants dans les années à venir : Hugo Ayala, Jorge Torres Nilo, Juninho, Damián Álvarez.

Así llegó Tuca a Tigres en 2010, equipo al que dejará tras 10 títulos -  Mediotiempo
Après un premier passage de 2000 à 2003, puis un deuxième en 2006, Ricardo Ferretti revient sur le banc des Tigres à l’été 2010. Il restera onze saisons, pour dix titres majeurs remportés.

L’alchimie prend, et le 11 décembre 2011, un an et demi après son arrivée, il offre aux Tigres leur troisième championnat du Mexique face à Santos Laguna, le premier depuis presque trente ans. En 2014, El “Tuca” décroche une Coupe du Mexique, puis l’effectif se renouvelle. Lucas Lobos, Alan Pulido et Carlos Salcido, si importants en 2011, quittent le club. Dans le sens inverse, Guido Pizarro (toujours l’actuel capitaine) arrive, suivi du gardien Nahuel Guzmán.

Puis arrive l’été 2015. Le véritable point de départ de la fabuleuse époque dorée. CEMEX, la multinationale qui possède le club, veut frapper un grand coup. Avec les arrivées d’André-Pierre Gignac, Javier Aquino, et Jürgen Damm notamment, les dirigeants offrent à Ricardo Ferretti une équipe de feu. El Tuca mène son équipe en finale de Copa Libertadores face à River Plate. Malgré la défaite, la machine est lancée.

Rentrer dans la légende du football mexicain

Les six années suivantes vont être exceptionnelles pour Ferretti et les Tigres. Quatre Liga MX remportées, dont trois en trois ans (2015, 2016, 2017), trois Campeón de Campeones (match entre les vainqueurs de l’Apertura et du Clausura d’une même saison) et surtout la Concacaf Champions League l’été dernier. Après trois défaites dont la dernière face au grand rival Monterrey, c’était la seule ombre au tableau du “Tuca”.

Cette ombre désormais effacée, Ricardo Ferretti peut se vanter de l’un des plus beaux palmarès de l’histoire du football mexicain. Quand El Tuca est arrivé, les Tigres ne comptaient que quatre titres nationaux à leur palmarès. Il s’en va en en ayant ajouté neuf, plus un sacre continental. Ce sacre qui a permis aux Tigres de disputer la Coupe du Monde des Clubs cet hiver et de se hisser jusqu’en finale, une première pour un club nord-américain.

Le palmarès des Tigres avant et après le passage de Ricardo Ferretti, pour se rendre compte de l’impact du coach brésilien dans l’histoire du club.

La recette de ce succès ? “Il a su garder une stabilité dans l’effectif tout en ajoutant quelques bons joueurs de 2015 à 2019″, explique Raymundo Ramos de Solo Tigres. En effet : stabilité, le mot est bien choisi. Avec son éternel 4-4-2 à plat qu’il a utilisé de 2015 jusqu’à sa sortie il y a quelques semaines, El “Tuca” n’aura jamais dérogé à ses principes. Et ce malgré les critiques de plus en plus virulentes ces derniers mois.

Un système dans lequel André-Pierre Gignac a pu s’exprimer au mieux pour devenir la légende que tout le pays connaît désormais.” Il a été la pièce fondamentale, sans aucun doute, affirme Raymundo Ramos. Le français a été le leader de l’attaque des Tigres pendant cette période”. Accompagné de Rafael Sobis, puis d’Eduardo Vargas ou d’Enner Valencia, APG a été l’un des symboles de la méthode Ferretti.

Après El “Tuca”, comment rebondir ?

Une méthode qui commençait à montrer ses limites ces derniers mois. Malgré le titre de Concacaf Champions League l’été dernier, l’étau s’est resserré autour d’El “Tuca”. En cause : son manque de flexibilité et de remise en question. L’argentin Lucas Zelarayán, chouchou du public en a par exemple fait les frais. Alors qu’il s’éclate désormais du côté de Colombus Crew en MLS, il n’a jamais pu montrer toute l’étendue de son talent à l’Estadio Universitario.

Pourtant, la prolongation de Ricardo Ferretti était proche début 2021, pour trois années supplémentaires. Mais Alejandro Rodríguez, actuel président des Tigres, est récemment revenu au club après une première présidence 2010 à 2018. Dans ses bagages : l’ancien directeur des opérations de Club América et de la Fédération mexicaine, Mauricio Culebro, pour le seconder. Mais dans les faits, c’est bien le vice-président Culebro, arrivé en mars, qui gère les opérations.

Miguel Herrera se postula para ser entrenador del Club Tigres
Le coach Miguel “Piojo” Herrera et le vice-président Mauricio Culebro seront les deux figures de l’ère post-Tuca Ferretti aux Tigres. Ils se sont déjà connus à l’América en 2012-2013 puis de 2017 à 2019.

Ce dernier a d’abord temporisé, avant d’assumer sa position de ne pas prolonger Ricardo Ferretti, qui s’est dit “surpris, car il y avait un accord“. Ancien de l’América, Culebro a préféré faire appel à un entraîneur bien connu au Mexique, Miguel Herrera. Connu pour ses talents de meneur d’hommes et ses excentricités, “El Piojo” va avoir la lourde tâche de succéder au coach le plus victorieux de l’histoire des Tigres, avec un autre style.

Le nom de Ricardo Ferretti est gravé en lettres d’or dans l’histoire du club. Les titres parlent pour lui, et ce qu’il a accompli pendant cette période sera difficile à égaler, concède Raymundo Ramos. Miguel Herrera est un entraîneur qui joue plus vers l’avant, bien qu’aujourd’hui il mise sur la continuité de l’équipe.

Ancien sélectionneur du Mexique et coach de l’América, Miguel Herrera n’avait pas entretenu de bonnes relations avec Jérémy Ménez durant le passage du français chez les Águilas (2018-2019). Cette fois, c’est à deux autres français qu’il aura à faire du côté de Monterrey, dont le second, Florian Thauvin, apparaît comme la tête d’affiche du nouveau projet.

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Comme à l’OM, André-Pierre Gignac va jouer un rôle important dans l’adaptation de Florian Thauvin au Mexique. Le nouveau projet des Tigres va reposer en grande partie sur le relation entre les deux hommes sur les terrains de Liga MX et du continent.

Les supporters des Tigres espèrent donc que le natif d’Orléans prendra exemple sur son nouveau coéquipier plutôt que sur l’actuel joueur de Reggina. À l’heure d’entamer un nouveau cycle, Raymundo Ramos est optimiste. “La nouvelle ère va être un mélange de grosses attentes et de spectacle sur le terrain. L’arrivée de Florian Thauvin est une bonne chose si on prend l’exemple de Gignac à son arrivée.

APG n’avait en effet pas tardé à se mettre en évidence, avec un but en demi-finale de Copa Libertadores dès son deuxième match, puis un titre de champion pour son premier tournoi de Liga MX, et une saison conclue à 33 buts. Flotov sait maintenant ce qu’il lui reste à faire pour devenir le nouveau héros du peuple Tigre et répondre aux attentes de toute une institution.

Crédit photos : Imago7, Mexsport, Axel Bernet, Icon Sport.

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